Ukraine: vague de limogeages et de démissions de hauts dirigeants sur fond de corruption

(illustration) - Thibaud MORITZ © 2019 AFP
(illustration) - Thibaud MORITZ © 2019 AFP

Volodymyr Zelensky avait assuré que "cette semaine serait le moment de prendre des décisions appropriées" et que "l'État prendrait des mesures puissantes nécessaires" au sujet de la corruption en Ukraine. C'est désormais chose faite.

Cette allocution intervenait peu après l'arrestation de Vassyl Lozinsky, le ministre adjoint des Infrastructures, accusé par le Bureau national de lutte contre la corruption ukrainien d'avoir reçu un pot-de-vin de 400.000 dollars pour faciliter la conclusion de contrats, notamment pour l'achat de générateurs d'électricité. Une question sensible face aux fréquentes coupures de courant causées par les attaques russes contre les infrastructures énergétiques du pays.

Le président entendait lancer un "signal à tous ceux dont les actes ou le comportement violent le principe de justice".

Scandale autour des approvisionnements de l'armée

La réaction de la présidence ne s'est pas faite attendre. Ce mardi, une série de hauts responsables ukrainiens ont été démis de leurs fonctions sur fond d'affaire de corruption concernant des approvisionnements de l'armée.

À l'origine de ce scandale: un contrat signé par le ministère de la Défense à un prix présumé surévalué portant sur les produits alimentaires destinés aux soldats. Selon une enquête du site d'information ZN.UA, ce contrat de 13 milliards de hryvnias (environ 324 millions d'euros) a été passé avec des prix "deux à trois plus élevés" que les tarifs actuels en vigueur pour les produits alimentaires de base.

En conséquence, le vice-ministre de la Défense Viatcheslav Chapovalov, en charge de l'appui logistique des forces armées, a été démis ce mardi de ses fonctions.

"En raison du vaste tollé public, qui a été largement provoqué par des manipulations infondées autour de la question de l'approvisionnement des forces armées ukrainiennes, il existe des risques de déstabilisation des processus d'approvisionnement de l'armée", justifie-t-il dans sa lettre de démission.

Un proche de Zelensky limogé

D'autres ont ensuite suivi. Le chef adjoint du cabinet de Volodymyr Zelensky, Kyrylo Tymochenko, devenu un porte-parole fréquent du gouvernement depuis l'invasion russe, a annoncé sa démission ce mardi martin.

Il est accusé d'avoir utilisé un véhicule tout-terrain donné à l'Ukraine par le groupe américain General Motors à des fins personnelles alors qu'il était destiné pour des évacuations ou des besoins humanitaires.

"Ces derniers mois, j'ai conduit cette voiture sur environ 40.000 kilomètres lors de voyages d'affaires dans toute l'Ukraine. Je n'utiliserai plus cette voiture à l'avenir", a-t-il déclaré dans des propos rapportés par CNN, ajoutant que le véhicule sera transféré "dans l'une des régions de la ligne de front, où il sera utilisé à des fins humanitaires" dans les prochains jours.

Cascade de départs

Dans les heures qui ont suivi l'annonce de Kyrylo Tymoschenko, de nombreuses autres personnes lui ont emboîté le pas. Le procureur général adjoint Oleksiï Simonenko a lui été accusé d'être récemment parti en vacances en Espagne alors que les déplacements à l'étranger, sauf à des fins professionnelles, sont interdits pour les hommes en âge de combattre.

Le gouverneur de la région de Dnipro, Valentin Reznitchenko, a été accusé par plusieurs médias en novembre d'avoir attribué des contrats sur la réparation de routes portant sur des dizaines de millions d'euros à un groupe co-fondé par sa petite amie travaillant comme coach fitness. Il a démissionné ce mardi. D'autres gouverneurs locaux ont également quitté leurs postes.

Ce lundi, Pavlo Galimon, le chef adjoint du parti présidentiel "Serviteur du peuple", a lui été limogé sur fond d'accusations de corruption liée à l'achat d'une propriété à Kiev pour un montant supérieur à ses revenus déclarés.

Lutte contre la corruption

Au total, cinq gouverneurs régionaux, quatre vice-ministres et deux responsables d'une agence gouvernementale vont quitter leurs postes, en plus du chef adjoint de l'administration présidentielle et du procureur général adjoint.

Volodymyr Zelensky a été élu en 2019 notamment en promettant une lutte acharnée contre la corruption. Selon l'ONG Transparency International en 2021, l'Ukraine se classe 122e sur 180 sur l'indice de perception de la corruption dans le monde.

L'Union européenne a fait des mesures anticorruption une réforme clé devant être mise en oeuvre par l'Ukraine si elle souhaite accéder au statut de candidat à l'adhésion au bloc européen.

Dans une récente allocution, le président ukrainien a promis qu'il n'y aurait "aucun retour à ce qui était en vigueur dans le passé, à la façon dont vivaient diverses personnes proches des institutions de l'État".

Article original publié sur BFMTV.com