La vaccination publique des hommes d'État «peut conforter les complotistes»

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Le président élu Joe Biden se fait vacciner ce lundi 21 décembre devant les caméras. Pour Dominique Wolton, chercheur en sciences de la communication, cette stratégie visant à rassurer sur le vaccin peut être contre-productive.

Le président israélien Netanyahu s'est fait vacciner samedi 19 décembre dans un grand show médiatique pour lancer la vaccination en Israël. Mike Pence, le vice-président américain, l’avait fait jeudi 17 décembre. Un des objectifs de ces mises en scène de la vaccination des hommes d’État : inciter à la vaccination et rassurer sur le vaccin. Pourtant Dominique Wolton, Fondateur de l'Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC) et directeur de la Revue internationale Hermès, assure que cela peut être totalement inefficace :

« Se faire vacciner en public, ce n’est pas une preuve de civisme. Les citoyens comme vous et moi ce n’est pas qui leur fait changer d’avis. Ce qui leur fait changer d’avis, c’est les conditions d’enquête sur la santé publique, d’être capable de rassurer les populations. Mais ce n’est pas un ministre ou un président qui va assurer ça. Ça peut avoir un effet exactement contre-productif. Ça peut parfaitement alimenter le complotisme, insiste le chercheur. À partir du moment où le complotisme détourne tout et dit que si l'on veut dire, on veut dire l’inverse. Si l'on croit que ça a une vertu pédagogique de montrer un homme public qui se vaccine, ça peut conforter les complotistes. »

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Pour lui, la communication des pouvoirs publics doit se focaliser sur des éléments plus factuels concernant les vaccins et leur mise sur le marché : « C’est plus intéressant que le monde sache quelles ont été les différentes tractations entre les différents laboratoires, le rôle des pouvoirs publics, l’arbitrage vis-à-vis de la santé publique, plutôt que de voir un chef d’État se faire vacciner devant les caméras. La question de la confiance aujourd’hui n’est pas seulement réduite à la question de voir […] Ce n’est pas en montrant un chef d’État avec des caméras qu’on emporte une adhésion. Surtout maintenant, on passe notre temps à vivre tout le temps avec des images. »

Pression médiatique

Plus qu’une question sur une stratégie de vaccination pour Dominique Wolton, le phénomène des vaccinations de personnalités publiques est dû à une pression médiatique : « La peopolisation de la vie politique aboutit au fait qu’il faut tout voir, tout savoir et que tout doit être montré. Il y a trois pressions. Les politiques imaginent que s’ils se montrent tout le temps on les croira davantage. Et il y a la pression des médias qui est infernale parce qu’elle subit elle-même la pression des réseaux sociaux. Et la logique de base des réseaux sociaux, c’est : “on veut tout voir, on veut tout savoir. C’est ça la démocratie”. Il y a une espèce de disproportion, il faut tout montrer. »