A quoi va servir la reconnaissance du rôle de l’Etat dans la mort de Maurice Audin ?

Libération.fr
Photo non datée de Maurice Audin, assistant de mathématiques à la faculté d'Alger et membre du parti communiste algérien.

Dans un geste historique, le président français a reconnu que Maurice Audin a bien été «torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile». Mais à quand une reconnaissance symbolique et extensible ?

Pendant soixante-et-un ans, depuis que son mari a été arrêté par les parachutistes dans Alger, alors en pleine guerre, Josette Audin s’est battue. Pour la vérité, d’abord, puis pour une reconnaissance des responsabilités militaires et politiques. A défaut de pouvoir reconstituer les circonstances de la mort de Maurice Audin, d’en identifier les coupables, de les traduire en justice et de les condamner dans la solennité de l’arène judiciaire, l’appel à la reconnaissance cherchait, d’une certaine façon, la sanction d’une parole officielle. Les mots de la reconnaissance, prononcés en haut lieu, sont venus alors réparer ce déni de justice que des décennies de vaines procédures ont constitué en forteresse imprenable.

L’amnistie de 1962, en effet, a stoppé l’instruction de la plainte déposée par Josette Audin pour enlèvement et séquestration. Josette Audin a ensuite tenté d’obtenir le bénéfice des lois d’indemnisation existant en droit français jusqu’à ce que le Conseil d’Etat la déboute en 1978. Il a fallu une mesure de Robert Badinter, l’un de ses avocats devenu ministre de la Justice, pour qu’une indemnisation financière lui soit accordée, ainsi qu’à ses enfants. Mais quelle réparation ? Une mesure gracieuse, matérielle, décidée dans le huis clos d’un cabinet ministériel. Comme une mesure nécessaire mais honteuse, à l’insu des regards et sans adoubement officiel.

Alors la reconnaissance, c’est d’abord cela : la réparation pour la victime de l’armée française qu’ont été Josette Audin et ses enfants. L’Etat reconnaît ses torts et légitime ce combat qui est celui d’une vie. La reconnaissance a cette dimension sensible, psychologique, affective pratiquement. Pour les historiens et les historiennes qui ne manquent pas d’avoir à cœur le (...)

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Plus une info est invraisemblable, plus il est invraisemblable qu'elle soit vérifiée