Une œuvre numérique de Beeple vendue 69,3 millions de dollars, simple record ou révolution?

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L’artiste américain Mike Winkelmann alias Beeple a vendu ce jeudi 11 mars chez Christie’s une œuvre entièrement numérique pour 69,3 millions de dollars (57,8 millions d’euros). 22 millions d’internautes ont assisté à la vente de « Everydays : The First 5 000 Days » sur le site de la maison de vente aux enchères. Ainsi, Beeple figure maintenant parmi les trois artistes vivants les plus chers au monde, aux côtés de Jeff Koons et David Hockney.

Il pratique les arts numériques depuis treize ans, mais selon les observateurs du marché d’art, jusqu’à l’année dernière, Mike Winkelmann alias Beeple n’a jamais vendu une œuvre à son nom. La vente d’aujourd’hui change la donne. Pour la première fois, la très prestigieuse maison Christie’s a mis aux enchères une œuvre d’art numérique accompagnée d’un certificat d’authenticité.

Ce gage d’authenticité s’appelle NFT, Non-Fungible Token, une technologie garantissant l’originalité, la traçabilité et l’unicité d’un fichier ou même de chaque objet virtuel. Comme pour les cryptomonnaies Bitcoin ou Ether, cette preuve est inscrite de façon inviolable sur la blockchain comme un fichier numérique. Ainsi une œuvre d’art numérique se transforme en pièce unique. Et l’acheteur obtient la preuve d’être bel et bien le propriétaire de l’œuvre.

« Un moment historique pour l’art digital »

Pour Everydays: The First 5 000 DaysTous les jours, les premiers cinq mille jours »), l’artiste de 39 ans, père de famille vivant modestement dans le Wisconsin, a réuni cinq mille dessins et dessins animés en une seule œuvre. Car, depuis 13 ans, Beeple réalise quotidiennement une œuvre numérique - souvent inspirée de l’actualité - et partage le résultat avec ses 1,9 million d’abonnés de son compte Instagram beeple_crap.

Dans un tweet envoyé le 10 mars, Beeple avait déjà pronostiqué « un moment historique pour l’art digital ». Mais sa percée spectaculaire dans le marché de l’art ouvre en même temps un nouveau chapitre dans l’histoire de l’art. Avant, il avait fait grimper sa cote dans le domaine artistique avec ses collaborations pour des spectacles de Justin Bieber ou One Direction, mais aussi avec des prestigieuses marques comme Apple, Coca Cola, Nike ou SpaceX. Avec son exploit chez Christie’s, il enfonce aussi les portes pour tous les autres artistes numériques pour lesquels il était jusqu’ici souvent très difficile de gagner leur vie avec leur art. La vente record signifie également une révolution pour le marché de l’art numérique, jusqu’ici freiné par l’angoisse des collectionneurs par rapport au danger des copies.

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Aujourd’hui, les acheteurs sont visiblement prêts à dépenser autant pour une œuvre numérique que pour une sculpture ou un tableau physique. Probablement à juste titre, même si, à première vue, on doit être fou pour payer des millions pour un fichier. D’un autre côté, le certificat d’authenticité du NFT ne change peut-être pas tout, mais beaucoup de choses. Car, une fois devenu propriétaire de l’œuvre, l’acheteur dispose de beaucoup plus de possibilités que pour une œuvre physique : il peut l’imprimer à la taille souhaitée, l’accrocher, projeter sur la façade d’un musée ou intégrer dans une installation ou une architecture. Les possibilités semblent illimitées et surtout encore à venir, à l’image de l’évolution du numérique…

Et Christie’s - qui a accepté à l’occasion de la vente aussi bien les Bitcoins comme l’Ether, une autre cryptomonnaie devenue très populaire - représente seulement la partie émergée de l’iceberg. D’autres places de marché comme SuperRare ou Nifty Gateway (c’est là où Beeple avait vendu en février 2021 une autre œuvre, Crossroads, pour 6,6 millions de dollars) ont préparé le terrain et constaté qu’il n’est plus rare que la version numérique d’une œuvre se vende plus cher que l’œuvre physique.

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