L'héritière de Merkel élue à la présidence de la CDU

par Paul Carrel et Madeline Chambers
Annegret Kramp-Karrenbauer (photo), considérée comme l'héritière d'Angela Merkel, lui a succédé vendredi à la présidence de l'Union chrétienne démocrate (CDU) et sera en pole position pour récidiver à la chancellerie fédérale. /Photo prise le 7 décembre 2018/REUTERS/Fabrizio Bensch

par Paul Carrel et Madeline Chambers

HAMBOURG (Reuters) - Annegret Kramp-Karrenbauer, considérée comme l'héritière d'Angela Merkel, lui a succédé vendredi à la présidence de l'Union chrétienne démocrate (CDU) et sera en pole position pour récidiver à la chancellerie fédérale.

L'ancienne ministre-présidente du Land de Sarre âgée de 56 ans a recueilli 517 des 999 suffrages exprimés par les délégués du parti, réunis en congrès à Hambourg. L'homme d'affaires Friedrich Merz, qu'elle affrontait au second tour, a obtenu 482 voix. Le ministre de la Santé, Jens Spahn, avait été éliminé au premier tour.

A la tête de la Sarre, où elle a dû cohabiter avec les Verts et les libéraux du FDP, "AKK" qui est également surnommée "Mini-Merkel" a acquis une capacité à fédérer qui pourrait être utile à Berlin, où les coalitions sont devenues la règle.

"J'ai lu beaucoup de choses sur ce que je suis et qui je suis - une 'mini', une copie ou, tout simplement, un équivalent. Chers délégués, je me présente à vous telle que je suis, telle que la vie m'a façonnée et j'en suis fière", a-t-elle déclaré avec émotion.

"J'ai appris ce que gouverner veut dire. J'ai surtout appris que gouverner, c'est être fort à l'intérieur plutôt que de hausser le ton à l'extérieur", a-t-elle ajouté sous les acclamations des délégués, avant d'inviter ses deux adversaires à la rejoindre sur l'estrade.

Angela Merkel, qui présidait la CDU depuis dix-huit ans, avait auparavant prononcé un émouvant discours d'adieu. "Cela a été pour moi un grand plaisir, un honneur", a-t-elle déclaré au bord des larmes, avant d'être ovationnée pendant près de dix minutes.

La chancelière allemande âgée de 64 ans a renoncé en octobre à briguer à nouveau la présidence du parti après le revers électoral subi en Hesse, mais souhaite achever un quatrième et dernier mandat à la tête du gouvernement, qui s'achèvera théoriquement en octobre 2021.

"La CDU de 2018 ne doit pas se tourner vers le passé mais vers l'avenir, avec de nouvelles personnes (...) mais avec les mêmes valeurs", a-t-elle poursuivi, sans prendre parti pour l'un ou l'autre des prétendants à sa succession.


DES BOTTES "PAS FACILES À REMPLIR"

L'autorité de la chancelière, qui domine la scène politique européenne depuis son arrivée aux affaires en 2005, a été mise à mal par les revers électoraux subis cet automne en Bavière puis en Hesse. Sa décision d'accueillir les réfugiés en 2015 lui a par ailleurs coûté cher en terme de popularité.

Annegret Kramp-Karrenbauer a promis début novembre de faire entrer l'Allemagne dans une nouvelle ère afin que "les gens s'y sentent chez eux".

Membre de l'aile gauche de la CDU, elle a plaidé pour l'instauration d'un salaire minimum, ainsi que pour la taxation à 53% des plus hauts revenus.

Sur les questions de société, ses positions sont plus conservatrices. Elle s'est notamment opposée à la publicité sur l'avortement et a suscité une polémique en 2015 en jugeant que le mariage homosexuel risquait de favoriser l'inceste et la polygamie, mais prône la parité homme-femme dans les conseils d'administration des grandes entreprises.

Concernant l'Europe, elle s'est montrée plus prudente que Friedrich Merz, pour qui l'Allemagne doit "contribuer davantage" au budget de l'Union européenne. Pendant la campagne pour la présidence de la CDU, elle a souhaité s'appuyer sur le moteur franco-allemand pour "faire progresser l'Europe", sans transiger avec les intérêts allemands.

"Les bottes ne seront pas faciles à remplir", l'a avertie Andrea Nahles, chef de file du Parti social démocrate (SPD) qui appartient à la grande coalition au pouvoir à Berlin, évoquant la succession d'Angela Merkel.

"Bonne chance ! Il faut maintenant s'attaquer aux problèmes: consolider les retraites, reconnaître la valeur du travail, renforcer la cohésion de l'Europe", ajoute-t-elle sur Twitter, tout en promettant d'y contribuer.


(Jean-Philippe Lefief pour le service français)