Les USA vont désigner comme terroriste le mouvement yéménite Houthi

par Aziz El Yaakoubi, Jonathan Landay et Matt Spetalnick
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LES USA VONT DÉSIGNER COMME TERRORISTE LE MOUVEMENT YÉMÉNITE HOUTHI

par Aziz El Yaakoubi, Jonathan Landay et Matt Spetalnick

RYAD/WASHINGTON (Reuters) - Les Etats-Unis prévoient de désigner le mouvement yéménite Houthi comme une organisation terroriste, a déclaré dimanche soir le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, une démarche que des diplomates et des ONG craignent de voir compliquer les efforts pour lutter contre la pire crise humanitaire mondiale.

La décision de placer sur "liste noire" les rebelles alignés sur l'Iran, rapportée en premier lieu par Reuters quelques heures plus tôt, intervient alors que l'administration du président élu démocrate Joe Biden se prépare à succéder à l'administration républicaine de Donald Trump le 20 janvier.

Ces dernières semaines, l'administration Trump a multiplié l'imposition de sanctions en lien avec l'Iran, poussant des alliés de Joe Biden et des analystes à penser que l'administration sortante veut compliquer une possible reprise du dialogue avec Téhéran, alors que Joe Biden a exprimé sa volonté de revenir dans l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien que Donald Trump a dénoncé en 2018.

Mike Pompeo a indiqué que le département d'Etat allait notifier le Congrès de son intention de désigner les Houthis comme une organisation terroriste étrangère. Dans un communiqué, il a ajouté qu'il entendait aussi désigner trois chefs du mouvement chiite comme des terroristes mondiaux.

Les Etats-Unis prévoient de mettre en place des mesures pour limiter l'impact des sanctions sur les activités humanitaires et les importations au Yémen, a dit par ailleurs Mike Pompeo.

Désigner le mouvement Houthi comme une organisation terroriste a fait pendant des semaines l'objet de débats intenses au sein de l'administration, et les désaccords internes sur la manière d'établir des exceptions permettant la livraison d'aide humanitaire ont retardé la décision, ont dit plusieurs sources à Reuters.

Une coalition menée par l'Arabie saoudite intervient militairement au Yémen depuis 2015 contre les rebelles chiites Houthis, qui contrôlent le nord du pays dont la capitale Sanaa.

Les Nations unies tentent de relancer les discussions pour trouver une issue au conflit, alors qu'à la crise humanitaire se sont ajoutés des problèmes économiques et sanitaires avec l'épidémie de coronavirus.

Selon l'Onu, le Yémen connaît la plus grave crise humanitaire au monde, avec 80% de la population nécessitant de l'aide. Des représentants de l'Onu ont prévenu par le passé que des millions de personnes étaient menacées de famine.

Un porte-parole du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a décliné une demande de commentaire. La mission diplomatique de l'Iran auprès des Nations unies n'a pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire.

Pour acheminer l'aide humanitaire, les ONG doivent collaborer avec les Houthis, qui ont la main sur les principaux points de livraison des marchandises - l'aéroport de Sanaa et le port de Hodeïdah.

"Cela ne sert les intérêts de personne", a déclaré Ryan Crocker, un ambassadeur des Etats-Unis à la retraite ayant été en poste au Moyen-Orient, à propos de la désignation du mouvement Houthi comme groupe terroriste. "Les Houthis font partie intégrante de la société yéménite (...) Ce ne sont pas des pions de l'Iran", a-t-il ajouté.

(Aziz El Yakoubi à Ryad et Matt Spetalnick à Washington, avec Michelle Nichols à New York; version française Jean Terzian)