USA: Le Parti républicain se déchire sous l'emprise de Trump

par John Whitesides
·5 min de lecture
USA: LE PARTI RÉPUBLICAIN SE DÉCHIRE SOUS L'EMPRISE DE TRUMP

par John Whitesides

WASHINGTON (Reuters) - Le Parti républicain américain est encore celui de Donald Trump, du moins pour le moment.

Quarante-trois des cinquante sénateurs du Grand Old Party (GOP) ont voté samedi en faveur de l'acquittement de l'ancien président, accusé d'avoir incité ses partisans à l'insurrection lors de l'assaut du Capitole le 6 janvier dernier.

Que seulement sept d'entre eux aient choisi de le déclarer coupable illustre à quel point l'emprise du milliardaire et promoteur immobilier new-yorkais reste forte sur une formation qu'il a refaçonnée à son image au cours des cinq dernières années.

L'ancien président, qui ne s'exprime quasiment plus depuis qu'il a quitté la Maison blanche le 20 janvier, conserve un noyau dur de fervents soutiens qui oblige la plupart des responsables républicains à lui témoigner leur loyauté, sous peine d'être pris pour cible.

Mais après deux procès en destitution - une première pour un président des Etats-Unis -, des mois d'accusations de fraude non étayées contre l'élection présidentielle et les émeutes du Capitole, qui ont coûté la vie à cinq personnes dont un policier, Trump est aussi devenu un poison politique dans nombre de circonscriptions décisives.

Cette situation place les républicains dans une position fragile en vue des élections de mi-mandat de 2022, sans parler de la course à la Maison blanche de 2024.

"Il est difficile d'imaginer les républicains gagner prochainement des élections nationales sans les partisans de Trump", souligne Alex Conant, un stratège du GOP, ancien conseiller du sénateur Marco Rubio lors de sa campagne des primaires républicaines de 2016.

"Le parti ne peut pas gagner avec Trump mais il est évident qu'il ne peut pas gagner non plus sans lui", résume-t-il.

"SI LE VOTE AVAIT ÉTÉ SECRET..."

Donald Trump n'a rien dit de ses intentions politiques à plus long terme, même s'il a laissé entendre qu'il pourrait à nouveau briguer la présidence et qu'il serait prêt à aider de nouveaux candidats à émerger pour empêcher la réélection de ceux qui ont voté samedi en faveur de sa destitution.

"C'est à lui de voir s'il se représente ou pas, mais il va continuer d'avoir une énorme influence, à la fois sur la direction du parti et sur l'évaluation de celui qui sera un bon porte-drapeau pour ce message", note un conseiller. Malgré l'assaut du Capitole, le milliardaire new-yorkais conserve un fort soutien parmi l'électorat républicain.

Quelques jours après l'émeute du 6 janvier, un sondage Reuters/Ipsos relevait que 70% des républicains se disaient contents de l'action du président. Une autre enquête effectuée quelques jours plus tard montrait qu'une majorité d'entre eux souhaitaient qu'il brigue à nouveau la présidence.

En dehors du parti en revanche, Donald Trump est largement impopulaire. Selon un nouveau sondage Ipsos publié samedi, 71% des Américains le jugent au moins partiellement responsable des événements du Capitole. Cinquante-cinq pour cent souhaitaient que le Sénat le condamne et le destitue, 38% qu'il l'acquitte.

Pour les démocrates, il ne fait aucun doute que les sénateurs qui n'ont pas voté la culpabilité ont eu peur des représailles de la part des trumpistes.

"Si le vote avait été secret, il aurait été reconnu coupable", a déclaré le sénateur démocrate Richard Blumenthal.

Le chef de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell a voté l'acquittement tout en accusant dans la foulée l'ancien président d'être pratiquement et moralement responsable des violences du 6 janvier.

Cette position montre comment certains responsables républicains cherchent à prendre leur distances avec Trump et à limiter son influence sans s'aliéner ses partisans.

"UNE FORME DE VÉNÉRATION ÉTRANGE"

Les rares élus qui ont osé défier Donald Trump ont subi des représailles douloureuses.

Liz Cheney, numéro trois du Parti républicain à la Chambre des représentants et l'une des dix élus à avoir voté en janvier la mise en accusation de Donald Trump, s'est battue pour conserver son poste face aux assauts de l'aile droite du GOP et Trump a promis de soutenir tout candidat qui se présentera contre elle lors de primaires.

En Louisiane, les instances locales du parti ont publiquement condamné dimanche, par le vote d'une motion de censure, le sénateur Bill Cassidy, qui a également voté en faveur de la destitution. Menacé du même sort dans le Nebraska, Ben Sasse a dénoncé une forme de culte de la personnalité. "Je reste convaincu que la politique n'est pas une histoire de vénération étrange pour un type", a-t-il dit dans une vidéo adressée à la direction locale du parti.

Les divisions profondes au sein du Parti républicain ont conduit plusieurs dizaines d'anciens responsables du GOP à discuter de la formation d'un nouveau parti ancré au centre droit, même si l'idée a été rejetée par de nombreux élus.

Selon son entourage, Donald Trump a évoqué pour sa part l'idée de constituer un parti "patriote".

Si l'ancien président maintient pour l'instant son emprise, plusieurs sénateurs républicains ont souligné lors du procès en destitution que les traces laissées par l'assaut du Capitole et la remise en cause par Trump du processus démocratique réduiraient ses chances de l'emporter à nouveau en 2024.

"Maintenant que l'opinion publique américaine connaît toute l'histoire (...), je ne vois pas comment Donald Trump pourrait être réélu président", a déclaré à la presse Lisa Murkowski, qui a également reconnu coupable l'ancien président. Privé de Twitter, son moyen privilégié de communication, et de fonctions officielles, Donald Trump pourrait réduire sa mainmise au fur et à mesure que de nouveaux thèmes et de nouvelles personnalités émergeront, prédisent certains républicains.

Le sénateur John Cornyn, un allié de l'ancien président, déclare ainsi que le bilan de Donald Trump sera à jamais terni par les dernières semaines de son mandat.

"Malheureusement, même si le président Trump a fait beaucoup de bonnes choses, on se souviendra avant tout de sa gestion de la période post-électorale. Et je pense que c'est une tragédie."

(Avec David Morgan et Steve Holland; version française Jean-Stéphane Brosse)