Val-de-Marne: une femme acquittée du meurtre de son conjoint au nom de la légitime défense

F.B.
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Justice (Photo d'illustration) - AFP
Justice (Photo d'illustration) - AFP

Elle comparaissait pour avoir tué son compagnon alors que ce dernier assénait des coups de poing à sa fille: condamnée en première instance, une femme de 43 ans a été acquittée ce jeudi soir par la cour d'assises du Val-de-Marne au nom de la légitime défense.

À l'annonce du verdict, Adriana S. est tombée à genoux, en pleurs, et remercié Dieu à plusieurs reprises avant de rejoindre ses proches venus la soutenir.

"Justice a été rendue pour cette femme qui va pouvoir se reconstruire sur une base de justice", a déclaré à l'Agence France-Presse (AFP) son avocat, Me Quentin Dekimpe. "C'est un message qui est envoyé à toutes les femmes victimes de violences conjugales, il y a un espoir pour elles de sortir de cette situation et de savoir qu'on les écoutera".

Adriana S., condamnée à sept ans de prison en première instance, était poursuivie pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner".

Deux coups de couteau

Dans la nuit du 19 au 20 novembre 2015 à Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne), son compagnon de 31 ans, sous l'emprise de l'alcool, s'en serait pris verbalement et physiquement à Adriana et à sa fille, âgée de 20 ans, qui avait tenté d'intervenir pour protéger sa mère.

Adriana S. avait exhorté son conjoint de cesser de violenter sa fille, en vain. "Désespérée", elle s'était emparée d'un couteau de cuisine et lui avait porté deux coups, dont l'un mortel.

Lors de son réquisitoire, l'avocat général Rémi Crosson du Cormier avait estimé que la fille de l'accusée n'était pas en "péril imminent de mort" et avait demandé aux jurés de rejeter la légitime défense, compte tenu de la "disproportion" entre l'agression initiale et la réaction de l'accusée. Il avait requis cinq ans de prison, dont trois avec sursis.

Des militantes féministes mobilisées

Jugée sans trop de médiatisation en 2019, cette affaire a mobilisé cette année autour d'elle des militantes féministes à l'image du collectif Les effronté-e-s, dont la pétition en faveur d'Adriana a recueilli plus de 43.000 signatures.

Dans une récente tribune, d'autres collectifs avaient prévenu qu'ils ne "toléreraient pas" une "seconde affaire Jacqueline Sauvage", une femme condamnée en 2014 pour le meurtre de son époux violent et devenue symbole des violences conjugales. Elle avait été libérée en décembre 2016 à la faveur d'une grâce présidentielle.

"Aujourd'hui, je défends une victime" car "quand on se défend, on n'est pas coupable", a martelé lors de sa plaidoirie l'une des avocates d'Adriana S., Me Lorraine Questiaux, dénonçant "une erreur judiciaire". "Mme S. était une victime le 19 novembre et avant ça elle était victime, victime de violences conjugales, de violences morales, psychologiques".

"Là, c'était trop"

Au cours des trois jours d'audience, les témoignages de plusieurs proches du couple ont permis d'esquisser à gros traits le portrait d'un homme buvant beaucoup et ayant l'alcool mauvais. Certains ont rapporté avoir entendu Adriana se plaindre de violences, verbales et physiques, de la part de son compagnon.

"J'ai toujours tout accepté mais là c'était trop, c'était ma fille", a raconté à la barre la quadragénaire brésilienne, qui comparaissait libre, veste noire et cheveux tirés en arrière.

"J'ai essayé de l'arrêter, je suis montée sur lui, je l'ai pris par la ceinture mais ça ne servait à rien, j'étais désespérée, j'ai vu le couteau, je l'ai pris, j'avais juste envie que ça s'arrête", a-t-elle ajouté entre deux sanglots.

"Je connaissais la puissance de mon mari, je l'ai vu se déchaîner sur mon enfant, j'ai eu peur qu'il la tue", a-t-elle poursuivi. "Je n'ai jamais voulu tuer mon mari, j'ai juste voulu défendre mon enfant".

Article original publié sur BFMTV.com