Un urgentiste au ministère de la Santé: la nomination de François Braun divise les soignants

François Braun à la tête des urgences de Metz en 2020 - AFP
François Braun à la tête des urgences de Metz en 2020 - AFP

François Braun, président de Samu-Urgences de France, est donc le nouveau ministre de la Santé en remplacement de Brigitte Bourguignon, défaite aux dernières élections législatives.

Le nom du médecin-urgentiste a déjà été mentionné au sommet de l'État ces dernières semaines: il avait été missionné par le président de la République pour la "mission flash" sur l'état des urgences en France, après avoir alerté sur la situation dans ces services. Pendant la campagne présidentielle, il était déjà référent santé pour le candidat Emmanuel Macron.

La santé fait partie des trois "urgences" auxquelles le gouvernement doit s'atteler, avait indiqué la Première ministre Élisabeth Borne fin mai. Et la crise de ces derniers mois à l'hôpital semble être centrée en particulier autour de la problématique des urgences.

La crise aux urgences au cœur de la crise à l'hôpital

Courant mai, l'association présidée par François Braun avait alerté sur la situation catastrophique à venir pour ces services, une situation déjà pointée du doigt depuis plusieurs mois par les soignants. La pénurie de personnel médical aux urgences vire à la "catastrophe", avec déjà 120 services contraints de limiter leur activité ou s'y préparant, prélude pour certains d'un été "atroce", déclarait l'association Samu-Urgences de France courant mai.

Après un déplacement fin mai au centre hospitalier de Cherbourg (Manche), Emmanuel Macron avait annoncé la création d'une "mission flash" sur la situation à l'hôpital, notamment pour endiguer la crise aux urgences. Une mission d'un mois confiée à François Braun, qui a rendu des conclusions fin juin.

Cette mission vise "à identifier, en ville et à l’hôpital, des solutions pragmatiques, rapidement applicables au sein des territoires, afin de maintenir, par l’élan collectif de tous les professionnels de santé, la continuité de l’accès aux soins urgents dans les mois qui viennent, ainsi que de soutenir et accompagner les équipes qui sont mobilisées", expliquait alors le ministère de la Santé.

Sans attendre ses conclusions, l'exécutif avait déjà dégainé de premières mesures début juin, notamment les heures supplémentaires payées double à l'hôpital et l'autorisation d'"exercer immédiatement" pour les élèves infirmiers et aides-soignants sortis d'école.

41 mesures retenues par l'exécutif

Vendredi dernier, la Première ministre a annoncé que le gouvernement retenait "toutes les propositions" de la "mission flash", qui lui suggérait 41 mesures. La cheffe du gouvernement a donc complété l'ordonnance avec d'autres "réponses de court terme", à commencer par un "complément de rémunération" pour le travail de nuit, avec "un doublement des majorations pour les personnels soignants" et une hausse de 50% pour les gardes des médecins.

Mais augmenter l'offre ne suffit pas, il faut aussi réduire la demande aux urgences, quitte pour cela à renvoyer vers le Samu en premier recours: "Ce qu'on souhaite, c'est que chacun puisse prendre le réflexe du 15 et ne pas venir systématiquement aux urgences", a déclaré la Première ministre, jugeant "impossible que l'hôpital puisse faire face à tous les besoins de soins des Français".

Un point essentiel pour François Braun, qui a estimé vendredi sur RTL que "ce message va permettre de diminuer la pression sur les services d'urgence dès la semaine prochaine dans les territoires en difficulté".

Pas d'unanimité chez les soignants

Les conclusions de la Mission Flash n'ont toutefois pas suscité l'unanimité chez les urgentistes, tout comme sa nomination au ministère de la Santé.

"Il y a une fracture dans la profession des urgentistes", déclarait la semaine dernière sur notre antenne Patrick Pelloux, président de l'AMUF. "Samu-Urgences est un peu devenu un parti politique" qui dit "'on va tout réguler', ce qui est impossible".

De plus "là où la Première ministre se trompe c'est que ce n'est pas un problème des urgences, c'est un problème de l'hôpital, d'un ensemble qu'on a laissé mourir depuis des années". Ce lundi, Patrick Pelloux a tout de même souhaité des "vœux de succès" au nouveau ministre qu'il juge "compétent" et qui "doit réussir à remplir cette charge de notre république".

"Pour nous, cette nomination est une véritable provocation", a de son côté réagi sur franceinfo Christophe Prudhomme, urgentiste et porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF).

Il parle de propositions "catastrophiques" de sa part et de "rupture du service public": "Il explique qu'on peut fermer les urgences la nuit. Monsieur Braun ne représente pas les urgentistes."

"L'attente est immense: mettre en place ses 41 mesures pour sauver les urgences, réformer l'hôpital tout entier, gérer la crise du Covid...", écrit sur Twitter Océane Minka, cheffe de clinique, félicitant le nouveau ministre. Pascale Mathieu, présidente du conseil national de l'ordre des kinésithérapeutes, a assuré "le nouveau ministre (du) soutien" de la profession dans un communiqué. "L’Ordre des masseurskinésithérapeutes continuera comme il l’a toujours été d’être une force de proposition majeure pour atteindre ces objectifs."

"A ce ministère, le chantier est énorme. Très différent de celui qu’a connu Olivier Véran. Il hérite d’un système très fragilisé", déclare auprès de France 3 Christian Rabaud infectiologue au CHRU de Nancy (Meurthe-et-Moselle). "Les solutions n’ont pas été trouvées. La crise du Covid-19 n’est pas terminée", ajoute-t-il, "la mission [flash] qui lui a été confiée était un peu délirante. En un mois, il ne s'en est pas mal sorti."

Article original publié sur BFMTV.com

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