Variants Lambda et Epsilon: pourquoi la France et l’OMS ne sont pas encore inquiets ?

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Alors que le variant Delta explose en France, les regards se tournent déjà vers Epsilon et Lambda, deux nouveau venus dans l'épidémie de Covid-19. Angoisse ou prudence ? Voici ce qu'il faut savoir de ces nouvelles formes du Sars-Cov-2. Image d'illustration.  (Photo: Le HuffPost/AFP)
Alors que le variant Delta explose en France, les regards se tournent déjà vers Epsilon et Lambda, deux nouveau venus dans l'épidémie de Covid-19. Angoisse ou prudence ? Voici ce qu'il faut savoir de ces nouvelles formes du Sars-Cov-2. Image d'illustration. (Photo: Le HuffPost/AFP)

VARIANTS - Alors que Delta s’installe en France et pourrait provoquer une nouvelle vague dès “fin juillet”, selon Olivier Véran, deux nouveaux variants du coronavirus surgissent dans l’actualité. À en croire certains commentateurs et certains épidémiologistes, “Lambda” et “Epsilon” nous menacent désormais, à cause de leurs mutations, susceptibles de les rendre plus contagieux et résistants aux vaccins.

L’agitation médiatique autour de ces deux formes du coronavirus est telle que le sujet a été abordé en Conseil des ministres ce mercredi 7 juillet. À sa sortie, Gabriel Attal tente de couper court aux inquiétudes: “Nous regardons tous les variants qui circulent avec beaucoup de vigilance, mais pour l’instant c’est Delta qui nous préoccupe”, tranche le porte-parole du gouvernement.

Même son de cloche du côté de l’OMS, qui ne classe ni Epsilon ni Lambda comme “préoccupant” (Variant of Concern ou VOC), alors que Delta est labellisé ainsi depuis le 11 mai 2021. Si Epsilon et Lambda circulent déjà en France et dans une quarantaine de pays, “aucun impact de santé publique n’est démontré à ce jour”, s’accorde Santé Publique France (SPF) dans son Analyse de risques sur les variants émergents du SARS-CoV-2 du 30 juin dernier.

Ni Lambda ni Epsilon n’ont prouvé leur dangerosité

Les autorités nationales et internationalestempèrent, car en réalité, ni Lambda ni Epsilon n’ont prouvé leur dangerosité réelle, contrairement à Delta qui est “40 à 60% plus transmissible que Alpha (variant britannique)”, selon SPF et qui, du fait de sa résistance aux vaccins lorsqu’une seule dose est effectuée, risque de booster l’épidémie, comme il le fait déjà au Royaume-Uni.

Si Lambda fait autant parler de lui, c’est qu’il a récemment été placé sous surveillance par le Royaume-Uni, un des leaders mondiaux dans le séquençage des virus. Mais là encore, inutile de tirer des conclusions alarmistes trop vite: “Il n’existe actuellement aucune preuve que ce variant provoque une infection plus grave ou qu’il rende les vaccins actuellement déployés moins efficaces. Nous effectuons des tests en laboratoire pour mieux comprendre l’impact des mutations sur le comportement du virus”, déclarait Public Health England, le 25 juin.

Depuis avril 2021, Lambda est majoritaire au Pérou, cinquième pays le plus endeuillé par le Covid-19, avec plus de 180.000 morts pour 35 millions d’habitants. Les scientifiques ne savent pas comment il s’est imposé et s’il est plus agressif que les autres, car le Pérou ne séquence pas assez le Sars-Cov-2. Le flou subsiste donc sur le variant qu’il a supplanté.

Le 14 juin 2021, l’OMS décide tout de même de le classer comme “variant d’intérêt”, car il s’avère que ses mutations (principalement L452Q et F490S) peuvent théoriquement modifier la manière dont il se fixe sur nos cellules et altérer l’efficacité des vaccins.

Epsilon écarté de la liste de l’OMS

Ainsi étiqueté, Lambda rejoint alors Epsilon, “variant d’intérêt” depuis mars 2021. Lui a été découvert en Californie en mars 2020, mais, début 2021, il se met à brusquement progresser aux États-Unis. L’OMS le fait rentrer dans sa liste de variant à suivre, pour inciter les chercheurs à produire plus d’études, pour expliquer une telle progression.

Le 6 juillet, l’OMS change d’avis. Elle ne considère plus Epsilon comme un variant d’intérêt. Si Epsilon est effectivement 20% plus contagieux que la souche de Wuhan, il n’est pas en capacité de s’imposer face à Alpha, Gamma ou Delta, qui ont un “avantage” bien supérieur. Autrement dit, il y a très peu de risques qu’il pose plus de problèmes que les variants déjà majoritaires.

Ce changement de braquet de l’OMS illustre l’incertitude autour des variants: “Le Sars-Cov-2 mute beaucoup. La plupart du temps, cela ne change rien. De temps en temps et par hasard, un variant peut obtenir une mutation qui l’avantage par rapport aux autres virus du Covid-19. Mais cela n’est pas une garantie”, explique Jean-Stéphane Dhersin, modélisateur de l’épidémie pour le CNRS.

Ainsi, certains scientifiques tentent de relativiser sur la dangerosité de Lambda, à l’instar d’Emmanuel André, microbiologiste à l’Université de Louvain, chargé de la surveillance du Covid-19 pour l’État belge. “Il n’a pas de raison de s’alarmer. Les données relatives à la progression de Lambda au Chili montrent que c’est plutôt Gamma (variant brésilien) qui s’impose là-bas”, explique le chercheur sur Twitter, le 6 juillet dernier. Là encore, ces chiffres montrent qu’avoir une mutation qui rend plus contagieux n’est pas inquiétant en soi. Il faut aussi que le variant soit en mesure de remporter sa compétition avec les autres formes du Sars-Cov-2, déjà présent dans un territoire donné.

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Une autre interrogation alimente les angoisses: et si Lambda est beaucoup plus résistant aux vaccins que Delta? “C’est le deuxième avantage qu’une mutation peut acquérir. Elle s’impose si elle est plus transmissible, ou si elle est moins sensible à l’immunité”, continue le modélisateur Jean-Stéphane Dhersin. Une étude chilienne en cours de publication semble observer en laboratoire une résistance aux vaccins. Elle serait plus forte que celle qui se produit déjà avec les variants Alpha ou Gamma, mais toujours trop faible pour nous obliger à abandonner les vaccins actuels, selon une autre étude préliminaire.

Prudence et patience

En réalité, seules les études statistiques, menées à partir des données sur les hospitalisations et la proportion de ces variants parmi les cas détectés permettent de confirmer leur dangerosité réelle. Ce sont elles qui ont confirmé la nocivité de Delta. Voilà pourquoi la France et l’OMS tempèrent à propos de Lambda (et Epsilon). Pour l’instant, les cas détectés dans l’Hexagone sont “sporadiques” (environ 14 détectés à ce jour), et progressent très lentement en Europe.

Ce qui ne veut pas dire que Lambda n’éclora pas un jour. “La seule manière de trancher, c’est de suivre sa progression de très près” résume Jean-Stéphane Dhersin. Une recommandation que le gouvernement semble avoir entendu: “Nous avons augmenté nos capacités de séquençage”, déclarait Gabriel Attal, à la sortie du conseil des ministres. L’alphabet grec n’a qu’à bien se tenir.

À voir également sur Le HuffPost: Les mutations des virus expliquées en 2 minutes

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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