Victimes d'abus sexuels dans l'Église: l'indemnisation ne fait pas l'unanimité

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PÉDOCRIMINALITE - Indemniser ou pas? Cette question est le serpent de mer de la Commission Sauvé sur les abus sexuels sur mineurs par l’Église. Alors que le rapport a été rendu public mardi 5 octobre, par la voix de son président, Jean-Marc Sauvé, l’indemnisation a été abordée comme l’une des propositions visant à l’apaisement des victimes.

Mais, l’indemnisation est-elle réellement apaisante? Le dédommagement par l’argent est-il une étape nécessaire dans la reconstruction d’une personne abusée sexuellement?

Comment indemniser

Comme le rappelle l’AFP, la commission propose de reconnaître la responsabilité civile et sociale de l’Église “indépendamment de toute faute personnelle de ses responsables”. Cette reconnaissance aboutira systématiquement à la possibilité pour la victime d’engager une procédure au civil pour faire une demande d’indemnisation.

La commission écarte la possibilité d’une indemnisation forfaitaire et préconise d’individualiser le calcul de l’indemnisation due à chaque personne victime (330.000 victimes selon la commission), sans pour autant prévoir une réparation intégrale au sens juridique du terme. Le mode de calcul consisterait à prendre en compte “les préjudices subis plutôt qu’à se référer à des catégories d’infractions perpétrées”.

“40% des victimes sont en situation de précarité”

Cependant, les victimes restent partagées. Certaines, comme François Devaux, ancien président de La Parole Libérée et témoin auprès de la commission Sauvé, a déclaré très solennellement: “Vous devez payer pour tous vos crimes” (voir vidéo au-dessus de l’article). Le message est clair.

“Les indemnisations sont une aide donnée aux victimes en compensation du préjudice subi, précise au HuffPost la psychiatre spécialisée dans la prise en charge de victimes d’abus sexuels, Muriel Salmona. Dès lors, elles peuvent être mal vécues ou bienvenues. Les victimes, dans 40% des cas, sont en précarité. Cette somme peut leur être utile. Mais comment va-t-elle être évaluée?”

“C’est un pis-aller”

De l’autre côté, il y a les victimes qui ne demandent pas d’argent. Certaines ne veulent qu’une lettre écrite par l’Église, comme Christian Dubreuil, ancien haut-fonctionnaire agressé à l’âge de 11 et 12 ans par un prêtre du diocèse de Lyon, et auditionné par la Commission Sauvé. “Pour moi, assure-t-il à l’AFP, l’essentiel est de recevoir une lettre de l’Église reconnaissant qu’un crime sexuel a été commis contre moi.”

Pour Muriel Salmona, l’indemnisation n’est dans tous les cas pas une réponse structurelle. “En réalité, les victimes ont besoin d’une réforme totale de la prise en compte de leur préjudice, estime-t-elle. Il leur faut une offre de soin précise, avec des soignants formés, comme tous les corps professionnels auxquels elles vont avoir affaire. Les victimes sont en droit d’attendre une justice véritablement réparatrice”.

“Demander l’imprescriptibilité des faits”

Du point de vue de la psychiatre, la réparation financière peut entre dans le cadre de la justice réparatrice, mais elle ne peut pas être son seul outil. “C’est une justice globale qui doit porter les victimes, faire en sorte que leurs droits soient respectés, qu’elles puissent avoir accès à la vie qu’elles auraient pu avoir sans le crime subi”, détaille-t-elle.

“Il faut demander l’imprescriptibilité des faits, un point c’est tout”, martèle-t-elle, visiblement agacée par la “tiédeur” des propositions de la commission Sauvé. “Je suis extrêmement déçue que ces sujets n’aient pas été abordés lors de cette conférence de presse, lance-t-elle. Jean-Marc Sauvé parle de “crime de masse”, pourquoi ne va-t-il pas au bout de sa logique? Ces crimes doivent devenir imprescriptibles.”

De quoi enclencher alors selon Muriel Salmona, une véritable réparation des victimes de violences sexuelles.

À voir également sur Le HuffPost: Pourquoi les femmes ont l’avenir de l’Église entre les mains.

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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