Ukraine: la conférence de presse surréaliste du régiment Azov depuis leur bunker bombardé d'Azovstal

Deux militaires ukrainiens ont demandé de l'aide depuis un bunker du site Azovstal, aux mains des Russes, évoquant "de nombreux blessés civils et militaires" sur place. Un cadre surréaliste.

Une conférence de presse sous les bombes. Deux membres du bataillon ukrainien Azov se sont exprimés ce dimanche à des médias du monde entier via une visio-conférence donnée depuis un bunker bombardé situé à au moins 30 mètres de profondeur sur le site Azovstal, à Marioupol, demandant de "l'aide" pour évacuer les civils et militaires encore sur place.

"À l'heure où je vous parle, il y a des tirs nourris, des chars qui sont mobilisés, des tireurs d'élite qui nous visent en permanence", raconte Denis Prokopenko, lieutenant-colonel du bataillon Azov, le visage blafard, depuis son bunker.

Ilya Samoïlenko, officier du renseignement ukrainien, évoque également des "vivres limités", mais assure "qu'il (leur) reste de l'eau, des munitions et des armes".

Cette prise de parole est "complètement étonnant(e)", estime Patrick Sauce, éditorialiste politique international pour BFMTV. "Vous avez plus de 150 journalistes qui posent des questions. Une conférence Zoom, comme au temps du Covid, sauf que là, on est en pleine guerre et sous les bombes", souligne-t-il.

Emmanuel Dupuy, président de l'Institut de la protection sociale européenne (IPSE), confirme sur BFMTV le "caractère surréaliste" de l'événement, "à 30 ou 40 mètres sous terre dans un système bunkérisé avec des systèmes de brouillage russe qui visiblement ne fonctionnent pas".

Encore "un grand nombre de blessés" sur site

Le lieutenant-colonel ukrainien a lancé lors de cette conférence de presse un appel à l'"aide" en direction de Kiev et de la communauté internationale, indiquant que "sur le site de l'usine, il y a un grand nombre de blessés civils et militaires" et que des militaires ont été touchés pendant l'évacuation de civils.

"Ils ont besoin de soins d'urgence, il faut les évacuer", a-t-il imploré.

Se désolant que la situation n'ait pas été prise au sérieux plus rapidement, le militaire a déclaré que l'évacuation récente de certains civils d'Azovstal était loin d'être suffisante.

"Ça fait deux mois et demi que nous demandons au monde entier d'évacuer les civils et ce n'est que maintenant qu'une petite poignée de civils a été évacuée", a-t-il déploré.

Le lieutenant-colonel précise cependant ne pas pouvoir confirmer que la "totalité" d'entre eux ont bien quitté les lieux. La vice-Première ministre ukrainienne avait assuré samedi soir que c'était le cas pour "toutes les femmes, tous les enfants et toutes les personnes âgées".

"Notre gouvernement n'a pas réussi à défendre Marioupol"

Rappelant que des milliers de personnes ont été tuées depuis plusieurs mois à Marioupol, Denis Prokopenko a attaqué son gouvernement qui "n'a pas réussi à défendre Marioupol" face aux Russes.

"Nous sommes considérés comme des héros (par la population). L'héroïsme apparaît lorsque l'organisation et la planification échouent", a-t-il estimé.

"Nous (militaires) avons pris cette décision ferme de rester jusqu'au bout, de défendre Marioupol. Nous n'avons pas reçu les ordres de défendre de Marioupol, c'était de notre volonté", a-t-il affirmé.

"Capituler n'est pas une option"

Malgré les difficultés, les militaires ont rappelé la détermination du bataillon Azov à combattre afin de défendre la population ukrainienne face à l'invasion russe.

"Capituler n'est pas une option car notre vie n'intéresse pas la Russie. Nous laisser en vie ne leur importe pas", a assuré Ilya Samoïlenko, officier du renseignement ukrainien.

"Nous allons nous battre à tout jamais pour la justice et nous allons tout faire pour permettre l'évacuation des civils et des blessés", a renchéri Denis Prokopenko.

Lundi 9 mai, la Russie va célébrer la victoire face à l'Allemagne nazie lors de la Seconde guerre mondiale. Une démonstration de force qui sera particulièrement scrutée en pleine période de conflit entre Moscou et Kiev.

Article original publié sur BFMTV.com

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