Vendée Globe: Charlie Dalin, un cartésien fasciné par la mer

Sabine COLPART
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A six ans, il était fasciné par la mer. A 36 ans, Charlie Dalin boucle son premier tour du monde avec panache, après avoir bravé les éléments déchaînés dans une grande solitude qui lui sied bien, lors de la neuvième édition du Vendée Globe.

Mercredi soir au large des Sables d'Olonne, il a été le premier à passer la ligne d'arrivée du Vendée Globe, une course qu'il a menée sur plus de 60 pour cent du parcours, à bord d'un bateau volant de dernière génération (Apivia).

"La course au large c'est l'anticipation, on est tout seul, la force mentale est importante. Je suis quelqu'un de plutôt prudent de nature mais j'aime les défis et la difficulté. J'aime bien ce combat contre la nature et moi-même. Je me réalise bien dans la difficulté. Plus c'est dur et plus j'ai l'impression d'être bon", raconte à l'AFP Dalin.

Ce Havrais, exilé à Port Laforêt et Concarneau, est marin professionnel depuis 2011. Architecte naval de formation, il a commencé la voile par hasard, lors de vacances à Crozon (Finistère).

"Au début il y avait la fascination de la mer et ça s'est transformé en passion pour la voile. Une passion ce n'est jamais rationnel, j'ai le côté compétiteur. J'ai la culture du sport. Exploiter le vent et la machine pour aller le plus vite possible et trouver les routes les plus rapides, ça me fait vibrer", explique-t-il.

- "Un vrai solitaire" -

De la Suède à l'Australie en passant par la Thaïlande, il a posé ses valises un peu partout sur terre pour financer sa passion de la mer. Et puis, en 2011, il trouve un sponsor et se présente sur la course de référence qui forme les plus grands marins, la Solitaire du Figaro. A chacune de ses participations, il accrochera systématiquement le podium.

"Un bon figariste fait forcément un bon 'vendée-globiste'!" lance-t-il en 2017, quelques mois avant de se lancer sans relâche dans son projet Vendée Globe 2020 avec la construction d'un nouveau bateau sous la supervision de François Gabart, vainqueur en 2012/2013.

Son comparse de galères en mer, Yann Eliès, avec qui il a remporté la Transat Jacques Vabre en 2019, le décrit comme quelqu'un de "cartésien et de très pudique". "Il a une histoire familiale pas simple. Il s'est formé une espèce de carapace super dure à percer, c'est quelqu'un qui a du mal à s'ouvrir, c'est une huître", relève à l'AFP Eliès.

"Il a une telle envie de maîtriser tous les paramètres de sa course qu'il va en oublier les relations humaines avec les autres. C'est un vrai solitaire et les vrais solitaires, on a tous un pet de travers !" poursuit Eliès.

- Dureté et plaisir -

Pour son papa Antoine, "ce n'est pas un hasard s'il aime en particulier la course en solitaire". "Je pense que la solitude, c’est vraiment pas quelque chose qui lui fait peur, cette aventure extrême, c’est un challenge qui l'attire vraiment".

Du côté de sa team, on confirme aussi!

"La dureté du solitaire ne le gêne pas, il préfère les navigations tout seul, prendre ses décisions lui-même, il préfère comme ça, et ça tombe bien parce qu'il aura fait 80 jours tout seul !", glisse le responsable technique du projet Apivia, Antoine Carraz.

Durant ces quatre-vingt jours qu'a duré la course autour du monde, Dalin, véritable métronome qui ne veut rien laisser au hasard, aura appris à dormir. "C'était un de ses points faibles. Il avait l'impression de perdre en performance quand il dormait", dit Carraz.

Même si le mode solitaire en mer est fait pour lui, à terre, Charlie Dalin aime sa vie avec sa compagne et leur fils de deux ans et demi, Oscar, qu'il a hâte de serrer fort dans ses bras et à qui il a lu des livres depuis l'océan Indien avant qu'il ne s'endorme.

Ensuite, il redeviendra le marin passionné qu'il est. "Quoiqu'il se passe, il aura envie d'y retourner (sur le Vendée Globe) parce qu'il a bien vécu son Vendée Globe et il a pris beaucoup de plaisir", assure Carraz.

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