Un ex-soutien d'Al Qaïda candidat à la présidence en Afghanistan

Abdul Rassoul Sayyaf (à droite) dans les locaux de la Commission électorale indépendante, jeudi à Kaboul. Cet homme, qui aurait permis à Al Qaïda de s'implanter en Afghanistan dans les années 1990, a annoncé jeudi sa candidature à l'élection présidentielle de l'an prochain, décision accueillie avec appréhension dans les milieux diplomatiques occidentaux à Kaboul. /Photo prise le 3 octobre 2013/REUTERS/Omar Sobhani

KABOUL (Reuters) - L'homme qui aurait permis à Al Qaïda de s'implanter en Afghanistan dans les années 1990 a annoncé jeudi sa candidature à l'élection présidentielle de l'an prochain, décision accueillie avec appréhension dans les milieux diplomatiques occidentaux à Kaboul. Le président Hamid Karzaï, au pouvoir depuis le début des années 2000, ne peut pas, en vertu de la Constitution, briguer un troisième mandat de cinq ans. "Aujourd'hui, je me porte candidat pour servir mes concitoyens et mon pays", a déclaré Abdul Rassoul Sayyaf à Reuters, quelques minutes avant de s'inscrire en bonne et due forme dans les locaux de la Commission électorale indépendante. Des diplomates occidentaux en poste à Kaboul ont fait part de leur préoccupation face à la candidature d'Abdul Rassoul Sayyaf, étant donné ses opinions profondément conservatrices dans le domaine des droits des femmes et des droits sociaux et en raison de ses liens étroits avec les insurgés islamistes. Cet érudit musulman a dirigé des camps d'entraînement en Afghanistan et au Pakistan dans les années 1980 et 1990. C'est à cette occasion qu'il avait rencontré l'ex-numéro un d'Al Qaïda, Oussama ben Laden. En 1996, Sayyaf avait aidé Oussama ben Laden, expulsé du Soudan, à retourner en Afghanistan. Le chef d'Al Qaïda y était resté, sous la protection des taliban, jusqu'à la chute de leur régime fin 2001. L'organisation insurgée philippine Abou Sayyaf tire son nom d'Abdul Rassoul Sayyaf et, dans les rapports sur le 11-Septembre, il est présenté comme le "mentor" de Khalid Cheikh Mohammed, cerveau de ces attentats. Le colistier choisi par Sayyaf, Ismail Khan, est aussi de nature à inquiéter les soutiens occidentaux de Kaboul. Cet ancien chef de guerre de l'ouest du pays, devenu homme politique, est soupçonné de vouloir reprendre les armes à l'approche du retrait des forces de l'Otan, prévu l'année prochaine. Abdul Aziz Ibrahimi et Dylan Welch; Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser