Un attentat djihadiste évité contre la campagne

Des pompiers sécurisent la rue pendant que la police procède à une investigation suite à l'arrestation de deux personnes à Marseille. Deux hommes soupçonnés de préparer des attentats "imminents" contre la campagne présidentielle et sous surveillance depuis plusieurs mois en raison de leur proximité avec la mouvance djihadiste ont été arrêtés mardi matin à Marseille. /Photo prise le 18 avril 2017/REUTERS/Philippe Laurenson 

PARIS (Reuters) - Deux hommes soupçonnés de préparer des attentats "imminents" contre la campagne présidentielle et sous surveillance depuis plusieurs mois en raison de leur proximité avec la mouvance djihadiste ont été arrêtés mardi matin à Marseille.

Un arsenal important, notamment de l'explosif de type TATP et des armes à feu, a été retrouvé dans le petit appartement qu'ils louaient depuis le 1er avril à proximité de la Gare Saint-Charles, a déclaré le procureur de la République, François Molins.

De nationalité française, Mahiedine Merabet, né le 10 juillet 1987 à Croix (Nord), et Clément Baur, né à Ermont (Val d'Oise) et converti à l'islam, s'étaient connus en 2015 en prison, où ils étaient détenus pour des faits de droit commun.

Mahiedine Merabet a été condamné 12 fois pour vol aggravé, violence ou trafic de stupéfiants, Clément Baur deux fois.

Connus pour leur radicalisation et fichés "S" respectivement depuis 2016 et 2015, ils ont été arrêtés séparément à 10h00 et 10h35 par des policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a précisé François Molins.

"Les éléments d'ores et déjà recueillis (...) attestent que ces deux hommes se préparaient à mener une action violente de manière imminente sur le territoire national", a-t-il ajouté devant la presse.

Il a cependant jugé impossible à ce stade de "déterminer avec précision" la ou les cibles visée(s), la date ou le cadre exact de leurs projets.

L'entourage de François Fillon, qui a tenu un meeting à Marseille le 11 avril, a fait savoir qu'il avait été informé "de risques avérés". Une de ses porte-parole, Valérie Boyer, a dit à BFM TV qu'il était visé en raison de ses prises de position contre le "totalitarisme islamique".

Au moins deux autres des principaux candidats, l'ex-ministre de l'Economie Emmanuel Macron et la présidente du Front national Marine Le Pen, avaient aussi été alertés. Les photos des deux hommes leur avaient été communiquées, selon leurs entourages.

La sécurité des principaux candidats a été renforcée.

ARSENAL

"Les services du ministère de l'Intérieur sont totalement mobilisés pour assurer la sécurité des meetings, des candidats et de leurs quartiers généraux de campagne", a déclaré à la mi-journée le ministre de l'Intérieur, Matthias Fekl.

Il a salué le "travail remarquable" de "plusieurs dizaines d'enquêteurs" qui ont permis de 'prévenir un acte terroriste certain" et rappelé que 50.000 policiers, gendarmes et militaires seraient déployés lors des deux tours de la présidentielle, dont le premier a lieu dimanche.

Selon François Molins, les policiers ont trouvé, lors de la perquisition un fusil mitrailleur Uzi et deux armes de poing chargés et prêts à l'emploi, des munitions et un silencieux. Ils ont aussi trouvé trois kg de TATP en train de sécher dans un placard, dont un déjà prêt à l'usage, des mèches, des produits chimiques, des tenus de chimiste, un sac de boulons.

Les policiers ont également découvert une plaquette de 250g de TATP avec des mèches lentes intégrées, ainsi qu'une grenade artisanale composée de 250g de TATP, une caméra GoPro, six téléphones mobiles, un ordinateur portable, un drapeau de l'organisation de l'Etat islamique (EI) et un exemplaire du Coran.

La police avait déjà effectué une perquisition administrative au domicile de Mahiedine Merabet, à Roubaix (Nord), le 7 décembre 2016. Elle avait alors trouvé un drapeau de l'EI et du matériel de propagande et était tombée sur Clément Baur, qui se dissimulait sous une identité usurpée.

Mahiedine Merabet était alors en cavale. Il a envoyé le 4 avril dernier au commissariat de Roubaix une enveloppe avec sa carte d'identité, sa carte bancaire et un mot expliquant qu'il n'en avait plus besoin, a raconté François Molins.

Les proches de Clément Baur avaient pour leur part signalé dès mars 2015 sa disparition, ses velléités de départ en Syrie et une "pratique radicale de l'islam", a précisé le procureur.

Selon ce dernier, les services belges avaient eux-mêmes ouvert une enquête sur Clément Baur en raison de liens avec la mouvance djihadiste belge.

La DGSI avait découvert dernièrement que Mahiedine Merabet cherchait à transmettre à l'EI une vidéo d'allégeance ou de revendication, avec des objets ressemblant à ceux trouvés mardi, comme le fusil Uzi, le drapeau de l'EI et le Coran, ainsi qu'un quotidien avec en première page un candidat à l'élection.

Ces éléments illustrant "l'imminence d'une action" ont entraîné l'ouverture le 12 avril d'une enquête pour flagrance.

Les services de la police nationale avaient diffusé dès le 8 avril une fiche de recherche à l'encontre de Mahiedine Merabet et le 13 avril, une deuxième fiche pour Clément Baur, l'un et l'autre qualifié de "dangereux".

(Emmanuel Jarry, avec service France)

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