Ukraine : cet homme aux tatouages nazis n'est pas un prisonnier de guerre, mais un détenu photographié au Bélarus en 2005

Depuis juin dernier, une photo prétendant montrer un détenu ukrainien tatoué de plusieurs croix gammées circule sur les réseaux sociaux. Elle serait la preuve, selon ceux qui la partagent, de l’emprise néo-nazie en Ukraine, alors que Vladimir Poutine et le Kremlin justifient depuis des mois leur invasion par un projet de "dénazification" du pays voisin. Mais la photo a été prise en 2005 dans une prison au Bélarus, et n’a rien à voir avec la guerre actuelle. Par ailleurs, les spécialistes interrogés par l’AFP réfutent la théorie selon laquelle l’Ukraine et son gouvernement seraient acquis à l’idéologie nazie.

Une photo d’un homme tatoué de plusieurs croix gammées, en train de se faire ausculter dans une prison, a été partagée plusieurs centaines de fois sur Twitter et Facebook depuis la fin du mois de juin. "Donetsk. Examen médical d'un détenu ukronazi. Et donc il n'y a pas de fascisme en Ukraine !? Les méchants soldats russes qui torturent", ironise un internaute.

La photo, accompagnée de cette description, a d’abord été partagée sur Telegram le 28 juin par Nikolaï Starikov, un homme politique russe et fondateur de plusieurs organisations politiques. Dans sa publication, qui atteint près de 25 000 vues selon le compteur du réseau social, Starikov déclare : "Donetsk. Examen médical d'un prisonnier. Et donc en Ukraine il n'y a pas de nazisme".

Ces publications font écho à la rhétorique de Vladimir Poutine, qui affirmait le 24 février 2022, jour de l’invasion militaire, vouloir lutter pour "la démilitarisation et la dénazification de l’Ukraine". Mais cette image est bien plus ancienne.

Une recherche d’image inversée permet de retrouver l’origine de cette photo. Elle figure notamment dans la banque d’images Getty Images : selon la légende, elle a été prise le 22 juin 2005 par le photographe Viktor Brachev, pour l’AFP.

On retrouve effectivement la photo dans notre banque d’images AFP Forum. La légende indique qu’elle montre "un médecin d’une prison biélorusse (qui) examine un prisonnier couvert de tatouages nazis" dans une prison "de Mogilyev, à environ 200km de Minsk".

Une autre photo montre la même scène sous un autre angle, où l’on peut voir le dos du prisonnier tatoué et le médecin prenant sa tension. La légende précise un peu plus le contexte du cliché, pris à l’occasion de la libération en 2005 de près de 4000 prisonniers, "selon l’amnistie accordée pour le 60e anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale" et la libération attendue de 5000 autres détenus dans l’année à venir.

Un médecin pénitentiaire biélorusse examine un prisonnier portant un tatouage nazi dans le dos à la prison n° 15, le 22 juin 2005, dans la ville de Moguilev, à quelque 200 km de Minsk. À la suite d'une amnistie marquant le 60e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, environ 4 000 prisonniers ont été libérés et quelque 5 000 devraient l'être tout au long de l'année. ( AFP / VIKTOR DRACHEV)

La photo n’a donc rien à voir avec la guerre en Ukraine et ne montre pas un prisonnier de guerre néo-nazi à Donetsk, mais un détenu à Moguilev, au Bélarus, comme l’ont également expliqué nos confrères de Reuters ou encore des Observateurs de France 24.

Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, de nombreux internautes reprennent la rhétorique du Kremlin et assurent que l'Ukraine est acquise à l'idéologie nazie, ce que réfutaient en mars des spécialistes interrogés par l'AFP : si des mouvements ultra nationalistes sont actifs dans le pays, notamment dans l'armée, ils restent "minoritaires" et marginalisés au niveau politique, estiment-ils.

Sur le terrain, les frappes russes se poursuivent sur les villes ukrainiennes, notamment Mykolaïv dans le sud. La ville, proche du front dans le sud du pays, a été massivement bombardée à nouveau le 1er août, et dans la nuit du 1er au 2 août selon les autorités ukrainiennes.

Volodymyr Zelensky avait accusé le 30 juillet les forces russes de pratiquer une tactique de "terreur" par leurs bombardements sur les villes ukrainiennes, et appelé les habitants de Donetsk à une évacuation générale.

Au moins 200.000 civils vivent encore dans les territoires de la région de Donetsk, dans le bassin minier du Donbass, qui ne sont pas sous occupation russe, selon une estimation des autorités ukrainiennes.

Invasion russe de l'Ukraine : la situation dans l'Est du pays au 1er août ( AFP / Simon MALFATTO, Sophie RAMIS, Kenan AUGEARD)

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