Vaccination: de gauche à droite, ce qu'en disent les politiques

Jules Pecnard
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Le chef de file de LFI, Jean-Luc Mélenchon, à l'Assemblée nationale le 8 décembre 2020 - AFP / Thomas Samson
Le chef de file de LFI, Jean-Luc Mélenchon, à l'Assemblée nationale le 8 décembre 2020 - AFP / Thomas Samson

C'est l'une des réalités qui ont surgi lors de cette deuxième vague d'épidémie de Covid-19. Les Français sont parmi les peuples les plus méfiants de l'OCDE à l'égard de la vaccination. Un sondage Elabe réalisé pour BFMTV et publié jeudi soir l'a confirmé: 49% des personnes interrogées, soit près d'un sur deux, refuserait de se faire vacciner.

Même si ce chiffre marque une baisse inédite après une hausse constante de la mi-septembre à début décembre, il laisse présager une phase difficile pour l'exécutif, qui communique tant bien que mal sur la nécessité de se vacciner contre cette nouvelle maladie. Dans ce contexte, il va devoir se trouver des alliés implicites dans le champ politique pour relayer cette nécessité, quand bien même les opposants à Emmanuel Macron trouvent beaucoup à redire sur sa gestion de la crise sanitaire. BFMTV.com fait le point sur les prises de position dans les rangs des principaux partis.

Chez les insoumis, la méfiance

Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, en a surpris quelques-uns en défendant une ligne plutôt méfiante vis-à-vis du vaccin développé par Pfizer et BioNTech, que Britanniques et Américains commencent à tester. "Ce vaccin ne me rassure pas", a déclaré le député des Bouches-du-Rhône dans BFM Politique. Et d'évoquer la très basse température, coûteuse sur le plan technologique, qu'il nécessite afin d'être stocké.

"Je dois faire attention et peser mes mots, parce que ce n'est pas mon rôle de semer la pagaille et effrayer les gens, mais disons que j'apprécie pas trop ce qui est en train de se passer. (...) Ce vaccin, qui dépend d'une telle chaîne du froid, eh bien il m'inquiète, parce que la moindre rupture, vous ne la verrez pas avant d'en voir les effets", juge-t-il.

À défaut de déconseiller aux Français d'y avoir recours, ce qu'il ne fait pas, Jean-Luc Mélenchon reconnaît "très tranquillement" qu'il ne sait "pas".

"Je ne suis pas médecin, je ne suis pas épidémiologiste, (...) je sais juste qu'un certain nombre de conditions ne me semblent pas respectées", a-t-il affirmé.

Le lendemain sur RTL, son numéro deux Adrien Quatennens a déclaré qu'il se ferait vacciner s'il fait partie "des personnes dont on juge qu'elles doivent se faire vacciner", mais surtout lorsqu'il aurait "plus de données en matière de santé".

"Il ne s'agit pas de dire 'vaccino-sceptique', il s'agit de dire qu'il y a une forme d'attentisme. (...) Pour l'instant, on a beaucoup vu les données des annonces sur les cours de la Bourse, un peu moins sur l'efficacité sur la santé", a-t-il développé, ajoutant que "le seul vaccin ne peut pas être l’unique solution".

Des écologistes partagés

Le 10 novembre, Yannick Jadot a jeté un pavé dans la mare. Lorsque sur France Info, on lui demande s'il est favorable à une vaccination obligatoire contre le Covid, eurodéputé Europe Écologie-Les Verts répond par un simple "oui".

"Regardez le traumatisme que vivent nos sociétés. On ne peut pas se permettre aujourd'hui d'allonger la période de confinement, la période d'affaissement culturel, social, économique de notre pays. Donc à partir du moment où le vaccin sera là, j'espère que tout le monde ira se faire vacciner", déclarait Yannick Jadot.

Cette position tranche avec le rapport ambigu qu'entretient l'écologie politique avec la vaccination. Dans notre sondage Elabe, 36% des sympathisants EELV interrogés se disent absolument certains de ne pas y avoir recours. Un mélange de méfiance instinctive vis-à-vis des grandes firmes pharmaceutiques et d'attachement à la liberté thérapeuthique.

Le numéro un du parti, Julien Bayou, s'est dit favorable à la vaccination mais pas à une quelconque obligation. Un mois plus tard, le 13 décembre, Yannick Jadot lui-même a atténué son propos, exigeant sur RTL une "transparence absolue" de la part des laboratoires. Plutôt que d'obligation, le député européen parle désormais d'une "adhésion" nécessaire des Français au vaccin.

La droite a confiance...

