Venezuela: l'opposition dans la rue contre l'assemblée constituante

Maria Isabel SANCHEZ

Caracas (AFP) - L'opposition vénézuélienne appelle mercredi à une "méga-manifestation" pour contrer le projet de nouvelle Constitution du président socialiste Nicolas Maduro, dénonçant une manoeuvre pour éviter des élections et s'accrocher au pouvoir.

Sous le mot d'ordre "Contre la fraude constituante", les anti-Maduro sont appelés à se rassembler sur une autoroute de l'est de Caracas pour ensuite défiler.

Depuis plus d'un mois, ils sont des milliers à manifester presque chaque jour pour exiger des élections anticipées afin de faire partir le président Maduro avant la fin de son mandat, en décembre 2018.

Vingt-neuf personnes sont décédées depuis début avril. Un jeune de 21 ans est mort durant la nuit de mardi à mercredi à Valencia (nord) lors d'"une tentative de pillage", ont indiqué des sources proches du parquet à l'AFP. Selon la presse locale, il aurait été tué par un commerçant qui craignait de voir son magasin pillé.

"Nous devons faire que cela (le projet de nouvelle Constitution) soit la dernière erreur de la dictature. Toutes les dictatures tombent", a assuré Freddy Guevara, vice-président du Parlement, unique institution contrôlée par l'opposition, depuis fin 2015.

"Cette pantomime qu'il veut organiser ne peut pas nous enlever notre plus grande force, celle du peuple dans la rue", a-t-il ajouté.

Un mois jour pour jour après le début de cette vague de manifestations et de violences, Nicolas Maduro a appelé lundi à former une assemblée constituante "populaire", dont les 500 membres seront élus ou désignés par différents secteurs de la société (syndicats, minorités sexuelles, retraités...).

Le projet de cette assemblée sera de rédiger une nouvelle Constitution pour remplacer celle de 1999.

"C'est une fraude de Maduro. Comme il ne peut pas gagner les élections, il veut imposer le modèle électoral cubain pour se maintenir au pouvoir", a réagi le leader d'opposition et ex-candidat à l'élection présidentielle Henrique Capriles.

Car toute échéance électorale est risquée pour le chef de l'Etat: dans ce pays pétrolier dont l'économie s'est effondrée avec la chute des cours du brut, l'inflation est devenue incontrôlable et la majorité des aliments et médicaments sont frappés de pénurie.

Lassés, sept Vénézuéliens sur 10 souhaitent le départ immédiat de Nicolas Maduro, élu en 2013 après le décès de son mentor politique Hugo Chavez (président de 1999 à 2013).

- Calendrier électoral bousculé? -

Depuis le 1er avril, aucune des manifestations organisées par l'opposition n'a réussi à atteindre le centre de Caracas, où sont concentrées la majorité des institutions, réputées proches du clan présidentiel.

Le blocage des manifestants par les forces de l'ordre a souvent dégénéré en bataille de pierres, de cocktails Molotov et de grenades de gaz lacrymogène.

Au total, 29 personnes ont été tuées et plusieurs centaines blessées lors des heurts et pillages autour des défilés, des violences dont s'accusent mutuellement l'opposition et le gouvernement.

"L'opposition a décidé d'aller jusqu'au bout. Aujourd'hui il sont en train de passer à une insurrection armée et face à cette circonstance grave, l'unique chemin pour garantir la paix est une assemblée nationale constituante", a affirmé Nicolas Maduro.

Mais pour plusieurs analystes, en agissant ainsi, le président risque d'aggraver encore la crise politique au Venezuela, qui suscite une inquiétude croissante parmi la communauté internationale.

Le ministre des Affaires étrangères du Brésil Aloysio Nunes a été jusqu'à qualifier de "coup d'Etat" l'initiative de Maduro, tandis que l'Argentine et les Etats-Unis ont également critiqué ce projet de réformer la Constitution.

L'assemblée constituante pourrait en effet bousculer le calendrier électoral: outre les élections régionales prévues en 2016 mais reportées sine die, des municipales sont programmées en 2017, avant la présidentielle fin 2018.

"C'est une tactique dilatoire trompeuse pour échapper à la pression du peuple qui demande des élections", estime l'avocat constitutionnaliste Juan Manuel Rafalli.

Pour l'opposition, c'est surtout une manière pour le clan présidentiel de "consolider le coup d'Etat" initié selon elle fin mars quand la Cour suprême s'est arrogé brièvement les pouvoirs du Parlement, avant de renoncer face au tollé diplomatique.

Cette décision avait justement été l'étincelle déclenchant les protestations, dont le bilan est le plus lourd depuis la vague de manifestations de 2014 (43 morts à l'époque, selon les chiffres officiels).

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