En Ukraine, ces vidéos de soldats russes exécutés font polémique

En Ukraine, la confusion demeure autour de l’exécution de soldats russes par l’armée ukrainienne à Makiyivka, dans la région de Lougansk, le 12 novembre. (Photo d’illustration)
IHOR TKACHOV / AFP En Ukraine, la confusion demeure autour de l’exécution de soldats russes par l’armée ukrainienne à Makiyivka, dans la région de Lougansk, le 12 novembre. (Photo d’illustration)

GUERRE EN UKRAINE - Depuis vendredi 18 novembre, le Kremlin accuse ouvertement l’Ukraine d’avoir exécuté plusieurs de ses soldats, alors que ces derniers s’étaient visiblement rendus. Une situation confuse malgré l’existence d’extraits vidéo de cette scène de guerre. De son côté, Kiev évoque plutôt une fausse reddition des soldats russes.

Après la découverte de soldats russes tués à l’aube du neuvième mois de guerre, le ministère russe de la Défense a affirmé vendredi, vidéos à l’appui, que les images capturées dans la région de Lougansk montraient « le meurtre délibéré et méthodique » de soldats russes prisonniers. Ordonnant le Comité d’enquête russe à ouvrir une enquête sur ces potentiels crimes de guerre.

Le ministère russe des Affaires étrangères a ensuite demandé que « les organisations internationales condamnent ce crime choquant » et diligentent une enquête. En réponse, un porte-parole de l’ONU à Kiev a déclaré que l’organisation « avait connaissance de ces vidéos et les examinait ».

Exécutions filmées

L’incident au centre de la discorde entre les deux pays en guerre a eu lieu le 12 novembre, ou du moins peu de temps avant selon la BBC, à Makiivka, un village bordant la ligne de front dans la région de Lougansk.

Les détails de la scène proviennent de deux sources différentes. La première provient d’images filmées par un drone et visibles en ligne dans les heures qui ont suivi l’exécution. On y voit alors une dizaine de corps gisant dans une cour de ferme, au milieu de flaques de sang.

La seconde source est une vidéo, qui semble filmée par un soldat ukrainien dans une zone de combats. On y voit une dizaine de militaires présumés russes sortant les uns après les autres d’un abri, les mains en l’air, et se couchant face contre terre sous l’injonction des Ukrainiens qui les tiennent en joue. Soudain, la vidéo, mise en ligne le 17 novembre, s’interrompt brutalement au moment où une dernière silhouette sombre surgit de l’abri, avant que des tirs retentissent.

Selon les observations de la BBC, les deux vidéos filment bel et bien le même emplacement. Le journal britannique met d’ailleurs en évidence une porte d’entrée et une voiture rouge pour enfant pour assurer que les deux sources d’images proviennent du même endroit.

Une mise en scène russe ?

Et ce dimanche 20 novembre, un chargé des droits de l’Homme ukrainien a finalement tranché la position officielle de Kiev. D’après l’expert, les accusations de Moscou sont fausses. Et il s’appuie même sur les vidéos servant de preuves à la Russie pour étayer ses dires.

Le médiateur Dmytro Loubynets, déjà à l’œuvre à Kherson après la libération de la ville, a ainsi déclaré que les « extraits de vidéo » présentés par Moscou comme la preuve que Kiev avait exécuté plus de dix prisonniers de guerre russes montraient en réalité que les soldats russes « utilisant une reddition feinte », avaient « commis un crime de guerre en ouvrant le feu sur les forces armées ukrainiennes ». Selon son expertise, les soldats russes tués dans cet incident « ne peuvent donc pas être considérés comme des prisonniers de guerre », a-t-il ajouté sur Telegram.

« Ceux qui veulent utiliser la protection de la législation internationale pour tuer doivent être punis », a-t-il ajouté. Pour rappel, l’action de tuer ou blesser un combattant ennemi qui a déposé les armes et qui s’est rendu est considérée comme un crime de guerre.

À ce stade, le mystère demeure donc autour des derniers instants de vie de ces soldats. En effet, si la Russie a fait l’objet de nombreuses accusations et de rapports depuis le 24 février sur des crimes de guerre commis en Ukraine depuis l’invasion du pays par Vladimir Poutine, les forces ukrainiennes sont également accusées de faits similaires.

Dans un rapport publié par l’ONU le 15 novembre, l’organisation internationale faisait état de soldats des deux camps ayant rapporté des cas de tortures et de mauvais traitements durant leur détention dans le camp ennemi.

Seule différence entre les deux camps : l’Ukraine a volontairement accepté que la mission onusienne en charge de la surveillance des droits de l’homme puisse interroger les prisonniers russes. Ce que Moscou a refusé avec ses prisonniers ukrainiens. Seuls les témoignages de soldats libérés ont pu être réalisés sur les conditions de détention côté russe.

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