Vacances : pourquoi les prix augmentent-ils sur Airbnb ?

Le logo de l'application mobile Airbnb, qui propose des locations de vacances (Crédits : Getty images).

Un déséquilibre entre l'offre et la demande a permis aux propriétaires d'augmenter leurs prix sur la plateforme, dans un contexte post-pandémie auquel s'est ajouté un renforcement du cadre légal.

A l’approche des ponts du printemps, vous faites peut-être comme beaucoup de Français et regardez les logements disponibles sur Airbnb, et peut-être êtes-vous surpris des prix proposés sur le site.

L’entreprise californienne fondée en 2008 pour démocratiser l'accès aux locations de vacances a vu ses tarifs s’envoler. Entre fin 2019 et fin 2022, le prix moyen d’une nuit réservée sur Airbnb a augmenté de 36%, pour s’élever à 153 dollars par nuit (142 euros), d’après les chiffres publiés à la fin de l’année par l’entreprise. Cette tendance à la hausse se vérifie "dans toutes les régions" du monde, a précisé Airbnb.

Des hausses importantes dans plusieurs grandes villes

Quant à la France, elle ne fait pas exception, même s’il est difficile d’avoir une vision d’ensemble très claire des prix proposés sur la plateforme. D’après AirDNA, une entreprise qui fournit des données aux acteurs du secteur, le prix moyen d’une nuitée pour un logement entier en France est passé de 128 dollars en février 2019 à 165 dollars en février 2023. Mais cette moyenne cache des disparités importantes : à Paris le prix moyen a augmenté de 58% en quatre ans, quand il a subi 28% de hausse à Lyon, d’après les chiffres fournis par AirDNA à Yahoo.

Le journal Le Monde, qui a comparé les données dans 150 villes françaises, conclut que 40% d'entre elles ont connu entre janvier et octobre 2022 des tarifs plus élevés de 30 % par rapport à la même période en 2019. Contactée par Yahoo, Airbnb France conteste ces chiffres. "Cette analyse est basée sur des données erronées, issues de logiciels de data scrapping. Le prix moyen des annonces est stable depuis l'année dernière à l’échelle nationale", assure l’entreprise, indiquant un prix moyen par nuit et par personne de 34 euros sur les trois premiers trimestres de 2022 (tous types de logements inclus).

Un prix "tous frais inclus" depuis décembre

Airbnb affirme en outre que son offre est 40% moins chère qu’une chambre d’hôtel en France, et même jusqu'à environ 45% moins cher dans les grandes villes, lorsque l'on compare les prix pour héberger deux personnes pour une semaine.

Il faut également savoir que la plateforme a introduit une nouveauté qui a pu jouer sur le ressenti des prix par les clients. Depuis décembre 2022, les frais de ménage et de service, et les taxe sont désormais inclus dans le prix affiché sur le moteur de recherche, alors qu'auparavant ils n'apparaissaient qu’à l’étape finale de la réservation, en venant s'ajouter au prix, causant parfois de mauvaises surprises.

Une demande trop importante avec la pandémie

L’entreprise ajoute que "le nombre d’annonces sur Airbnb en France n'a cessé d'augmenter depuis 2019". Les données d’AirDNA le confirment : de 384 017 annonces répertoriées pour un logement entier en février 2019, on est passé en février 2023 à 528 007, soit une offre accrue de 37%.

Mais si l’offre a augmenté, comment expliquer cette hausse des prix ? D’abord parce que le bond de la demande a été plus important, d'après Mehdi Farajallah, enseignant-chercheur au département stratégie et innovation à la Rennes School of business. "Après la pandémie, les Français ont fait comme beaucoup de voyageurs, ils ont préféré partir en vacances pas trop loin de chez eux, d’où une fort essor de la demande qui a tiré les prix vers le haut". D'autant que cette demande s'est souvent concentrée, Covid-19 oblige, sur le littoral ou la montagne.

Moins d'offres dans certaines villes

Ensuite, si le nombre d’offres a augmenté dans l’Hexagone, il n’en a pas fait de même dans toutes les villes. Ainsi, à Paris il y a 14% d’offres en moins aujourd’hui qu’en 2019 selon les chiffres d’AirDNA, même si la tendance est à la hausse par rapport à 2022. A Biarritz également, les offres sont moins nombreuses. Une baisse de l’offre qui peut s’expliquer par le renforcement du cadre légal des locations de courte durée.

Depuis 2019, un propriétaire ne peut mettre sa résidence principale en location que pour 120 nuitées maximum (sauf s’il n’en loue qu’une partie, par exemple une chambre chez l’habitant). Des démarches obligatoires se sont également ajoutées pour les loueurs. "Cette pression réglementaire a joué sur l’offre, soit en augmentant les coûts pour les propriétaires, soit en les contraignant à moins louer, et mécaniquement cela a tiré les prix vers le haut", observe Mehdi Farajallah.

Airbnb veut aider les propriétaires à mieux fixer leur prix

Rappelons que sur Airbnb, chaque propriétaire, ou "host" (hôte en anglais), est libre de fixer son prix. "Airbnb n’a aucun intérêt à ce que les prix augmentent trop, car elle y perdrait des clients. Mais elle ne peut contraindre les hôtes à baisser leur prix, c’est un équilibre difficile à trouver", analyse Mehdi Farajallah, qui estime que les prix vont finir par baisser un peu car "s'ils sont trop chers, les propriétaires ne trouveront pas de clients". A l'exception de certaines périodes, comme les Jeux olympiques de 2024 qui risquent de faire flamber les prix dans la capitale.

Signe qu'Airbnb est conscient du problème, l'entreprise a récemment misé sur des mesures incitatives. Elle va lancer en 2023 de nouveaux outils pour "aider les hosts à comprendre le prix final payés par les voyageurs et à fixer des prix compétitifs", dans le but d’offrir "une plus grande accessibilité" aux voyageurs. Une chose est sûre, Airbnb a engrangé de très beaux bénéfices l’an passé, grâce à un chiffre d’affaires en hausse de 40%, un record pour l'entreprise californienne.

VIDEO - Vers une réglementation européenne des locations de courte durée