Le variant britannique plus mortel? Pourquoi il faut aborder avec prudence l'affirmation de Johnson

Mélanie Rostagnat
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Etude et analyse d'échantillons positifs au Covid-19 pour le variant britannique, le 15 janvier 2021 à Aalborg, au Danemark  - Henning Bagger © 2019 AFP
Etude et analyse d'échantillons positifs au Covid-19 pour le variant britannique, le 15 janvier 2021 à Aalborg, au Danemark - Henning Bagger © 2019 AFP

"Il faut accueillir ces résultats avec prudence." Au lendemain de l'allocution du Premier ministre britannique, qui a fait état d'un probable degré de mortalité plus élevé du variant détecté au Royaume-Uni, plusieurs médecins sont intervenus pour relativiser la dangerosité de cette mutation et souligner les résultats incomplets des études mentionnées par les autorités britanniques.

"Dans les autres pays, on n'a pas trouvé plus de formes graves ou de décès. Il faut accueillir ces résultats avec prudence car ils peuvent être biaisés par l'effet mécanique avec l'augmentation des cas, et par les difficultés que rencontre le système de santé britannique qui est débordé", a ainsi expliqué à notre antenne le Pr Christophe Rapp, infectiologue à l'hôpital américain de Paris, et consultant santé de BFMTV.

Vendredi, lors d'une conférence de presse, Boris Johnson a ravivé les inquiétudes sur la propagation du variant britannique en déclarant qu'il existait désormais "des preuves que le nouveau variant, qui a été identifié pour la première fois à Londres, et dans le sud-est (de l'Angleterre), peut être lié à un degré plus élevé de mortalité". Si des analyses avaient déjà mis en évidence le taux de contagiosité supérieur de ce variant par rapport à celui de la souche dite classique du virus, les scientifiques s'accordaient pour le moment à dire qu'il n'était pas à l'origine de formes plus graves de la maladie.

Un message de prudence politique

Mais le conseiller scientifique du gouvernement britannique a dévoilé les résultats d'une récente étude qui conclut - provisoirement - que le risque de mortalité pour les hommes âgés d'une soixantaine d'années est de 13 à 14 sur 1000 s'agissant du variant, contre 10 sur 1000 pour la précédente forme du virus. Cette étude, qui reprend plusieurs travaux de recherche, indique toutefois que la probabilité de lien entre le risque accru de décès et ce variant n'est que de 40 à 50%. Par ailleurs, elle ne concerne que 8% des décès pendant la période analysée.

"Un tiers de nos patients ont été contaminés par le variant anglais (ou suspecté), a souligné ce samedi sur BFMTV Jean-François Timsit, chef de service de réanimation médicale et infectieuse à l'hôpital Bichat, "mais je n'ai pas remarqué d'augmentation de sa virulence".

"Je pense qu'il y a aussi un message politique de la part de Boris Johnson qui n'a pas extraordinairement bien géré la crise ces derniers mois et je pense que c'est une façon de se protéger un peu", explique-t-il.

Article original publié sur BFMTV.com