Ukraine : coupures de courant massives après des frappes russes, bientôt des chars lourds britanniques

Des coupures de courant ont été ordonnées samedi dans la plupart des régions d'Ukraine après une vague de frappes russes, dont une a fait cinq morts et une soixantaine de blessés dans l'est, Londres annonçant le même jour la fourniture de chars lourds à Kiev, qui réclame avec insistance des blindés de facture occidentale.

Sur la ligne de front, les autorités ukrainiennes assuraient toujours en cette fin de semaine contrôler la petite ville de Soledar (est) dont Moscou a revendiqué la prise à l'issue de combats acharnés.

"Aujourd'hui, l'ennemi a de nouveau attaqué les installations de production d'énergie du pays. Il y a des attaques dans les régions de Kharkiv, Lviv, Ivano-Frankivsk, Zaporijjia, Vinnytsia et Kiev. En raison des bombardements, des coupures d'urgence ont été décidées dans la plupart des régions", a annoncé en début de soirée le ministre ukrainien de l'Energie, Guerman Galouchtchenko.

L'opérateur Ukrenergo a pour sa part dit être à l'oeuvre pour "éliminer les conséquences" de cette "douzième attaque massive de missiles sur le secteur de l'énergie en Ukraine".

Au total, "l'ennemi a procédé à trois frappes aériennes et à une cinquantaine de tirs de missiles dans la journée", a précisé l'état-major de l'armée ukrainienne. "En outre, les occupants ont lancé 50 attaques avec des lance-roquettes multiples".

"La Russie a effectué une nouvelle frappe massive de missiles sur les villes ukrainiennes (...) Est-il possible d'arrêter la terreur russe ? Oui, c'est possible. Peut-on le faire autrement que sur le champ de bataille en Ukraine ? Malheureusement, non", a commenté le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

"Le monde doit arrêter ce mal", a-t-il encore dit, tandis que la Moldavie a affirmé avoir trouvé des débris de missile sur son territoire, près du village de Larga, dans le nord.

"La guerre brutale que la Russie livre à l'Ukraine a de nouveau affecté la Moldavie", s'est insurgée sa présidente Maia Sandu.

- Cinq morts, près de 60 blessés à Dnipro -

Dans l'est de l'Ukraine, au moins cinq personnes ont été tuées et presque 60 blessées, dont 12 enfants, dans le bombardement d'un immeuble d'habitation de la ville de Dnipro, a déploré le gouverneur de la région, Valentin Reznitchenko.

"Tous ses (huit) étages sont tombés à la suite de l'explosion d'un missile russe", a souligné M. Zelensky.

Plusieurs explosions ont par ailleurs retenti dans la matinée à Kiev, ont constaté des journalistes de l'AFP, tandis que son maire Vitali Klitschko a appelé la population à "rester dans les abris".

Des "infrastructures essentielles" de la capitale ont été visées par des missiles, a expliqué la présidence ukrainienne.

Dans le sud, à Kryvyi Rig, une personne a été tuée et une autre blessée dans la destruction d'immeubles d'habitation par une frappe, selon un bilan officiel.

Dans la région septentrionale de Soumy, un civil a reçu des éclats d'obus pendant des tirs d'artillerie et de mortiers à partir du territoire russe, d'après la présidence ukrainienne.

- Premiers chars lourds occidentaux -

Répondant aux appels pressants des Ukrainiens, le Royaume-Uni a quant à lui promis samedi la livraison de chars lourds Challenger 2.

Leur nombre n'est pas précisé, mais le Royaume-Uni devient ainsi le premier pays à s'engager à envoyer ce type de blindés pour aider l'Ukraine face aux forces russes.

Plusieurs médias britanniques évoquent la fourniture de 12 Challenger 2 : quatre seraient envoyés immédiatement et huit autres suivraient à court terme.

Kiev avait déjà reçu de ses alliés des chars lourds de conception soviétique -près de 300-, mais encore aucun de fabrication occidentale.

Le geste de Londres est "un bon signal", a jugé le président Zelensky.

Il intervient après que la Pologne s'est dite prête mercredi à livrer 14 chars lourds Leopard 2 de conception allemande, ce qui requiert l'aval de Berlin, dans le cadre d'une coalition internationale.

Plusieurs Etats occidentaux ont en outre récemment annoncé la fourniture de chars d'infanterie ou de reconnaissance, plus légers.

- Soledar tient, assure Kiev -

Sur le terrain des combats, le bourg de Soledar, dans l'est de l'Ukraine, est toujours "sous contrôle" ukrainien, a assuré samedi le gouverneur de la région de Donetsk, Pavlo Kirilenko, notant que "les combats continuent dans la ville et à l'extérieur".

Cette localité et celle proche de Bakhmout restent actuellement les points "les plus chauds" du conflit, a-t-il affirmé à la télévision.

Près de Soledar, des journalistes de l'AFP ont vu des équipes de secours soigner des blessés ukrainiens.

"La situation est difficile, mais les Ukrainiens tiennent leurs positions", a assuré Vadim, un secouriste, qui aidait à évacuer un soldat touché à la jambe.

Le ministère russe de la Défense avait affirmé vendredi que la "libération" de Soledar avait eu lieu "le 12 janvier dans la soirée".

Les combats dans et autour de ce bourg font rage depuis plusieurs mois, mais leur intensité a fortement augmenté ces derniers jours.

Sa prise par les forces de Moscou constituerait une victoire notable pour la Russie, après la série d'échecs enregistrés par ses troupes ces derniers mois.

- "Cessez-le-feu localisés" -

Sur le plan diplomatique, la Turquie a dit souhaiter promouvoir des "cessez-le-feu localisés" en Ukraine faute d'espérer un accord de paix plus global à l'heure actuelle.

Pour Ibrahim Kalin, un des proches conseillers du président turc Recep Tayyip Erdogan, ni la Russie ni l'Ukraine "n'est en situation de l'emporter militairement".

"A la fin, elles devront négocier pour parvenir à une issue acceptable" pour les deux belligérants, a-t-il estimé.

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