Un 1er-Mai loin du sursaut unitaire de 2002, des heurts à Paris

PARIS (Reuters) - Quelque 30.000 personnes ont défilé lundi après-midi à Paris dans le cadre des manifestations et rassemblements du 1er-Mai en France où les appels à faire barrage à l'extrême droite au second tour de la présidentielle n'ont pas fédéré comme en 2002.

Les 311 manifestations et rassemblements ont réuni 142.000 personnes dans le pays, selon le ministère de l'Intérieur.

Des incidents sont survenus en marge du cortège parisien, entre quelque 150 activistes d'ultra-gauche et les forces de l'ordre. Trois CRS ont été blessés, dont un grièvement par un cocktail Molotov.

Marine Le Pen, candidate du Front national à la présidence de la République face à Emmanuel Macron, a réagi aux incidents sur Twitter en dénonçant "chienlit" et "laxisme". Richard Ferrand, secrétaire général d'En Marche!, l'a accusée sur BFM TV d'exploiter l'actualité avec "la volonté de faire peur".

Sur le front syndical, la CFDT et la CGT, qui n'ont pas manifesté ensemble depuis 2012, divergeaient sur le mot d'ordre de mobilisation en cette Journée internationale des travailleurs qui a pris un tour hautement politique avec l'affrontement à distance d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

La qualification, le 21 avril 2002, du père de la candidate d'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, face au président sortant Jacques Chirac pour le second tour de la présidentielle avait suscité une mobilisation immédiate et unitaire.

La perspective du duel Macron-Le Pen le 7 mai n'a pas réactivé un front républicain désormais moribond.

La CFDT, qui a appelé ouvertement à voter pour le candidat d'En Marche!, souhaitait un appel clair à rejeter le Front national. La CGT, qui refuse de se prononcer explicitement pour l'ancien ministre de l'Economie de François Hollande, a voulu élargir le mot d'ordre aux salaires et au pouvoir d'achat.

"AUCUNE VOIX POUR LE FN", DIT LA CGT

La CFDT, l'Unsa et la FAGE, organisation de jeunesse, ont organisé un premier rassemblement lundi en fin de matinée, en présence de 200 à 300 personnes, devant le métro Jean Jaurès, dans le XIXe arrondissement de Paris, avec pour slogan : "Pour Marianne, votons contre Marine".

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, a dénoncé "la vision réactionnaire et identitaire du FN" tout en soulignant que l'appel à voter Emmanuel Macron ne valait pas blanc-seing.

"Nous combattrons Emmanuel Macron lorsque nous serons en désaccord, notamment sur sa conception du dialogue social", a-t-il dit à des journalistes.

"Il faut que Marine Le Pen soit le 7 mai le plus bas possible parce qu'il en va de l'avenir de notre pays. Philippe (Martinez-NDLR) a une position extrêmement ambiguë", a-t-il poursuivi sur LCI. "Soyons clairs, la période que nous vivons est extrêmement grave, il y a un risque très fort que le Front national soit au pouvoir", a-t-il dit.

"Notre mot d'ordre, c'est aucune voix pour le FN", a répliqué le numéro un de la CGT, Philippe Martinez.

"On n'est pas tout à fait dans la même situation qu'en 2002. En 2002, ça avait été un vrai choc", a-t-il justifié sur Europe 1. Il a regretté que les gouvernements n'aient pas tiré "les enseignements" sociaux et économiques de "cet électrochoc" depuis, "malgré les avertissements de la CGT".

"C'est un message clair aux différents politiques, il faut que les revendications sociales des salariés soient entendues", a-t-il déclaré par la suite au sein du cortège.

"LA PESTE ET LE CHOLÉRA"

Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, a pour sa part défendu sa décision ne pas donner de consigne de vote pour le second tour. "Je ne veux pas culpabiliser les électeurs quels qu'ils soient, on n'est pas des directeurs de conscience", a-t-il expliqué sur franceinfo, tout en précisant qu'il ne mettait pas "un signe égal, bien entendu" entre les deux finalistes.

"Si on ne s'attaque pas aux vrais problèmes, la situation va s'aggraver et dans cinq ans, tout le monde pleurera", a-t-il ajouté en marge de la manifestation.

Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a participé lundi au cortège parisien et a essuyé quelques larmes alors que des partisans scandaient "Merci!" ou "Mélenchon président". Quatrième au premier tour de la présidentielle, il appelle à voter contre le FN mais refuse de dévoiler son option pour le second tour.

Des sections de la CGT, SUD et FSU, réunies au sein d'un collectif baptisé "Front social", ont défilé en appelant à rejeter les deux candidats, en contradiction avec leurs centrales. On pouvait entendre des "Ni Macron, ni Le Pen" dans le cortège. Les manifestants expliquent refuser de choisir entre "la peste et le choléra".

A Marseille, le cortège a réuni plusieurs milliers de personnes, majoritairement des représentants de la CGT, de la FSU et de Solidarité-Sud, sous le signe de la "lutte contre le recul social". L'affluence était bien moindre qu'en 2002, comme à Strasbourg où 2.500 personnes ont défilé contre 15.000 il y a quinze ans. Entre 6.000 personnes, selon la police, et 15.000 personnes, selon les syndicats, ont défilé à Toulouse.

"La CGT est claire et appelle à la mobilisation contre la menace fasciste, à tout faire pour battre le Front national, y compris en se servant du bulletin Macron", a déclaré à Reuters Cédric Caubère, secrétaire général de l'Union départementale de la CGT31. "Quand Marine Le Pen sera battue, nous ferons tout pour battre le programme Macron", a-t-il ajouté.

(Sophie Louet avec Emmanuel Jarry et Service France, Gilbert Reilhac à Strasbourg, Jean-François Rosnoblet à Marseille, et Julie Rimbert à Toulouse)

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