Publicité

De Véronèse à Bonnard, la riche collection Bemberg de nouveau exposée à Toulouse

Le Musée de la Fondation Bemberg à l'Hôtel d'Assezat, à Toulouse, le 30 janvier 2024 (Matthieu RONDEL)
Le Musée de la Fondation Bemberg à l'Hôtel d'Assezat, à Toulouse, le 30 janvier 2024 (Matthieu RONDEL)

Avec ses cinq siècles d'histoire de l'art européen accueillis dans un "fleuron" d'architecture Renaissance, la riche collection Bemberg retrouve les regards du public vendredi à Toulouse, après plus de trois ans de travaux de rénovation.

"Des oeuvres d'art abritées par une oeuvre d'art". Ainsi parle Ana Debenedetti, pour évoquer la fondation Bemberg dont elle a pris les rênes en juillet 2022.

Et c'est bien ce qui frappe le visiteur lorsqu'il entre dans cette vaste cour pavée de la vieille ville de Toulouse: l'hôtel d'Assézat qui porte le nom de celui qui l'a fait construire - un marchand du 16e siècle enrichi par le commerce du pastel - est un "chef d'oeuvre hors normes", selon Pascal Julien, historien d'art et ancien commissaire de l'exposition "Toulouse Renaissance".

"C'est l'hôtel particulier de la Renaissance française le mieux conservé, le plus remarquable et le plus intéressant d'un point de vue historique et esthétique", dit encore M. Julien.

C'est aussi "un des fleurons du patrimoine historique de la Mairie de Toulouse", déclare à l'AFP son  premier magistrat, Jean-Luc Moudenc, qui se félicite de la réouverture de ce "magnifique écrin".

Pour cet édifice où la ville lui a proposé d'installer sa collection en 1995, le collectionneur Georges Bemberg a eu un véritable "coup de coeur", à l'image de ceux qu'il a ressentis pour les centaines d'oeuvres d'art qu'il a accumulées au cours de son presque siècle de vie (1915-2011), selon Mme Debenedetti.

- "extrêmement discret" -

"On sait très peu de choses sur la façon dont il a construit cette collection", a expliqué à l'AFP Anne Sauvageot, autrice d'une biographie sur cet homme "profondément cosmopolite", également passionné de musique et de littérature.

Issu d'une famille d'industriels argentins d'origine allemande ayant fait fortune dans la bière, M. Bemberg était un esthète "extrêmement discret", dont même la famille, selon Mme Sauvageot, ne découvrit qu'au soir de sa vie la richesse de ces acquisitions.

L'ensemble comprend en effet "plus de 700 oeuvres", peintures, sculptures et objets d'art décoratif dont 400 sont présentées dans les 800 m2 d'espace muséal de la fondation.

Les grands noms sont légion: pour la peinture ancienne, les Vénitiens de la Renaissance, Titien, Tintoret et Véronèse, voisinent avec les écoles du Nord, notamment représentées par cinq oeuvres de Lucas Cranach l'Ancien.

Côté moderne, Georges Bemberg s'est notamment entiché des grands impressionnistes Caillebotte, Pissarro, Monet ou Renoir, tout comme des avant-gardes du début du XXe (pointillisme, fauvisme, symbolisme, etc.) avec des artistes comme Derain, Braque ou Vlaminck.

"J'ai voulu +faire ressortir les goûts et la personnalité du collectionneur+, les salles reflétant la passion de l'homme pour les arts décoratifs (mobilier, bronzes ou majoliques), autant que pour les beaux arts visuels", explique à l'AFP Mme Debenedetti, qui les a mis en scène dans une muséographie épurée, savoir-faire acquis lors de son long passage au Victoria and Albert Museum de Londres.

- couleur, lumière et portraits -

Les passions du collectionneur allaient vers la couleur, la lumière, un art du portrait à travers les âges, ainsi qu'un amour des savoir-faire techniques, des "fils rouges" que l'on retrouve tout au long de l'exposition permanente.

"Un des traits de la collection, c'est aussi d’avoir des oeuvres atypiques pour certains grands noms", selon Mme Debenedetti. A noter par exemple, ce dessin de 1917, étonnement classique, d'un certain Pablo Picasso, représentant l'oncle de Georges Bemberg, peintre et ancien élève du maître espagnol.

La visite se conclut avec l'artiste favori du collectionneur, Pierre Bonnard, peintre dont un film récent évoquait l'oeuvre et la passion avec Marthe, sa femme-muse.

"Pour Bonnard, il suffit d'être devant", disait le discret M. Bemberg pour décrire l'évidence de l'éblouissement qu'il ressentait devant le peintre, dont pas moins d'une trentaine de toiles ornent les murs de cette dernière salle.

Dont le préféré du collectionneur, une simple nature morte, "Les pommes jaunes et rouges", une huile sur toile de 1920.

elr/dmc/cbn