Ukraine: restée à Kharkiv, la chercheuse Maria Avdeeva documente la guerre

Depuis le début de la guerre en Ukraine, elle est restée dans sa ville natale, Kharkiv, malgré les bombardements, pour montrer et commenter le conflit sur les réseaux sociaux. Maria Avdeeva est directrice de recherche à l'European Expert Association, un cercle de réflexion ukrainien basé dans sa ville. Elle explique à RFI les raisons de son combat.

Chaque jour ou presque, Maria Avdeeva partage, avec ses quelque 95 000 abonnés sur Twitter, des images des derniers bombardements dans sa ville natale de Kharkiv, grande cité du nord-est de l'Ukraine.

La chercheuse entend documenter les crimes de guerre, prouver que les bombardements russes visent aussi les civils. Derrière elle, dans cette vidéo postée lundi : un cratère, deux voitures calcinées et des impacts sur les murs.

« Quand l'invasion a commencé, explique Maria Avdeeva à RFI, la Russie a lancé une nouvelle vague de désinformation dans tous les médias d'État et via des chaînes Telegram. Et il était très important pour moi de montrer que ceci est un tissu de mensonges et de montrer la situation réelle à Kharkiv. »

Aujourd'hui, les bombardements sont moins fréquents, confie-t-elle, mais il s'agit de frappes indiscriminées. Concentrées auparavant dans le nord-est de Kharkiv, elles visent désormais plus souvent le centre-ville. Notre interlocutrice l'assure : plus aucun quartier n'est sûr actuellement, dans la deuxième plus grande ville de son pays.

La ligne de front, qui se situait au niveau du périphérique, a été quelque peu repoussée par les forces ukrainiennes ces derniers jours. Des villages ont été libérés, au nord. D'où la baisse d'intensité des bombardements ; l'étau de l'armée russe se desserre un peu. Des familles qui avaient fui il y a plusieurs semaines commencent à rentrer.

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Maria Avdeeva observe de plus en plus de personnes dans les rues.

Les gens n'ont simplement plus d'argent. Depuis leur fuite, ils sont contraints de louer un logement, ils n'ont pas leur emploi habituel. Donc, ils doivent rentrer parce que leur maison est ici. Il y a aussi plus de monde dans les rues de Kharkiv, parce qu'il fait plus chaud maintenant et que les gens n'en peuvent plus de se cacher tout le temps, dans les abris, les sous-sols. J'étais aujourd'hui dans une zone résidentielle qui est constamment bombardée, et les gens étaient dehors ! Ils ont conscience qu'il peut y avoir une frappe, mais ils ne peuvent pas rester tout le temps cachés. Ce que les autorités disent, c'est qu'il est toujours trop dangereux de rentrer à Kharkiv. Et il est conseillé, à ceux qui sont ici, de rester chez eux, tout le temps, même s'il n'y a pas d'alerte, car les obus peuvent tomber n'importe où.

La ville n'est pas tirée d'affaire, martèle la chercheuse. Elle relate que les soldats ukrainiens restent en nombre dans la ville, pour faire face à une éventuelle nouvelle attaque terrestre de l'armée russe.

Le Donbass reste leur principale cible. Les combats les plus intenses se passent là-bas, en ce moment, vers Izioum et près de plus petites villes. Mais les militaires ukrainiens continent à défendre Kharkiv, parce que ce n'est pas terminé. Après cette attaque sur le Donbass, il est possible que l'offensive bascule sur Kharkiv, car la ville est très proche de la frontière russe. Et parce que les Russes concentrent des troupes à Belgorod, qui est la grande ville la plus proche côté russe, et elle est à seulement 40 kilomètres de Kharkiv. Ils vont essayer de conquérir le plus de territoires possibles, pour montrer un semblant de victoire, de succès au peuple russe, parce que jusqu'ici les forces russes n'ont réussi à accomplir aucun des objectifs annoncés par Poutine au mois de février.

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Maria Avdeeva s'attache aussi à montrer la force de la résistance dans sa ville, après plus de deux mois de guerre. Comme ici, ce concert improvisé dans un hôpital de Kharkiv, ponctué par l'hymne national ukrainien.

La chercheuse entend rester le plus longtemps possible ici. Elle glisse simplement avoir mis sa famille à l'abri.

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