Zelensky salue "un pas en avant" après le feu vert américain aux frappes en Russie

Carte des zones contrôlées par les forces ukrainiennes et russes en Ukraine au 30 mai 2024 à 19h GMT (Valentin RAKOVSKY)
Carte des zones contrôlées par les forces ukrainiennes et russes en Ukraine au 30 mai 2024 à 19h GMT (Valentin RAKOVSKY)

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a salué vendredi "un pas en avant" après le feu vert, sous conditions, donné par les Etats-Unis concernant l'utilisation de leurs armes contre des cibles sur le sol russe.

"Il s'agit d'un pas en avant vers cet objectif (...) de défendre notre peuple qui vit dans les villages situés le long de la frontière" avec la Russie, a réagi Volodymyr Zelensky pendant le troisième sommet Ukraine-Europe du Nord à Stockholm.

La veille, le président américain Joe Biden, qui s'y refusait jusqu'ici, a accepté que les Ukrainiens frappent pour se défendre des cibles sur le territoire russe proches de la région de Kharkiv (nord-est), qui subit des frappes russes incessantes depuis des mois.

Le président Biden "a approuvé l'utilisation de nos armes pour cet objectif", a souligné vendredi le secrétaire d'Etat Antony Blinken, qui se trouvait à Prague pour une réunion de l'Otan.

Les pays occidentaux ont affiché vendredi un soutien grandissant, bien que nuancé, à l'utilisation par l'Ukraine de leurs armes contre la Russie dans ses frontières.

L'Allemagne a ainsi estimé que les Ukrainiens pouvait recourir à ses équipements contre des cibles militaires en Russie, notamment en réponse à l'offensive déclenchée le 10 mai par Moscou.

Le porte-parole du chancelier Olaf Scholz, Steffen Hebestreit, a déclaré que l'Ukraine avait le "droit" de se défendre avec les armes dont elle dispose, "y compris celles que nous avons livrées".

La décision de Washington marque un revirement, les Etats-Unis disant jusque-là craindre qu'une telle mesure n'entraîne l'Otan dans un conflit direct avec la Russie.

Vendredi, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a quant à lui assuré que des armements américains étaient "déjà utilisés pour tenter de frapper le territoire russe", y voyant la preuve du "degré d'implication des Etats-Unis dans ce conflit".

- "Escalade" -

Jeudi, la Russie avait déjà reproché à l'Alliance atlantique de lancer "un nouveau cycle d'escalade".

Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a dit vendredi n'y voir que des "efforts" du président russe Vladimir Poutine "pour empêcher les alliés de l'Otan de soutenir l'Ukraine".

M. Stoltenberg appelle depuis plusieurs jours les capitales occidentales à lever des restrictions qui "lient les mains dans le dos des Ukrainiens".

Il a rappelé que l'utilisation d'armes occidentales pour des frappes sur le sol russe avait reçu le soutien d'autres pays, citant la livraison d'équipements "sans aucune restriction" d'usage par le Royaume-Uni.

La France a annoncé cette semaine y être également favorable, jugeant que l'Ukraine avait le droit de se défendre en visant des cibles militaires.

Certains Etats membres de l'Alliance atlantique ne sont néanmoins pas de cet avis.

Le chef de la diplomatie italienne Antonio Tajani a ainsi affirmé que "pour l'Italie, il est impossible d'utiliser nos armes en dehors de l'Ukraine".

"On ne se bat pas contre la Russie. On défend l'Ukraine, et ce n'est pas la même chose", a-t-il déclaré.

Quant à la Turquie, elle a dit refuser catégoriquement que l'Otan "participe" à la guerre en Ukraine.

"Soutenir l'Ukraine pour garantir son intégrité territoriale et libérer ses territoires est une chose. Mais l'implication de l'Otan dans la guerre en est une autre", a déclaré son ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan à l'issue de la réunion de Prague.

- 880 km2 conquis -

Les Etats-Unis ont de leur côté souligné qu'ils continueraient à adapter leur position selon la situation sur le terrain.

"À l'avenir, nous continuerons à faire ce que nous avons fait, c'est-à-dire, le cas échéant, nous adapter", a déclaré Antony Blinken à Prague.

Le feu vert des Etats-Unis à des frappes sur des cibles russes proches de Kharkiv a été obtenu après des semaines de tractations en coulisses, consécutives au déclenchement de l'offensive russe dans cette région.

Kharkiv, la deuxième ville d'Ukraine, dans le nord-est, est quasi-quotidiennement la cible de bombardements.

Six personnes y ont été tuées par une frappe russe dans la nuit, ont annoncé vendredi les autorités régionales, qui avaient dit plus tôt que 23 personnes avaient été blessées.

Une habitante de cette cité âgée de 39 ans, Ioulia, qui se trouvait chez elle, a dit avoir entendu une "énorme explosion" et vu de la "fumée" avant de courir vers un abri. "Je ne le souhaiterais pas même à mon pire ennemi", a-t-elle confié.

Vendredi également, des bombardements ukrainiens dans une zone de la région de Donetsk contrôlée par l'armée russe ont fait cinq morts, selon les autorités d'occupation installées par Moscou.

En Suède vendredi le président Zelensky a martelé que l'Ukraine deviendrait "plus forte grâce au soutien de nos alliés".

Mais, pour l'heure, la situation sur le front n'est pas à l'avantage de l'armée ukrainienne, en manque d'hommes et de munitions, face à des troupes russes en confiance.

Vendredi, le ministre russe de la Défense, Andreï Belooussov, a affirmé que son armée avait conquis "880 km2" depuis le début de l'année sur le territoire ukrainien, où elle revendique régulièrement des avancées sans néanmoins réussir pour l'instant de véritable percée.

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