Un taux de chômage à 7% en 2022, est-ce vraiment "atteignable"?

La ministre du Travail Muriel Pénicaud semble convaincue que l'objectif d'un taux de chômage de 7% présenté par Emmanuel Macron durant sa campagne peut être atteint. (Photo: AFP et capture d'écran RTL)

EMPLOI - Une croissance au ralenti, et pourtant... Ce jeudi 13 février, l’Insee a dévoilé des chiffres du chômage particulièrement bons pour le dernier trimestre de l’année 2019. Avec un élément que l’exécutif met en exergue: le taux de chômage a nettement baissé en 2019 pour s’afficher à 8,1% fin décembre (7,9% en métropole).

Depuis Saint-Gervais-les-Bains, où il se trouvait en déplacement, Emmanuel Macron a salué ces bons résultats. Il a évoqué “une très bonne nouvelle” témoignant selon lui d’“une efficacité des politiques conduites”. Il a tout de même ajouté se garder de tout “triomphalisme”, précisant: “Quand on est encore autour de 8% de chômage, la bataille n’est pas gagnée”.

Invitée avant lui à commenter les résultats sur RTL, la ministre du Travail Muriel Pénicaud avait pourtant rappelé un objectif encore plus ambitieux qui est une promesse de campagne du chef de l’État: ramener le taux de chômage à 7% à la fin de son mandat, en 2022. 

Pour l’ancienne patronne des ressources humaines du groupe Danone, cette “ambition des 7% n’est pas gagnée d’avance, mais elle est franchement atteignable”. Muriel Pénicaud a ajouté que 24 départements étaient d’ores et déjà à ce niveau de chômage voire faisaient mieux. 

Les bons chiffres présentés par l’Insee (et les mécanismes qui les ont rendus possibles) présagent-ils effectivement d’une baisse continuelle du taux de chômage dans le pays jusqu’à atteindre le seuil promis par Emmanuel Macron?

Une conjoncture favorable à l’emploi

Il faut tout d’abord noter que cette baisse du chômage (et surtout le niveau d’embauche) est due à un phénomène mécanique: le départ en retraite des baby boomers, qui laisse de la place à des travailleurs en recherche d’emploi. Et sur ce point démographique effectivement, l’objectif des 7% sera servi par l’époque, puisque le départ en retraite de la génération d’après-guerre se poursuivra pendant encore quelques années alors que la population active croit de moins en moins vite. Ce qui revient à dire qu’il y a toujours plus d’emplois à saisir, pour un nombre de candidats qui progresse plus lentement. 

De plus, comme l’explique à l’AFP le chef du département de la conjoncture de l’Insee Julien Pouget, les résultats économiques du pays semblent en décalage avec ceux du chômage, ce qui sert le gouvernement. En 2019, le PIB n’a ainsi crû que de 1,2% quand le chômage continuait à baisser. “Il y a en général un petit décalage temporel entre un fléchissement de l’activité, ou une accélération de l’activité, et sa répercussion en termes d’emploi”, explique le statisticien. 

En clair, il se pourrait que les bons résultats en termes d’emploi ne soient que la conséquence d’un début de mandat réussi au niveau économique. Et que le recul de la croissance se fasse finalement sentir avec un certain délai au niveau du chômage. Ce qui pourrait permettre à la courbe du taux de chômage de continuer à se rapprocher de la barre fatidique d’ici à la fin de mandat d’Emmanuel Macron. 

Des territoires à gagner face au chômage

En revanche, si Muriel Pénicaud et son homologue de l’Économie Bruno Le Maire se sont empressés de saluer les 24 départements ayant déjà atteint la barre des 7%, il convient d’observer que certains autres en sont encore bien loin. Ainsi, le Nord, département le plus peuplé de France, mais aussi les Bouches-du-Rhône ou la Seine-Saint-Denis (respectivement 3e et 5e plus peuplés) sont à plus de 10% de chômage. Tant que des solutions locales spécifiques ne seront pas trouvées, leur poids démographique pèsera nécessairement sur les chiffres nationaux. 

À cet égard, on peut déjà faire le comparatif avec les territoires outre-mer qui, en dépit d’une population relativement faible, influent lourdement sur les chiffres nationaux avec leurs résultats du dernier trimestre 2019. Et là encore, les causes profondes du chômage massif dans ces territoires ne paraissent pas en mesure d’être résolues politiquement dans l’immédiat, et risque donc d’éloigner la perspective des 7% au niveau national. Reste à savoir, donc, si les prochaines mesures en matière d’emploi feront leur effet dans ces zones.  

Car au-delà de ces considérations conjoncturelles, la politique mise en place par Emmanuel Macron et son gouvernement semble rendre de plus en plus difficile la position du chômeur en France, et à l’inverse, faciliter l’emploi. D’où les bons chiffres pour ce qui est de la création d’emploi.

Précariser le chômage pour inciter au travail

De la loi El-Khomri à la baisse des cotisations sociales en passant par le plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement, plusieurs mesures ont ainsi poussé les entreprises à l’embauche. Ce qui, au contraire des facteurs plus circonstanciels, pourrait maintenir un niveau de création d’emplois intéressant et donc contribuer durablement à faire baisser le taux de chômage. 

D’autant que la situation des chômeurs va se compliquer davantage à partir du 1er avril prochain, avec l’entrée en application des nouvelles conditions d’indemnisation de l’assurance chômage. À compter de cette date, il faudra avoir travaillé au moins six mois sur les 24 derniers contre quatre sur les 28 à l’heure actuelle pour se voir ouvrir des droits. Et il faudra retravailler plus longtemps après une période sans emploi pour y avoir droit à nouveau. Ce qui pourrait pousser les Français à éviter à tout prix de se retrouver dans cette position en reprenant le premier emploi venu, faisant ainsi baisser le taux de chômage. 

Autant d’éléments qui, ajoutés à une observation du rythme de baisse de la courbe du chômage depuis le début du quinquennat, rendent effectivement plausible l’idée d’un taux de chômage à 7% en 2022. 

À voir également sur le HuffPostPénicaud pouvait difficilement faire pire lapsus sur l’assurance chômage 

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