Vendée Globe: le retour mouvementé du «Roi» Jean Le Cam

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Le skipper Jean Le Cam a franchi, jeudi 28 janvier, la ligne d'arrivée du Vendée Globe après 81 jours, 5 heures, 59 minutes et 55 secondes en mer et se classe quatrième. Mais l’aventure des mers en solitaire aurait pu virer au drame. Le doyen de la course a fini avec un bateau endommagé par des problèmes structurels.

Rentré sous la peine lune, le voilà désormais sur la terre ferme après avoir bouclé son quatrième Vendée Globe pour sa cinquième participation. Infatigable, homme de conviction au visage buriné, Jean Le Cam n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort. Mais l’aventure de cet homme de 61 ans aurait pu se terminer en drame.

« J'ai connu pas mal de trucs assez difficiles dans ma vie, mais là j'ai connu l'insoutenable et en fait l'insoutenable, on y arrive », a expliqué le skipper de Yes We Cam, blessé à une côte et inquiet pour son bateau endommagé.

Jean Le Cam a franchi la ligne d'arrivée en huitième position mais termine quatrième en raison des seize heures et quinze minutes de compensation qu'il a reçues pour le sauvetage de Kevin Escoffier, naufragé après que son bateau se fut brisé en deux.

« Que je sois là aujourd'hui, c'est un miracle »

« Quand j'ai débarqué Kevin sur le "Nivôse" [la frégate de la Marine nationale qui a récupéré Escoffier, ndlr], j'étais dans le front chaud, raconte l’ancien élève d’Eric Tabarly, avec qui il a fait son premier tour du monde. Le lendemain, je vais voir à l'avant du bateau, il était délaminé [cisaillé, ndlr]. Quand t'as la coque qui bouge de cinq centimètres comme ça, la mousse qui craque, tu te dis que ça va péter d'un moment à l'autre, et si ça pète, tu coules. J'ai réparé une première fois, après ça a re-pété. Arrêt une deuxième fois, réparation. Et là chaque jour, chaque heure, tu te dis "faut pas que ça tape". Hubert [le nom qu'il donne à son bateau, ndlr] m'a ramené et moi je l'ai aidé à me ramener. Voilà pourquoi j'ai dit que c'était très difficile. »

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« Que je sois là aujourd'hui, c'est un miracle », a ajouté le doyen de l'épreuve qui sait que la mer peut vous prendre vite. À tel point qu’il peut se poser la question de remettre le couvert. « Tu me dis "je repars demain ?", [je réponds] non. Maintenant, c'est à chaud. Cette question-là, on me la pose à chaque fois. En fait, je n'en sais rien », dit le héros qui a sauvé un concurrent naufragé.

En 2009, Jean Le Cam avait fait naufrage dans le Pacifique, au large du Cap Horn. Enfermé sous son bateau retourné, mât dans l'eau et quille à l'air, il avait été récupéré par Vincent Riou, dix-neuf heures après le chavirage, lors d'une opération de sauvetage mouvementée.

La nuit dernière, pour fêter le héros des mers, de nombreuses personnes s'étaient placées le long du chenal pour l’acclamer. Lui dansait sur son bateau, rythmé par la chanson de Johnny Hallyday L'envie, et surtout heureux d’être en vie. Avant d'amarrer son monocoque vieux de 13 ans, il a été rejoint par Escoffier et les briscards de la course au large que sont Roland Jourdain, Bernard Stamm et Vincent Riou.