La vente d’essence à perte, cette idée d’Élisabeth Borne contre l’inflation qui tourne au fiasco

Dernière trouvaille du gouvernement contre l’inflation, comment la vente à perte tourne au fiasco
EMMANUEL DUNAND / AFP Dernière trouvaille du gouvernement contre l’inflation, comment la vente à perte tourne au fiasco

POLITIQUE - Le coup de la panne. Alors que l’inflation continue de gripper le porte-monnaie des Français en cette rentrée, le gouvernement semble bien à la peine pour trouver de nouvelles ripostes. Acculée par la gauche, qui fait du pouvoir d’achat des ménages son cheval de bataille, et limitée par la promesse d’assainir les comptes publics, Élisabeth Borne a bien tenté d’abattre une nouvelle carte inattendue le week-end dernier. Avec un succès tout relatif.

La Première ministre a fait tomber un tabou vieux de plus de 60 ans en annonçant au Parisien ce dimanche 17 septembre que les distributeurs seraient bientôt autorisés à vendre leur carburant à perte. Ce qui est normalement interdit depuis 1963.

Une idée habile à première vue puisqu’elle permettrait sur le papier de faire baisser la facture des automobilistes - alors que les prix à la pompe ne cessent de flamber - sans débloquer de nouveaux chèques ou ristournes gourmands en argent public. Problème : le coup de poker de la Première ministre est en train de se transformer en fiasco… Au risque de mettre en lumière l’impuissance du gouvernement sur un sujet qui caracole toujours en tête des priorités des Français.

Les distributeurs refusent et appellent Borne au « bon sens »

Pour mesurer le succès de cette annonce, il suffit de jeter un coup d’œil aux réactions de ceux à qui elle est destinée : les distributeurs. À l’heure actuelle, pas un seul n’a répondu à l’appel du pied de l’exécutif, ceci, malgré la collaboration plutôt fructueuse mise en avant par Bruno Le Maire avec ces acteurs depuis le début de la crise inflationniste.

Le panel de réactions va plutôt du scepticisme aux franches critiques. Le PDG de Carrefour Alexandre Bompard, a par exemple, confirmé ce mercredi 20 septembre devant l’Assemblée nationale que ses magasins ne participeraient pas à l’opération.

Pour le patron du géant de la distribution alimentaire (le deuxième acteur derrière Leclerc) et président de la FCD, une fédération qui représente une grande partie du secteur, la cheffe du gouvernement serait bien inspirée de ne pas « ouvrir » la « boîte de Pandore » de la vente à perte. Sans quoi, elle prendrait le « risque de fragiliser à la fois l’équilibre des filières et l’équité territoriale entre les consommateurs ». Comme un avertissement qui ne dit pas son nom.

Avant lui, ce sont les dirigeants de Leclerc, Intermarché, Auchan ou TotalEnergies qui sont montés au créneau contre la proposition gouvernementale. Patrick Pouyanné, le PDG du géant de l’énergie a par exemple expliqué qu’il « ne descendra pas plus bas » que le prix de 1,99 euro par litre, actuellement fixé dans les stations-service de son groupe. Une question de « bon sens », selon lui : « Vous vendez souvent à perte, vous, des produits ? » Et une façon de souligner l’absurdité que représente une telle mesure à ses yeux.

Des doutes sur la portée

Pour résumer, le dispositif n'a pas encore été présenté. Il est loin d’être voté mais il a déjà du plomb dans l’aile. De quoi faire reculer le gouvernement ? Que nenni. Confronté aux refus successifs des distributeurs, l’exécutif s’échine à expliquer que la disposition sera mise à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale cet automne.

« Je préfère négocier avec les distributeurs que de demander au contribuable de financer une ristourne qui coûterait 12 milliards d’euros », a encore martelé le ministre du Budget Thomas Cazenave ce mercredi sur Sud Radio, soulignant le fait qu’il s’agit d’une possibilité donnée aux pompistes et pas une d’obligation. Quelques heures plus tard, c’est le porte-parole du gouvernement Olivier Véran qui demandait aux distributeurs de « participer » à l’« effort collectif », à la sortie du Conseil des ministres. Car « chacun doit et peut faire un effort. »

De quoi convaincre les principaux concernés ? Pas pour l’instant. D’autant que la mesure annoncée par Élisabeth Borne dimanche souffre de nombreuses interrogations, bien au-delà du refus des distributeurs. Parmi elle, se pose la question primordiale de la portée d’un tel dispositif.

En assurant le service après-vente de la Première ministre ce week-end, plusieurs poids lourds du camp présidentiel se sont risqués à avancer un chiffre : la vente à perte, si elle était suivie par les distributeurs, pourrait faire économiser aux conducteurs jusqu’à 50 centimes par litre de carburant, à en croire les déclarations du porte-parole du gouvernement ou du député macroniste Pieyre-Alexandre Anglade.

Une estimation fournie dans un premier temps par Matignon comme un élément de langage, selon nos informations, mais jugée irréaliste par de nombreux spécialistes du secteur. De fait, le chiffre d’un « demi-euro » a vite été remisé dans les cartons. Depuis, les ministres - Bruno Le Maire en tête - se refusent à donner la moindre donnée. Ou quand le coup de poker se termine en coup de pompe.

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