Une rencontre entre Sarah El Haïry et des jeunes débouche sur une inspection

Anthony Berthelier
·Journaliste au HuffPost
·4 min de lecture
Comment un échange houleux entre des jeunes et leur secrétaire d'État a débouché sur une inspection (photo d'illustration de Sarah El Hairy prise le 29 juillet 2020) (Photo: Ludovic Marin / AFP)
Comment un échange houleux entre des jeunes et leur secrétaire d'État a débouché sur une inspection (photo d'illustration de Sarah El Hairy prise le 29 juillet 2020) (Photo: Ludovic Marin / AFP)

POLITIQUE - “Allons enfants de la patrie...” La scène n’est pas passée inaperçue. Le 22 octobre dernier, Sarah El Haïry a vécu des minutes compliquées au contact de dizaines de jeunes réunis, à Poitiers, pour débattre sur la laïcité. Avec, comme point d’orgue de cette journée, la tentative peu fructueuse de la secrétaire d’État à la Jeunesse de faire chanter la Marseillaise à un public sceptique.

Mais l’affaire ne s’est pas arrêtée aux quelques articles de presse décrivant un “dialogue difficile”, ou aux reportages télé évoquant un “face-à-face marquant.” Le site d’informations Médiacités révèle effectivement ce jeudi 12 novembre que Sarah El Haïry a demandé de lancer une inspection sur la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France (FCSF), co-organisatrice de ces débats avec les jeunes.

“Une inspection a été lancée par l’Éducation nationale”, confirme le secrétariat d’État à la Jeunesse au HuffPost. Le but? “Comprendre comment des jeunes, accompagnés pendant quatre jours, pouvaient encore tenir de tels propos a l’égard de la République et quel est le niveau d’encadrement de la fédération des centres sociaux”, nous explique encore l’entourage de Sarah El Haïry, avant de nous donner sa version de cette journée.

“Comment les débats ont-ils été encadrés?”

L’ancienne députée MoDem, nommée au gouvernement en juillet dernier, était invitée à conclure plusieurs jours de discussions et de travaux autour de la laïcité. Elle devait écouter les propositions et revendications des jeunes réunis, entre autres, par la Fédération des Centres sociaux.

“Il y a un débat, mais les discours ne se croisent pas”, se souvient-on du côté du secrétariat d’État à propos d’“une heure 30 très spéciale.”

“On est tous un peu tombés de notre chaise car les revendications étaient de pouvoir revêtir le voile dans les lycées, avoir la garantie de repas de substitution à l’école, ou dire que les lois de la République sont islamophobes”, détaille encore l’entourage de Sarah El Haïry. En ajoutant: “on sort de ça, et le sujet de la ministre c’est de savoir comment les débats ont été encadrés pendant quatre jours pour que des jeunes se sentent assez à l’aise pour dire que les lois de la République sont islamophobes devant une ministre.”

Dans ce dialogue de sourds, les jeunes regrettent, eux, “l’attitude fermée” de leur ministre après plusieurs jours de riches débats sur la laïcité, les religions ou les discriminations.

“Ce qu’on a vécu durant ces trois jours montre qu’on peut débattre entre nous, avoir des opinions différentes, et qu’on peut le faire dans le respect des uns et des autres”, expliquait Jade, une participante, dans un reportage publié le 30 octobre dernier par La Vie. La lycéenne “ne comprend pas” pourquoi elle et ses camarades n’ont pas ”été écoutés”, quand une autre s’agace: “la ministre a totalement minimisé les discriminations que nous subissons et au lieu de répondre à nos propositions s’est contentée de nous faire reprendre un chant chargé de violence.”

“Aucune concession sur la laïcité”

Du côté des organisateurs, on évoque également un “dialogue très difficile.” “Il y a eu une réelle incompréhension entre la ministre, les jeunes et nous”, écrit la FCSF dans un communiqué publié ce jeudi.

La Fédération confirme au passage que la “secrétaire d’État a mandaté l’Inspection Générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche pour mener une mission d’inspection”, tout en affichant sa “sérénité” devant les questions posées.

“Les 1300 centres sociaux de notre réseau, véritables terreaux de fraternité, d’égalité et de liberté, contribuent au quotidien à répondre aux besoins de leur territoire et de la période chargée de tensions en partant, toujours et tout le temps, du terrain, de ce que les habitant.e.s vivent et pensent, et ceci sans aucune concession sur la laïcité”, écrit encore la Fédération qui déplore de voir ses “méthodes d’éducation populaire” remises en question.

Une situation qui désespère également certains responsables politiques ou personnalités publiques. L’ancienne ministre Cécile Duflot, désormais patronne de l’ONG Oxfam fait un lien, sur les réseaux sociaux, entre cette inspection et les vidéos montrant les évacuations violentes de lycéens bloquant leurs établissements: “ok pour dialoguer avec les jeunes mais si on aime pas ce qu’ils disent on les menace et les punit.”

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.