Ukraine: des fosses communes qui ravivent le débat sur la mémoire des purges soviétiques

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En Ukraine, juste à côté d'Odessa, des historiens ont découvert ce qui pourrait être une des plus grandes fosses communes jamais identifiées dans le pays, datant de la période des répressions staliniennes, à la fin des années 1930. Cette découverte pourrait relancer la question sur le travail de mémoire sur les crimes commis en Ukraine et ailleurs à la période soviétique.

De notre correspondant à Kiev,

Le site a été découvert à l'occasion de fouilles préalables à des travaux dans la zone de l'aéroport d'Odessa. En tout, ce sont 29 fosses communes qui ont été identifiées par des archéologues et des historiens. Un site immense de cinq hectares qui pourrait contenir entre 5 000 et 8 000 dépouilles, très vraisemblablement des personnes exécutées entre 1937 et 1939 par la police secrète soviétique.

Des purges bien documentées

En effet, à la fin des années 1930, le NKVD a procédé à ce qu'on a appelé les purges staliniennes. Et des milliers de citoyens à travers l'Union soviétique ont été assassinés, parfois après des procès exécutifs, et le plus souvent d'une balle dans la nuque.

Rien qu'à Odessa, 8 600 personnes ont été condamnées à mort entre 1938 et 1941. Seulement les registres de l'époque se trouvent à Moscou et les autorités ukrainiennes n'ont absolument aucune chance d'y accéder vu le contexte de fortes tensions entre les deux pays.

Ce type de découverte est rare en Ukraine, les crimes de l'époque stalinienne sont déjà bien documentés. Par exemple, on sait que dans une forêt à la sortie de Kiev, plus de 200 000 prisonniers politiques ont été exécutés et enterrés.

Mais dans le cas d'Odessa, l'Institut ukrainien de la mémoire nationale, qui pilote les recherches, estime que le nombre de dépouilles pourrait être plus nombreux encore, sachant que lors des purges staliniennes, ce sont des millions de personnes qui ont été assassinées en Ukraine.

Le régime stalinien a non seulement purgé le Parti communiste, mais il s'est attaqué en Ukraine à ce qui pouvait ressembler à une conscience nationale. Par exemple, environ 80% des écrivains ukrainiens des années 1920 et 1930 ont été tués, on les a appelé la « Génération exécutée ».

Une mémoire bafouée

Ces découvertes pourraient avoir pour conséquence de relancer le débat sur la mémoire des crimes de la période soviétique, alors que l'on va célébrer en décembre les 30 ans de la fin de l'URSS.

Or, il n'y a jamais eu de travail de mémoire en Russie sur les crimes de la période stalinienne, alors que la personne même de Staline a été partiellement réhabilitée sous Vladimir Poutine.

Ce phénomène creuse un fossé mental et mémoriel qui s'agrandit entre les Ukrainiens et les Russes, d'autant que la Russie mène une politique agressive vis-à-vis de Kiev.

Par ailleurs, les autorités ukrainiennes lancent actuellement un autre programme de recherche auprès des derniers survivants d'un autre crime stalinien, l'Holodomor, la famine artificielle de 1932 à 1933, qui aurait tué entre 3 et 5 millions de paysans ukrainiens. Un épisode que les Ukrainiens considèrent comme un génocide.

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