Non, cette vidéo ne montre pas des vols d'essais d'hélicoptères russes au Mali

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Une vidéo montrant un hélicoptère faisant feu à quelques centaines de mètres d'une foule a été partagée plus de 2.500 fois depuis le 27 novembre sur Facebook. Selon les internautes qui la font circuler, elle montrerait des vols d'essais "des avions russes au Mali". Une affirmation qui fait écho aux tensions entre plusieurs pays occidentaux et le gouvernement malien au sujet de l'influence russe dans le pays. Attention: cette vidéo a été tournée en 2020 et montre en réalité une démonstration de l'armée sud-africaine.

Durant les 17 secondes que dure cette vidéo, un hélicoptère traverse le ciel à toute allure en faisant feu vers des cibles inconnues. A quelques mètres de la caméra, une foule observe la scène. Certaines personnes parmi elle brandissent leur téléphone portable pour filmer l'événement.

Pour les internautes qui la font circuler sur les réseaux sociaux, cette vidéo montre les "essayes des avions russes au Mali (sic)".

Cette vidéo partagée plus de 2.500 fois depuis le 27 novembre se propage sur Facebook dans un contexte politique tendu au Mali entre le gouvernement du pays, les pays occidentaux et la Russie. Cette dernière entretient une relation historique avec le Mali qu'elle a réinvesti ces dernières années au nom de la lutte antiterroriste.

Début octobre, le Mali a reçu quatre hélicoptères dans le cadre de ce partenariat. Cette livraison intervenait à un moment de grande tension avec la France, ex-puissance coloniale et partenaire historique.

Fin décembre, aux côtés d'une quinzaine de pays occidentaux, Paris a condamné le déploiement avec l'aide de Moscou du groupe paramilitaire russe Wagner, dénonçant l'implication de ces mercenaires qui interviennent déjà en Ukraine, en Syrie, en Libye et dans plusieurs pays d'Afrique sub-saharienne. Déploiement formellement nié par le gouvernement malien au lendemain de cette annonce.

Entraînement militaire en Afrique du Sud

Mais cette vidéo n'a rien à voir avec le contexte politique actuel au Mali.

Premier indice: parmi la centaine de commentaires figurant sous la publication, l'un d'entre eux émane d'un internaute sceptique qui affirme que ces images viennent en réalité d'Afrique du Sud.

Capture d'écran d'un commentaire Facebook réalisée le 5 janvier 2022

Ensuite, la langue parlée dans cette vidéo: selon un journaliste de l'AFP basé à Johannesburg, certains des mots audibles sont des mots zoulous - l'une des onze langues officielles d'Afrique du Sud et la langue maternelle de 22,7% des locuteurs de ce pays.

Enfin, en cherchant "hélicoptère Afrique du sud" sur le moteur de recherches Google, on tombe sur un modèle d'hélicoptère, le AH-2 Rooivalk, produit par l'entreprise sud-africaine Denel Aerospace Systems.

Contacté par l'AFP le 6 janvier, Olivier Fourt, journaliste pour le site d'actualités francophone d'actualité aéronautique et spatiale Air et Cosmos, est "sûr et certain" qu'il ne s'agit en tout cas pas d'un hélicoptère russe.

Dans la vidéo, "on voit bien que le tir n'est pas effectué en coaxial, c'est-à-dire dans le sens de la marche de la machine", note cet expert. L'hélicoptère filmé "utilise une arme orientable en tourelle pour tirer 'sur les côtés'", une caractéristique peu courante dans la flotte aérienne russe à l'exception des premières versions des hélicoptères Mi-24 et des "très modernes" Mi-28, précise encore Olivier Fourt.

Un hélicoptère militaire de combat russe Mi-24 "Hind" vole lors d'une patrouille conjointe russo-turque dans la campagne à l'est de la ville de Darbasiyah, non loin de la frontière syro-turque, dans la province syrienne de Hasakah le 7 décembre 2020 ( AFP / DELIL SOULEIMAN)

Un hélicoptère militaire Mi-28 "Night Hunter" participe à une compétition d'aviation militaire dans la région de Krasnodar, en Russie, le 28 mars 2019 ( AFP / VITALIY TIMKIV)

Or le bruit que fait l'appareil en tirant dans la vidéo que nous vérifions "n'est pas le même" que celui que feraient un Mi 24 ou un Mi 28 en faisant feu, assure-t-il.

"Mais surtout, la ligne n’est pas du tout celle du Mi 24 ni celle du Mi 28", ajoute l'expert. Pour lui, la vidéo montre très probablement des Rooivalk sud-africains, dont l'empennage - l'ensemble des plans situé à l'arrière des ailes ou de la queue d'un avion et destiné à assurer sa stabilité en vol - est "très caractéristique".

En cherchant donc les termes "AH-2 Rooivalk firing" sur YouTube pour comparer la vidéo virale à celles déjà disponibles en ligne du même type d'hélicoptère, on trouve cette vidéo, tournée non loin de Bloemfontein, à De Brug, dans le centre de l'Afrique du Sud et mise en ligne le 29 avril 2019. A l'arrière-plan de ces images, on aperçoit un relief similaire à celui visible dans la vidéo virale que nous vérifions.

Capture d'écran d'une vidéo Facebook, réalisée le 10 janvier 2022

Capture d'écran d'une vidéo Facebook, réalisée le 10 janvier 2022

Sollicité par l'AFP, le porte-parole de l'armée sud-africaine Siphiwe Dlamini a déclaré le 8 janvier que la vidéo montrait "une démonstration de capacités de l'armée à Bloemfontein, en 2020". Selon le bureau de liaison avec les médias du Ministère de la Défense sud-africain cité par les Observateurs de France 24, cet événement aurait plutôt eu lieu "lors de la Journée des forces armées 2018", toujours à De Brug.

Quoi qu'il en soit, plusieurs vidéos de chaînes d'informations sud-africaine (1, 2), ou consacrées à l'armée de ce pays, semblent en effet être prises dans cette région, où se trouve une base militaire.

Les médias belge et malien Knack et Benbere ont également repéré cette information et analysé la vidéo grâce à plusieurs passionnés d'aviation contactés via Twitter.

Brecht Castel, journaliste pour Knack, a détaillé dans un thread sur Twitter leur démarche de vérification pour cette infox.

Sanctions de la Cédéao

Le Mali est de plus en plus isolé en Afrique de l'Ouest. Le 9 janvier, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest a décidé de fermer les frontières avec le Mali et de mettre le pays sous embargo, sanctionnant lourdement l'intention de la junte de prendre le pays "en otage" en se maintenant au pouvoir sans élection pendant des années.

La junte dit à ce jour ne pas être capable d'organiser des élections présidentielle et législatives comme prévu fin février, invoquant l'insécurité persistante dans le pays, en proie aux violences de toutes sortes: jihadistes, communautaires, crapuleuses... La junte a proposé d'organiser la présidentielle en décembre 2026, ce que la Cédéao juge "totalement inacceptable".

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