Ukraine: Poutine voulait enrayer l'expansion de l'Otan, c'est raté

Alors qu'il pensait envoyer un avertissement et faire reculer l'Otan en envahissant l'Ukraine, Vladimir Poutine a provoqué l'exact inverse (photo d'archive prise en septembre 2021 à Moscou). (Photo: Mikhail Svetlov / Getty Images)
Alors qu'il pensait envoyer un avertissement et faire reculer l'Otan en envahissant l'Ukraine, Vladimir Poutine a provoqué l'exact inverse (photo d'archive prise en septembre 2021 à Moscou). (Photo: Mikhail Svetlov / Getty Images)

Alors qu'il pensait envoyer un avertissement et faire reculer l'Otan en envahissant l'Ukraine, Vladimir Poutine a provoqué l'exact inverse (photo d'archive prise en septembre 2021 à Moscou). (Photo: Mikhail Svetlov / Getty Images)

GUERRE EN UKRAINE - Retour de flamme pour Vladimir Poutine? Près de trois mois après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, c’est peu dire que le plan du Kremlin ne se déroule pas comme prévu. Et au-delà des déconvenues militaires, une difficulté prend de plus en plus de place: le retour au premier plan de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, l’Otan.

Comme Le HuffPost l’avait relaté dans les premières semaines de la guerre, la nécessité pour les Occidentaux de coordonner la réponse à un conflit qui a pris le monde de court a effectivement fait sortir cette alliance défensive de sa torpeur. Mais surtout, à mesure que les affrontements se poursuivent et face aux possibles envies expansionnistes du maître du Kremlin, l’intérêt d’appartenir à l’Otan se fait chaque jour un peu plus clair.

La preuve avec l’annonce, ce jeudi 12 mai, de la part de l’exécutif finlandais de sa volonté de rejoindre l’Alliance. Et la Suède devrait en faire de même dans les jours qui viennent. Deux pays historiquement neutres, mais qui veulent se prémunir contre une future offensive d’une puissance hostile. Car rappelons une règle: si un pays de l’Otan est attaqué par une puissance extérieure, il existe un devoir de solidarité (voire de riposte) de tous les états membres.

La propagande russe déjà en plein délire

Et cela ne plaît aucunement à Vladimir Poutine. Face au possible renforcement d’un bloc occidental toujours plus proche de ses frontières, le président russe a rapidement fait de cette expansion de l’Otan une “menace inacceptable”. Et d’ajouter ce jeudi, par la voix du porte-parole du Kremlin, que l’intégration de la Finlande serait “assurément” une menace pour Moscou.

Et cela sans même évoquer la propagande du Kremlin qui commence déjà à se mettre en branle. Ainsi, l’idée de la Finlande pays “nazi” du fait d’une collaboration avec l’Allemagne hitlérienne et d’un combat acharné contre les Soviétiques durant la Seconde guerre mondiale fait déjà son chemin dans la communication téléguidée par Moscou. Des attitudes qui illustrent la frustration russe liée à ce renouveau de l’Alliance atlantique.

Car si au début des années 2000, Vladimir jugeait logique que certains pays puissent avoir envie de rejoindre cette alliance, arguant même son objectif défensif en faisait un atout pour la sécurité de la planète, il a depuis largement changé d’avis. Notamment en expliquant, juste avant d’envahir l’Ukraine, que l’Otan s’était bien trop approchée des frontières russes depuis 1991, intégrant successivement les pays baltes, la Pologne ou la Roumanie.

Pourquoi la Finlande intègre l’Otan

Or si la Finlande venait à signer à son tour le traité (la population y est majoritairement favorable et les dirigeants de l’Otan se sont déjà prononcés en faveur de cet élargissement), cela ferait plus que doubler la distance de frontières partagées entre la Russie et des membres de l’Otan. En plus de continuer à grossir les rangs de ce qui s’apparente de plus en plus à une coalition internationale anti-Poutine.

Une nouvelle donne loin d’être anodine, tant elle marquerait un changement de paradigme dans la vision géostratégique de la Finlande (et par extension de la Suède). Comme l’a expliqué Alexander Stubb, ancien Premier ministre finlandais, à CNN, son pays se dit non aligné depuis des années parce qu’il souhaite pouvoir coopérer avec la Russie, son “voisin naturel”, tout en continuant à entretenir des relations très positives avec l’Occident (et notamment à acheter des équipements militaires aux Américains). Mais en rejoignant l’Otan, la Finlande basculerait clairement dans un camp.

“Avec le temps, le fait que la Russie cherche à créer un chaos toujours plus grand dans notre région est devenu de plus en plus clair. Et de ce fait, l’option de rejoindre l’Otan est devenue la plus pragmatique”, précise encore Alexander Stubb.

Un “boomerang” plutôt qu’un “missile”?

Un pragmatisme qui se retrouve depuis le début du conflit en Ukraine. Comme plusieurs autres nations non alignées, la Finlande et la Suède ont en effet pris la décision de livrer des armes aux troupes ukrainiennes, prenant de fait parti pour la souveraineté de l’Ukraine et contre la Russie. Et ce rôle serait encore renforcé en cas d’intégration à l’Otan.

Surtout, au grand dam de Vladimir Poutine, cette probable nouvelle position de l’Otan au nord-est de l’Europe va asseoir encore un peu plus la domination des Occidentaux dans le contrôle de l’espace aérien et permettre un déploiement de forces et d’armes pour faire pression sur Moscou. En plus de rajouter quelque 280.000 soldats et 900.000 réservistes potentiellement mobilisables en Finlande en cas de conflit, du fait d’une conscription obligatoire.

Une évolution diplomatique qui est censée permettre d’éviter toute escalade et la contagion du conflit ukrainien au reste du continent. D’autant, écrit l’ONG Carnegie Endowment for International Peace, que les “mauvaises performances militaires de la Russie conjuguées aux conséquences économiques et financières des sanctions devraient freiner l’aventurisme de Vladimir Poutine”. Un homme qui aura donc provoqué une résurgence de l’envie d’union entre les démocraties occidentales, alors même qu’il cherchait à faire reculer l’Otan loin de ses frontières. Si bien que pour le Guardian, alors qu’il pensait avoir tiré un “missile”, c’est peut-être un “boomerang” que Vladimir Poutine à envoyé à l’Alliance en envahissant l’Ukraine.

À voir également sur le HuffPost: L’armée française ravitaille des avions de l’Otan en plein vol, au-dessus de la Pologne

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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