Ukraine: que changerait une déclaration officielle de guerre par Poutine?

Vladimir Poutine en conseil des ministres le 10 mars 2022 - AFP

En conflit avec l'Ukraine depuis le 24 février, la Russie n'a jamais officiellement déclaré la guerre à son voisin. Un changement de terminologie, possible à l'occasion de la date symbolique du 9 mai, aurait de lourdes conséquences.

Une guerre, pour quoi faire ? Alors que les Occidentaux s'interrogent sur une possible annonce par Vladimir Poutine d'une entrée en guerre avec l'Ukraine le 9 mai prochain, date de la capitulation de l'Allemagne nazie en 1945, que changerait cette annonce ? Car si la Russie et l'Ukraine sont bien en conflit depuis le 24 février dernier, Moscou n'a fait jusqu'à présent aucune déclaration de guerre officielle à son voisin. Une annonce dans ce sens ferait donc basculer le conflit dans une nouvelle phase.

Une "mobilisation générale"

Le 9 mai va-t-il marquer une nouvelle étape dans l'invasion russe en Ukraine ? Si la question reste en suspens, une déclaration de guerre par Vladimir Poutine constitue un acte reconnu dans le droit international.

Une telle annonce permettrait d'abord à Vladimir Poutine de lancer une "mobilisation générale" au sein de la population russe afin de combattre les Ukrainiens, indique le colonel Michel Goya, consultant défense pour BFMTV.

Le consultant rappelle que jusqu'à présent, si des Russes sont bien engagés militairement sur le terrain, il ne s'agit que de "volontaires". La Russie "ne peut pas engager de conscrits" tant qu'elle n'est pas officiellement en guerre, précise-t-il.

Michel Goya se montre cependant prudent sur l'apport immédiat d'une telle mobilisation. "Sur le papier, il y a deux millions de réservistes mobilisables en cas de guerre. En réalité, sur ces deux millions, il y en a aucun qui est entraîné, formé et les stocks de réserve sont dans un état déplorable", estime-t-il.

Il n'existe aucun bilan humain officiel, mais certaines sources occidentales font état de jusqu'à 12.000 soldats russes tués depuis le début du conflit, tandis que l'Otan parle de 7000 à 15.000 hommes tués du côté russe. Des pertes importantes pour Moscou qui pourrait avoir besoin de nouveaux bras.

Économie de guerre

Le lancement d'une guerre permettrait également à la Russie d'entrer en économie de guerre. "On ne sait pas quel est l'état des moyens (de Vladimir Poutine) pour le moment, mais il a perdu déjà beaucoup. (Entrer en guerre) pourrait l'aider", estime Sylvie Bermann, consultante diplomatie BFMTV, ancienne ambassadrice de France en Russie.

En effet, l'économie de guerre permettrait au chef de l'Etat russe de prendre le contrôle de la gestion des ressources économiques et de les mobiliser en priorité pour financer l'effort de guerre.

Patrick Sauce, spécialiste des relations internationales pour BFMTV, rappelle à ce titre qu'au moins 125 missiles ont déjà été tirés depuis le début du conflit, un tendance désormais à la baisse. Lancer une économie de guerre permettrait probablement à Moscou de financer, entre autres, plus de missiles.

Une déclaration de guerre permettrait également à la Russie de mobiliser plus fortement ses alliés, notamment via l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) créée en 2002 et dont Moscou fait partie. L'organisation politico-militaire dont le Kazakhstan, la Biélorussie, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Arménie sont également membres, prévoit en effet dans l'article 4 qu'en cas d'agression d'un des membres, les autres doivent lui venir en aide militairement.

Un changement de "trame narrative du Kremlin" ?

Faire une déclaration de guerre ne serait cependant pas anodin pour Moscou qui jusqu'à présent s'évertue à parler d'opération spéciale ou d'opération extérieure lorsqu'il évoque les combats avec l'Ukraine.

"Est-ce que ça a un intérêt politiquement ? Je ne suis pas sûre", s'interroge même Sylvie Bermann, consultante diplomatie pour BFMTV.

"Cela changerait toute la trame narrative du Kremlin", souligne auprès de CNN Oleg Ignatov, analyste à l'International Crisis Group, une ONG destinée à prévenir et à résoudre les conflits meurtriers. L'expert estime en effet qu'en parlant de guerre, la Russie en viendrait à reconnaître publiquement ses difficultés en Ukraine.

L'annonce pourrait également avoir des conséquences négatives sur le soutien populaire russe dans le conflit. Les civils étant nombreux à approuver l'opération, mais sans souhaiter pour autant aller au front, avance Oleg Ignatov.

Malgré les spéculations, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a assuré que Moscou ne cherchait pas à terminer le conflit en Ukraine à cette date.

Article original publié sur BFMTV.com

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