Ukraine: la Russie va-t-elle officiellement déclarer la guerre à Kiev le 9 mai?

Un missile intercontinental russe présenté lors d'une parade à Moscou, le 9 mai 2021. - Dimitar DILKOFF / AFP
Un missile intercontinental russe présenté lors d'une parade à Moscou, le 9 mai 2021. - Dimitar DILKOFF / AFP

Dans la nuit du 23 au 24 février, Vladimir Poutine lançait selon ses mots une "opération militaire spéciale" en Ukraine:

"J’ai pris la décision d’une opération militaire spéciale. Nous nous efforcerons d’arriver à une démilitarisation et une dénazification de l’Ukraine. Nous n’avons pas dans nos plans une occupation des territoires ukrainiens, nous ne comptons imposer rien par la force à personne. Je vous appelle à déposer les armes. Vous pourrez quitter le champ de bataille sans entrave".

Depuis, la Russie n'a jamais officiellement évoqué le mot "guerre". Et pour cause, si dans les faits il s'agit bien d'une guerre, aucune déclaration officielle n'a été faite en ce sens.

Pourtant, la déclaration de guerre est reconnue en droit international. Elle correspond à une déclaration formelle d'un gouvernement national pour signifier l'état de guerre entre cette nation et une ou plusieurs autres.

Une escalade militaire le 9 mai?

A l'approche de la date du 9 mai, symbole de la capitulation de l'Allemagne nazie en 1945, il se murmure que la Russie pourrait officiellement déclarer la Guerre à Kiev. D'abord annoncé comme jour de la victoire pour Poutine, le 9 mai ne sonnera finalement pas la résolution de l'invasion russe en Ukraine. En effet, dans un entretien avec la télévision italienne Mediaset diffusé dimanche, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a assuré que Moscou ne cherchait pas à terminer le conflit en Ukraine pour cette date.

Pour autant, l'offensive pourrait monter d'un cran. Depuis quelques jours, les Occidentaux s'inquiètent d'une action ou d'une déclaration russe en vue du 9 mai. Ainsi, le secrétaire d'Etat britannique à la Défense, Ben Wallace, s'est alarmé sur LBC News:

"Nous avons vu un certain nombre de déclarations de Poutine sur le fait que cela devenait une guerre, 'c’est une guerre par procuration' – ce qui n’est pas le cas – et 'les nazis sont partout', en gros, 'ils ne sont pas seulement en Ukraine, l’Otan est pleine de nazis'".

Et de poursuivre sur la radio d'actualité britannique:

"Je pense qu'il va essayer de sortir de son 'opération spéciale'. Il a préparé le terrain pour pouvoir dire 'regardez, c'est maintenant une guerre contre les nazis, et ce dont j'ai besoin, c'est de plus de gens. J'ai besoin de plus de chair à canon russe".

De son côté, le porte-parole du département d’Etat américain, Ned Price, a déclaré lundi qu’il y avait "de bonnes raisons de croire que les Russes feront tout ce qu’ils peuvent pour utiliser" le 9 mai à des fins de propagande. Ned Price a également dit qu’il était au courant de "la spéculation selon laquelle la Russie pourrait officiellement déclarer la guerre" le 9 mai.

Ce que changerait une déclaration officielle de guerre

Qu'impliquerait une telle décision? Sur BFMTV ce mardi, notre consultant Défense Jérôme Péllistrandi et notre spécialiste des relations internationales Patrick Sauce ont expliqué pourquoi une déclaration formelle de guerre par Poutine est plus que possible.

Selon eux, un tel choix permettrait de mobiliser davantage de forces militaires, et surtout de faire entrer la Russie dans une économie de guerre.

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Patrick Sauce rappelle à ce titre qu'environ 2125 missiles ont déjà été tirés en 68 jours, et qu'une décroissance est constatée à ce niveau. Ainsi, adapter l'économie à la guerre permettrait d'inverser cette tendance à la baisse. Voilà qui permettrait également d'investir plus d'hommes sur le terrain. Cette fameuse "chair à canon russe" dont parle Ben Wallace dans son interview à LBC

Pour rappel, les responsables occidentaux et ukrainiens ont estimé qu'au moins 10.000 soldats russes ont été tués depuis le début de l'invasion.

Enfin, une déclaration de guerre pourrait potentiellement renforcer le soutien direct de certains pays au conflit, notamment dans le cadre de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) fondée en 2002.

Composé entre autres de la Russie, du Kazakhstan, ou encore de l’Ouzbékistan et de l’Arménie, ce "mini Otan" précise dans l'article 4 de sa charte (similaire à l'article 5 de celle de l'Otan consacré à la "défense collective"), qu’en cas d’un acte d’agression contre un des États membres, les autres doivent lui fournir une assistance militaire... Soit un risque d'extension directe du conflit.

Article original publié sur BFMTV.com

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