LA VÉRIF - Combien y-a-t-il de murs anti-migrants dans l'Union européenne?

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Des migrants repoussés par la police espagnole dans l'enclave de la Ceuta, à la frontière entre l'Espagne et le Maroc, en mai 2021 - Fadel Senna - AFP
Des migrants repoussés par la police espagnole dans l'enclave de la Ceuta, à la frontière entre l'Espagne et le Maroc, en mai 2021 - Fadel Senna - AFP

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La Pologne va commencer, en décembre, la construction d'un mur le long de la frontière avec la Biélorussie, où de nombreux migrants sont actuellement massés, annonçait Varsovie le 15 novembre dernier.

Immédiatement, en France, la question a suscité une vague de réactions dans la classe politique. Invité sur notre antenne à l'occasion du débat entre les candidats LR pour l'élection présidentielle, Michel Barnier s'est, de son côté, dit prêt à aider la Pologne dans ce projet, plaidant qu'il existe déjà des murs "à tel ou tel endroit de l'UE".

• Y-a-t-il d’autres murs anti-migrants dans l’Union Européenne?

Plusieurs pays européens ont construit des murs ou des clôtures de plusieurs mètres de haut, surmontés ou entourés de barbelés, pour empêcher le passage des migrants.

Selon un rapport publié par trois centres de recherches européens, il existe actuellement onze murs anti-migrants dans l'Union européenne. La plupart sont situés à ses frontières extérieures, principalement dans l'est. Mais à trois endroits, des barrières sont dressées entre deux pays membres.

"Il y a environ 1200km de murs dans l'Union européenne", confirme sur notre antenne Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes.

Les deux clôtures les plus anciennes datent des années 1990. Il s'agit de celles des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, situées au nord du Maroc. Seules frontières terrestres de l’Afrique avec l'Union européenne, de nombreux migrants tentent de les traverser pour entrer en Europe.

Beaucoup plus récemment, des murs ont été érigés en Hongrie en 2015, lors de la crise migratoire: un premier à la frontière avec la Serbie puis un second à la frontière avec la Croatie.

Enfin, un mur entre la Grèce et la Turquie a été finalisé l'été dernier.

Plus proche de nous, en France, un mur anti-intrusion a été érigé en 2016 à Calais. Haut de quatre mètres et long d'un kilomètre, il a été financé par le Royaume-Uni pour tenter d’empêcher les migrants de monter clandestinement dans des camions à destination de la Grande-Bretagne.

Il y a un mois, douze pays européens ont demandé des financements à Bruxelles pour construire des barrières anti-migrants à leurs frontières. Parmi eux, la Pologne, l’Autriche, la Hongrie ou encore la Grèce.

"Une barrière physique apparaît comme une mesure de protection des frontières efficace, qui sert les intérêts de l’ensemble de l’UE et pas seulement des États membres en première ligne", écrivaient-ils dans une lettre commune. Le projet a cependant été refusé en bloc par la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen.

• Quel est le projet de la Pologne?

La Pologne veut construire un mur sur environ 180 kilomètres, soit environ la moitié de la longueur totale de sa frontière avec la Biélorussie. Les travaux devraient commencer en décembre et s'achever au premier trimestre 2022 pour un coût total de 350 millions d'euros.

En attendant, des milliers de soldats sont sur place et une clôture en fils barbelés coupants a été installée pour empêcher le passage des migrants.

• Les frontières de l'Union européenne sont-elles "une passoire"?

BFMTV a interrogé trois spécialistes de l'Europe et des migrations. Tous rejettent ce terme de "passoire" utilisé par Michel Barnier.

"Le territoire, par essence, n'est pas muré", réagit d'abord Damien Simonneau, maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). "Contrôler les mobilités est un enjeu pour les États depuis leur création au XVIIe siècle. Il y a eu plusieurs mécanismes au cours de l'Histoire: par exemple, au XIXe siècle, on a inventé le passeport. C'est un défi permanent."

"Avec l'espace Schengen, on a relativisé les frontières intérieures de l'Union européenne et renforcé ses frontières extérieures", analyse de son côté Dorota Dakowska, professeur à Sciences Po Aix. "C'est pour cela qu'on parle d'une Europe forteresse."

"De toute façon, il y a toujours eu des passages, même pendant les guerres et même avec le rideau de fer. Les gens parvenaient toujours à passer", poursuit-elle.

"Il n'y a pas de passoire car il y a des contrôles", assure, enfin, Patrick Martin-Grenier. "Il y a 447 millions d'habitants dans l'Union européenne et seulement 23 millions de citoyens étrangers."

Article original publié sur BFMTV.com

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