A la veille des législatives, la CFDT tend la main vers l'exécutif

"Il faut être deux pour jouer!: à quelques jours du second tour des législatives, la CFDT poursuit sa politique de la main tendue à l'égard de l'exécutif, jouant à plein la partition du syndicat réformiste à l'occasion de son 50e Congrès.

Le premier syndicat français tient congrès depuis lundi et jusqu'à vendredi à Lyon, avec la participation de quelque 1.600 délégués.

"Nous voulons prendre notre part dans une véritable co-construction", a déclaré mercredi son secrétaire général Laurent Berger, devant un parterre de délégués.

Après un premier quinquennat marqué selon les partenaires sociaux par la verticalité du pouvoir, Emmanuel Macron a promis durant sa campagne une "nouvelle méthode" de gouvernance.

Réélu, il a lancé avant le premier tour des législatives l'idée d'un "Conseil national de la refondation" réunissant forces politiques, économiques, sociales, associatives ainsi que des élus des territoires et des citoyens tirés au sort.

Mercredi, M. Berger a repris la balle au bond, semblant enjamber le deuxième tour des législatives: "sans naïveté, avec moult propositions, avec détermination mais aussi avec de fortes exigences, nous allons nous (...) inscrire" dans ce CNR, a-t-il dit.

Conscient des "réticences" qu'une telle attitude pourrait provoquer dans les rangs de la CFDT, alors que "les cinq années passées ont laissé des traces, que les stigmates du mépris sont encore visibles", il a posé ses conditions: "notre exigence, ce sera la loyauté de nos interlocuteurs, du gouvernement, sa capacité d'écoute et sa volonté de compromis !".

Faute de dialogue réel, la CFDT pourrait entrer dans la "contestation", via des "mobilisations sectorielles" ou des "manifestations".

Le N.1 du premier syndicat français a de nouveau fustigé la politique de la "chaise vide" de sa rivale plus contestataire, la CGT - cette dernière a refusé vendredi de participer à un déjeuner à l'Elysée avec M. Macron, y voyant un "déjeuner de campagne".

- "Syndicalisme de résultats" -

Cette main tendue vers l'exécutif est conforme à l'ADN de la Confédération: "la CFDT veut un syndicalisme de résultats, utile aux travailleurs", a souligné M. Berger.

La Confédération a souffert lors des cinq années écoulées du manque de considération des pouvoirs publics, elle qui avait été un partenaire privilégié des gouvernements Hollande.

"Le mandat passé a été super hard", résume le secrétaire national Yvan Ricordeau.

Lundi et mardi, les délégués se sont succédé à la tribune pour faire part de leur fatigue militante, entre baisse des moyens accordés aux représentants du personnel suite aux ordonnances Macron de 2017, et le peu d'écoute du patronat vis-à-vis des revendications salariales.

Sur les salaires et les conditions de travail, "le patronat a une responsabilité de se mettre à la table des négociations" au risque de voir les syndicats choisir la voie de la "contestation", a averti M. Berger.

Interrogé sur le projet du chef de l'Etat de repousser l'âge de la retraite à 65 ans, M. Berger a réaffirmé que la CFDT est "vent debout". "On sera dans la rue" si le projet est mis sur la table, a-t-il prévenu.

La résolution générale, fixant la feuille de route de la CFDT pour les quatre années à venir, sera débattue de mercredi soir à vendredi.

Les débats concernant les retraites devraient être particulièrement scrutés, plusieurs amendements proposant de corriger une formulation selon laquelle "l'allongement de l'espérance de vie peut justifier une augmentation de l'âge moyen de liquidation".

M. Berger s'est efforcé de désamorcer la fronde, soulignant que le projet de résolution "ne dit rien de plus... mais aussi rien de moins que ce que dit la CFDT depuis au moins vingt ans".

Le vote sur la résolution aura lieu vendredi. Mercredi, M. Berger a pu savourer la très large approbation de son rapport d'activité, à 89,5% des voix (contre 83,3% lors du Congrès de Rennes en 2018).

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