L'écrasante majorité des dirigeants Les Républicains a réservé un accueil positif, sans ambage, à la nouvelle du développement rapide d'un vaccin. Le 10 novembre sur Europe 1, le président de LR Christian Jacob a appelé à la "prudence", mais y a vu "un très bel espoir".

Sur Public Sénat la veille, le numéro trois du parti, Aurélien Pradié, s’est déclaré favorable à une vaccination obligatoire, "si nous avons une sécurité totale".

"La vaccination obligatoire est évidemment une piste à envisager", a-t-il résumé.

Deux semaines plus tard, le 26 novembre encore sur Public Sénat, le maire de Troyes, François Baroin, a toutefois défendu une position un peu iconoclaste.

"J’ai un problème, c’est que je suis hypocondriaque, donc je me méfie de tout, y compris des vaccins", reconnaissait-il.

...le PS pose ses exigences

Côté socialiste, on demande à ce que la logistique soit au rendez-vous. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a écrit une lettre début novembre à Emmanuel Macron dans laquelle il indique que le vaccin "nécessite dès aujourd'hui des anticipations". Interviewé quelques semaines plus tard par Le Figaro, le député de Seine-et-Marne a accusé l'exécutif de donner "le sentiment d'être en train de procrastiner".

Quant à la maire de Paris, Anne Hidalgo, elle dit pouvoir faire vacciner 30 à 40% de la population de la capitale.

"Si on n'infantilise pas la population, il n'y a pas de raisons qu'elle fasse le mauvais choix", a-t-elle déclaré le 21 novembre sur BFMTV.

Et l'édile d'annoncer la mise en place, compte tenu de la défiance des Français, d'un "panel de citoyens" ainsi qu'un "comité consultatif" à Paris.

Hervé Saulignac, député socialiste de l'Ardèche et lui-même inscrit comme volontaire pour tester le vaccin, a mis les pieds dans le plat: "On ne peut pas exiger de la puissance publique qu'elle nous protège, et aller se planquer quand la recherche française réclame des volontaires."

Le Pen et Dupont-Aignan, les plus rétifs

Sur France Inter le 10 décembre, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a déclaré qu'elle attendrait l'arrivée d'un "vaccin traditionnel" pour prêter son bras. La candidate à l'élection présidentielle de 2022 laisse les Français "libres" de leur choix.

"Comment voulez-vous qu'il y ait un climat de confiance à l'égard des vaccins si on agit avec une opacité aussi incroyable?", a-t-elle demandé, sachant tout de même gré au gouvernement d'avoir "compris qu'il ne fallait surtout pas imposer la vaccination".

Quant à son ancien allié Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, il demande "un peu de temps", s'appuyant sur les paroles prudentes d'Alain Fischer, le "M. Vaccin" de l'exécutif. "Je ne suis pas un cobaye", s'agaçait-il début décembre sur RMC, dénonçant une "pression psychologique scandaleuse sur les Français".

"Je pense que le vaccin a été une délivrance pour l'humanité, mais je pense que le vaccin doit être testé avant d'être appliqué à des millions de Français. Et quand (...) j'entends le ministre de la Santé nous dire, 'on ne connaît pas encore les effets secondaires, mais on va vacciner 14 millions de Français', je dis, danger", a-t-il insisté ce vendredi sur CNews.

Le gouvernement veut montrer l'exemple

Pour parer à la crise de confiance, certains membres de l'exécutif n'hésitent plus à dire qu'ils se feront vacciner quand ce sera au tour de leur classe d'âge. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, âgé de 31 ans, a déclaré jeudi sur BFMTV qu'il n'aura "aucun problème" à le faire.

Dans les colonnes du Parisien, le cabinet du Premier ministre Jean Castex se calque sur l'avis de la Haute autorité de Santé dévoilé le 30 novembre:

"On va commencer par les personnes les plus à risque, et élargir progressivement le public cible. Le gouvernement va se soumettre à cette stratégie."

Plus ou moins comme les Britanniques, le gouvernement suivra un protocole selon lequel les résidents d'Ehpad et leurs soignants seront les premiers vaccinés. Suivront, entre février et mars, les plus de 75 ans, puis les plus de 65 ans et les Français présentant des risques de comorbidité. Certains ministres, comme Roselyne Bachelot ou Jean-Yves Le Drian, seront alors concernés.

Un ministre pourrait faire exception à cet ordonnancement selon Le Parisien: le ministre de la Santé, Olivier Véran qui, si l'accueil initial des Français au vaccin, et notamment des plus âgés, se faisait tiède, pourrait relever la manche pour l'exemple.

Article original publié sur BFMTV.com