Avec la victoire de Joe Biden, les Etats-Unis reviendront dans l’Accord de Paris sur le climat

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Joe Biden a remporté la présidentielle aux Etats-Unis. Cela pourra signifier le retour du leadership américain sur le climat. Joe Biden a réitéré sa promesse de rejoindre l’Accord de Paris sur le climat le jour même où le retrait du président Trump est entré en vigueur.

« Aujourd’hui, l’administration Trump a officiellement quitté l’Accord de Paris. Et dans exactement 77 jours, l’administration Biden le réintégrera », a-t-il annoncé dans un tweet.

En réalité, cela va prendre un peu plus de temps. Joe Biden pourra effectivement faire une demande de rejoindre l’Accord de Paris dès le jour de son investiture le 20 janvier 2021. Et trente jours plus tard, les Etats-Unis réintégreraient cet accord qui a pour but de maintenir le réchauffement planétaire en dessous de 1,5°C.

La neutralité carbone des Etats-Unis d’ici à 2050

Joe Biden a promis de faire adopter l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050. Pour l’atteindre il s’est engagé à investir 2 000 milliards de dollars sur quatre ans, ce qui représente 10% du PIB américain. Joe Biden veut développer les énergies renouvelables et les infrastructures « résistantes au climat ». Ces investissements formeront le pilier central de son programme de relance de l’économie et de l’emploi.

La transition énergétique s’annonce pourtant ardue dans ce pays qui est le premier producteur mondial de pétrole et de gaz, estime Cécile Marchand, chargée de campagne climat aux Amis de la Terre France :

« Aujourd’hui, on n’a pas énormément d’informations sur ce que va faire Biden en termes de politique énergétique aux Etats-Unis. Il a dit qu’il ne voulait pas interdire la fracturation hydraulique ce qui est quand même très problématique puisque les Etats-Unis sont le premier producteur de pétrole et de gaz notamment en raison de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnelles. Aujourd’hui, en raison de la crise du Covid, beaucoup de projets ont été annulés ou décalés mais ils pourraient reprendre s’il y a une reprise économique et si le prix du pétrole remonte. L’arrivée de Biden ne veut donc pas forcément dire que les Etats-Unis vont faire leur transition énergétique à la vitesse à laquelle ils devraient le faire.

Il est clair que sans mouvement citoyen fort pour le climat aux Etats-Unis, ce ne sera pas un libéral comme Biden qui va mettre en place la politique qui est nécessaire face à l’urgence climatique. Mais, évidemment ça ne peut pas être pire que Trump. On part d’une situation tellement aberrante – la position de Trump sur la question climatique – qu’on ne peut que se réjouir que Biden arrive à la tête des Etats-Unis »

La politique climatosceptique de Donald Trump

Donald Trump s’est fait remarquer tout au long de son mandat pour sa politique climatique et environnementale jugée catastrophique par de nombreux observateurs. Dès 2017, il a annoncé sa volonté de quitter l'Accord de Paris qu’il a qualifié de « désastre », et de « fardeau économique injuste » pour les Etats-Unis. En raison des règles de procédure, la sortie de l’Accord de Paris n’est devenue effective que le 4 novembre dernier, pile un jour après le début de cette longue élection américaine.

Dès son entrée en fonction, le républicain a détricoté, une à une, les mesures environnementales de son prédécesseur Barack Obama. Selon le Climate Deregulation Tracker, Donald Trump aurait signé pas moins de 163 actes législatifs et réglementaires ayant affaibli la lutte contre le changement climatique et la pollution. Il a aussi empêché des initiatives locales de protection de l’environnement. Il a par exemple révoqué la dérogation dont bénéficiait la Californie pour fixer des normes de pollution automobile plus exigeantes.

Il a en outre nommé des personnes liées à l’industrie fossile à des postes clés. Ainsi, le climatosceptique Andrew R. Wheeler, qui avait fait carrière dans l'industrie des combustibles fossiles, se retrouve à la tête de la Environmental Protection Agency, l’agence fédérale de la protection de l’environnement.

L’espoir de réparer les dommages

La politique anti-climat du président Trump a été atténuée par l’initiative « We are still in », un réseau de 25 Etats, 430 villes et des centaines d’entreprises et d’universités qui ont décidé de respecter les objectifs de l’Accord de Paris.

Avec l’arrivée de Joe Biden, les Etats-Unis pourront à nouveau jouer un rôle sur la scène internationale en matière de climat, explique Cécile Marchand des Amis de la Terre France : « C’est important que les Etats-Unis fassent leur retour dans les négociations internationales sur la question climatique. C’est un signal fort qui sera envoyé aussi à d’autres pays dont on a absolument besoin. »

Si les Etats-Unis parviennent à montrer l’exemple, ils pourront persuader d’autres pays à accroître leurs efforts, notamment les grands émetteurs qui rechignent encore à faire preuve d’une véritable ambition climatique, comme le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde ou encore l’Australie. Autre levier important : Joe Biden s’est engagé à honorer les engagements financiers internationaux pour aider les pays pauvres à augmenter leurs efforts de réduction de gaz à effet de serre.