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Non, cette vidéo d'un père en colère n'a rien à voir avec le vaccin Covid

Le Brésil est le deuxième pays au monde comptant le plus de morts du Covid-19 et la nécessité des vaccins y a été remise en question jusqu'au sommet de l'Etat , par l'ancien président Jair Bolsonaro. Sur les réseaux sociaux, certains internautes s'appuient sur ce ressentiment pour diffuser une vidéo, qui montre successivement un enfant se faire vacciner et un homme en colère après avoir appris le décès de son enfant. Mais ces deux séquences n'ont aucun rapport et la vidéo de l'homme en deuil date de début 2019 lorsque sa femme et leur nouveau-né sont décédés à la maternité, comme confirmé notamment par les autorités locales.

"Brésil. Après avoir reçu l'injection expérimentale, le petit a été pris de malaises. Dans la suite de la vidéo, le père casse tout à l'hôpital car sa colère et son désespoir sont immenses. Le petit garçon a malheureusement perdu la vie" : dans des publications partagées sur X et Facebook, des internautes prétendent documenter le décès d'un enfant tout juste vacciné contre le Covid-19, extrait vidéo à l'appui.

On y voit d'abord un enfant recevoir une injection de vaccin dans le bras. Quelques secondes plus tard, le même enfant est allongé sur le sol tandis qu'une personne vérifie sa tension. Dans la seconde partie de cette vidéo, de très mauvaise qualité, un homme désespéré hurle dans ce qui ressemble à une salle d'attente. Plusieurs personnes en uniforme et blouse tentent de le maîtriser.

Cette vidéo circulait déjà sur les réseaux sociaux en 2022, comme relevé par l'équipe lusophone de vérification de l'AFP. Des internautes assuraient qu'elle avait été tournée à Paraíba, à l'est du pays.

Vidéo de 2019

En réalité, le montage présenté dans les publications virales est trompeur car il associe deux vidéos qui n'ont rien à voir.

Nous n'avons pas été en mesure de retrouver l'origine de la première séquence où l'on voit l'enfant être vacciné puis s'allonger.

En revanche, la seconde séquence date de début 2019, soit avant la pandémie de Covid-19.

Il est ainsi possible de la retrouver dans cette publication du 17 février 2019 sur X (à l'époque Twitter), relayée par un agrégateur de contenus de la région de Manaus au Brésil.

"C'est la vidéo d'un père désespéré qui a perdu sa femme et sa fille à la maternité de Balbina Mestrinho. Selon les informations, la maternité a commis une négligence qui a conduit aux décès", indique la publication.

Grâce à ces détails supplémentaires, nous pouvons remonter à plusieurs articles de presse brésiliens mentionnant cet évènement comme ici et ici (liens archivés ici et ici).

Le 19 février 2019, la chaîne brésilienne TV Em Tempo (rebaptisée depuis TV Norte Amazonas), affiliée au réseau commercial SBT, démarrait son journal télévisé avec l'extrait de l'homme en colère (lien archivé ici).

"Dans la maternité Balbina Mestrinho, au sud de Manaus, un père parle du drame qu'il a vécu avec la perte de sa femme et de sa fille, décédées pendant l'accouchement. Sa plus grande colère vient de la façon dont il a reçu la nouvelle, qui, selon lui, a été traitée froidement par le médecin", décrit la présentatrice.

"Dans cette vidéo, un mari est désespéré lorsqu'il apprend que sa femme et sa fille sont mortes. Outré, il a même été agressé par les agents de sécurité de l'unité de santé", complète la voix off, alors que la vidéo est diffusée.

Le Département d'État de la Santé d'Amazonas avait confirmé à l'AFP le 22 janvier 2022 que "la vidéo qui circule sur les réseaux sociaux a été enregistrée en février 2019, à la maternité Balbina Mestrinho, à Manaus".

Le même jour, le département de la santé de l'État de Paraíba avait expliqué à l'AFP que "les informations selon lesquelles cela s'est produit à Paraíba ne sont pas vraies" et qu'"aucun effet indésirable grave résultant du vaccin n'a été enregistré dans l'État". En mai 2023, il a indiqué au site de fact-checking brésilien Lupa qu'aucun décès d'enfant post-vaccination n'était survenu dans l'État (lien archivé ici).

"Il est faux [de dire] qu'il y a eu des décès d'enfants associés à la vaccination contre le Covid-19 au Brésil", a par ailleurs déclaré le ministère de la Santé brésilien au média.

Lourd bilan du Covid-19

Le Brésil est le deuxième pays comptant le plus de morts associées au Covid-19, derrière les Etats-Unis, selon l'Organisation mondiale de la Santé (lien archivé ici). 708.999 décès y ont été comptabilisés par les autorités brésiliennes, dont 3 la semaine du 15 janvier (lien archivé ici).

517.216.208 doses de vaccin anti-Covid ont été administrées dont 184.364.327 premières doses selon le ministère de la Santé (lien archivé ici).

La gestion de la crise du Covid au Brésil a été marquée par un grand nombre de polémiques entre les milieux scientifiques notamment et l'ancien président d'extrême-droite Jair Bolsonaro.

Celui-ci a longtemps dit que le Covid était une "grippette", préconisé des traitements inefficaces et s'est opposé à la vaccination. Il a refusé de confiner la population au nom de la préservation de la première économie d'Amérique latine, tout en multipliant les bains de foule, le plus souvent sans masque.

Son successeur, Luiz Inacio Lula da Silva, a qualifié Bolsonaro de "génocidaire" et prôné le recours au vaccin, dont il a reçu lui-même une 5e dose devant les caméras en février dernier.

Depuis le début des campagnes de vaccination contre le Covid-19 autour du monde, les fausses informations au sujet des vaccin sont légion sur les réseaux sociaux, et l'AFP en vérifie régulièrement.

Les vaccins contre le Covid-19 ont aujourd'hui sauvé des millions de vies dans le monde, soulignent régulièrement médecins et autorités de santé, comme détaillé dans cet article de vérification de l'AFP publié en octobre 2023.

En délivrant une autorisation aux vaccins contre le Covid-19 (lien archivé ici), l'Agence européenne des médicaments (AEM) avait estimé que la balance "bénéfice-risque" de ces vaccins était respectée, c'est-à-dire que la protection offerte globalement contre le Covid-19 était beaucoup plus importante que les potentiels effets secondaires ou risques induits par le vaccin, comme l'explique l'agence sur son site.