LA VÉRIF - Faut-il croire les sondages, à quelques mois de l'élection présidentielle?

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François Fillon et Alain Juppé, alors tous les deux finalistes de la primaire à droite, en 2016 - BFMTV - Eric Feferberg -  AFP
François Fillon et Alain Juppé, alors tous les deux finalistes de la primaire à droite, en 2016 - BFMTV - Eric Feferberg - AFP

À quelques mois de la présidentielle, les sondages se multiplient et vont jusqu'à dicter le débat politique. Doit-on les croire? Sont-ils vraiment fiables? Interrogée sur la percée d’Éric Zemmour dans les intentions de vote - qui la talonne désormais d'un point - Marine Le Pen a affirmé y accorder une attention limitée...

"J’ai beaucoup de recul sur les sondages. Parce que je sais qu’il y a parfois des accélérations, qui ont monté des candidats très haut dans les élections. Monsieur Bayrou, après la gifle, était monté très, très haut. Monsieur Chevènement, était monté très, très haut. Et ça monte jusqu’à 15 % en général. Et puis après, ça redescend."

La gifle de Bayrou: un non-évènement?

Marine Le Pen se réfère en premier lieu à un épisode politico-médiatique qui a marqué la campagne de François Bayrou en 2002, qui est alors candidat de l'UDF. Le 9 avril de cette année-là, à 12 jours du premier tour, François Bayrou effectue un déplacement à Strasbourg, dans le quartier de la Meinau, sur le thème de l'insécurité.

À l'issue de sa visite, il décide de s'entretenir avec un groupe de jeunes. Durant ce moment tendu, il se rend compte qu’un jeune garçon lui fait les poches et le gifle sur le champ. Une réaction "de père de famille" se justifiera-t-il plus tard.

François Bayrou a-t-il dans la foulée, comme l'affirme Marine Le Pen, bondi dans les sondages? Très peu, du moins d'après les études de l’institut Ipsos de l'époque. Le 9 avril 2002, juste avant ce fameux épisode, il plafonne à 5% d'intentions de vote. Il montera à 6 % huit jours plus tard, à la veille de l’élection... Pour finalement obtenir 6,84% le jour-J. Pas de quoi, donc, parler d'envolée.

La dégringolade de Chevènement

Autre exemple, celui de Jean-Pierre Chevènement cette fois. Le candidat du Mouvement des citoyens est crédité à 4% d’intentions de vote, à un an de la présidentielle de 2002. Jouissant un temps de l'image du "troisième homme" derrière le président Jacques Chirac et le premier ministre Lionel Jospin, il atteint entre 12% et 14% en octobre 2001, à 6 mois du scrutin.

Mais la dynamique s'essouffle. Mi-février, soit deux mois avant le premier tour, la dégringolade s'amorce... Il n'écope plus que de 6,5% d'intentions de vote. Pour finalement faire un score de 5,33%.

Pour Mathieu Gallard, directeur d’Études Ipsos Public Affairs, de telles fluctuations ont des explications tout à fait rationnelles:

"Ça s’explique tout simplement par le fait qu’il y a une campagne, des débats, des candidats qui présentent leur programme, des enjeux qui sont plus ou moins mis en avant pendant la campagne. C’est tout à fait logique et attendu qu’au cours d’une campagne électorale, certains candidats progressent et d’autres reculent", explique-t-il à BFMTV.

2002 : la surprise Le Pen

Si plusieurs sondages sous la Vème République ont surestimé la popularité de certains candidats, ils se sont aussi fait surprendre. Cas le plus emblématique en la matière: l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002, que les études d'opinion n'avaient pas envisagée.

En 2002, le père de Marine Le Pen stagne sous la barre des 10% jusqu’au mois de mars… Il descend même à 9% à un mois du scrutin. Mais trois jours avant le premier tour - boosté par l'affaire Paul Voise - il se hisse à 14%.

Malgré cette ascension, le co-fondateur du Front national prendra de court la majorité de l'opinion française en accédant au second tour avec 16,86%, devant Lionel Jospin. Le 21 avril 2002 restera dans toutes les mémoires comme la preuve que certaines dynamiques politiques peuvent passer sous les radars.

Des techniques de sondage plus élaborées

Si les personnalités politiques appellent toujours à se méfier des sondages, les choses ont bien changé depuis le traumatisme de 2002. Les sondages se sont perfectionnés, grâce à des méthodes de calcul plus élaborées. Mais également grâce à la généralisation d'internet:

"En 2002, on réalisait les sondages par téléphone. Désormais, on les fait en ligne, ce qui permet de mieux évaluer le vote pour le Front national et désormais le Rassemblement national, notamment. Les gens qui pouvaient avoir des réticences à admettre un vote Front national à un enquêteur au téléphone l’admettent beaucoup plus facilement en ligne. Cela permet d’avoir des sondages plus fiables", assure Mathieu Gallard, de l'Ipsos.

L'histoire récente des sondages, nous venons de le voir, nous montre bien que des candidats qui semblaient percer plusieurs mois avant l'échéance, ont pu chuter à l'approche du scrutin. D'autres, comme Emmanuel Macron, sont allés jusqu'au bout.

Article original publié sur BFMTV.com

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