Union de la gauche: les subtilités de l'accord entre LFI et le PS

On a traduit l'accord entre les socialistes et les insoumis en français (Photo: Sarah Meyssonnier via Reuters)
On a traduit l'accord entre les socialistes et les insoumis en français (Photo: Sarah Meyssonnier via Reuters)

On a traduit l'accord entre les socialistes et les insoumis en français (Photo: Sarah Meyssonnier via Reuters)

POLITIQUE - Marcher sur un fil (rouge), définition. Après plusieurs heures d’intenses tractations, le Parti socialiste et la France insoumise sont tombés d’accord ce mercredi 4 mai pour une alliance aux élections législatives du mois de juin prochain.

Un événement historique à gauche, qui doit encore être entériné par le vote du Conseil national du parti à la rose et au poing, jeudi soir. En attendant, les deux camps ont publié le contenu de leur alliance sur les sujets de fond. Comme prévu, la direction du PS souscrit aux principaux marqueurs de la formation mélenchoniste, de l’augmentation du Smic à 1400 euros au blocage des prix, en passant par la retraite à 60 ans ou le détricotage de tout un pan de la politique menée par le dernier président socialiste François Hollande.

Sans surprise non plus, certains points, parmi les plus délicats, ne figurent pas dans le texte. Exit, par exemple, la sortie de l’Otan, promise par les Insoumis pendant la campagne de l’élection présidentielle ou la refonte -radicale- de la police. Il n’est, par exemple, plus question de démanteler la BAC ou d’interdire certaines armes comme les lanceurs de balles de défense (LBD). Dans l’accord en tout cas.

Attendues au tournant, les deux parties n’ont, en revanche, pas fait l’impasse sur plusieurs sujets épineux, aux premiers rangs desquels la construction européenne. Quitte à trouver des formules sur-mesure, voire alambiquées, pour répondre aux impératifs de chacun. Quand la dentelle de Calais se déplace à Bruxelles.

1. Dentelle européenne

Olivier Faure, le patron des socialistes, avait posé ses conditions pour parvenir à un accord: expurger du texte toute mention à une quelconque désobéissance européenne, pourtant l’une des clefs de voûte du programme des Insoumis. Il a été entendu à moitié.

L’accord conclu entre les deux parties fait la part belle à ce sujet éruptif, agité par la Macronie pour décrédibiliser la NUPES (la “Nouvelle union populaire écologique et sociale”, le nom pris l’alliance autour de LFI pour les législatives).

Ce n’est pas un hasard si la moitié du texte est consacrée à une explication, plus ou moins laborieuse, de la position médiane sur laquelle tout le monde s’entend. Avec des trésors de ménagement.

“La France insoumise, héritière du ‘Non’ de gauche au Traité constitutionnel européen en 2005, et le Parti socialiste, attaché à la construction européenne et à ses acquis dont il est un acteur clé, ont des histoires différentes avec la construction européenne”, écrivent ainsi les deux camps... en parlant “d’objectif commun” pour une Europe “au service de la bifurcation écologique et solidaire.” Il est en revanche écrit très clairement que cette coalition “ne peut avoir pour politique ni la sortie de l’Union, ni sa désagrégation, ni la fin de la monnaie unique.”

Pour parvenir à leur but, d’une UE plus sociale, écolo et solidaire, les deux se disent prêts à une même stratégie: s’émanciper des règles européennes, quand c’est nécessaire. Mais dans le langage socialiste ou insoumis, cela donne “désobéir” pour les uns, ou “déroger de manière transitoire” pour les autres. En d’autres termes: ménager la chèvre, le chou, les roses et les Insoumis.

2. Les oublis de l’Ukraine

Force est de constater que le texte est bien moins fourni en ce qui concerne la guerre en Ukraine. Aucune mention à la livraison des armes, par exemple, ou aux sanctions visant la Russie... des sujets qui crispent les parties prenantes. Les socialistes et les écolos y sont très favorables, au contraire des Insoumis, plus sceptiques.

Difficile, également, de trouver un terrain d’entente sur le dossier qui a tendu, à l’extrême, les relations entre PS et LFI pendant l’élection présidentielle. On se souvient notamment des attaques d’Anne Hidalgo contre Jean-Luc Mélenchon qu’elle accusait d’être un “agent” de Vladimir Poutine.

Dans ce contexte, socialistes et insoumis se retrouvent sur une ligne très large pour “défendre la souveraineté et la liberté de l’Ukraine” face aux “atrocités” commises par le maître du Kremlin et “travailler nos convergences pour trouver les voies et moyens afin de rétablir la paix et préserver l’intégrité territoriale de tous les pays”. En clair, le principal enseignement de cet accord sur ce dossier pourrait tenir en quelques mots: l’alliance NUPES est pour la paix, contre la guerre.

3. Indépendance des chapelles

Ceci dit, les socialistes ont malgré tout réussi à obtenir quelques engagements, comme les écolos avant eux. Alors que les éléphants du Parti socialiste s’inquiètent de la possible disparition de leur formation à travers cet accord avec LFI, les troupes de Jean-Luc Mélenchon promettent un groupe autonome et des concertations à leurs homologues pour que chacun conserve son identité. C’est écrit noir sur blanc.

“La majorité que nous voulons constituer reposera sur des groupes parlementaires de chacune des composantes et se dotera d’un intergroupe pour compléter et poursuivre après l’élection ce travail commun”, promet le communiqué. En échange, les socialistes, qui auraient obtenu 70 circonscriptions, dont celles de leurs sortants, s’engagent à soutenir la nomination de Jean-Luc Mélenchon à Matignon, le cas échéant. La aussi, c’est écrit noir sur blanc.

4. Les petits ajouts socialistes

Enfin, l’accord comprend des mentions ou des paragraphes dont l’origine laisse peu de place au doute. Si les socialistes souscrivent finalement à la retraite à 60 ans “pour tous”, portée par les Insoumis, ils ont fait ajouter une “attention particulière pour les carrières longues, discontinues et les métiers pénibles”. Ce qui figurait dans leur propre programme pour la présidentielle.

Difficile également de ne pas voir la main des socialistes dans un paragraphe sur l’exigence de défendre une “République laïque et universaliste”. Du Anne Hidalgo dans le texte... et des mots absents des accords scellés avec le Parti communiste et les écolos. Du sur-mesure, on vous dit.

À voir également sur le HuffPost : Jean-Luc Mélenchon se voyait déjà gagner en 2017

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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