Ukraine: les Américains ont «le sentiment que la guerre est en train de tourner»

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Le secrétaire d'État américain, et le secrétaire à la Défense américain, se sont rendus à Kiev en ce dimanche de Pâques orthodoxe, pour y rencontrer le président Zelensky. À cette occasion, ils ont annoncé un nouveau financement militaire de plus de 322 millions de dollars, qui doit permettre d'apporter à l'Ukraine le soutien dont elle a besoin, notamment dans le Donbass. Trois questions au général français Vincent Desportes.

Vincent Desportes est l'ancien directeur de l'École de guerre, à Paris. Il vient de publier Visez le sommet - Pour réussir, devenez stratège, aux éditions Denoël.

RFI : Le président ukrainien demande très régulièrement à ses partenaires occidentaux des armes plus puissantes. Ces nouvelles annonces américaines sont-elles le signe que ces requêtes commencent à être entendues ?

Vincent Desportes : Je pense qu'elles sont plutôt le signe d'un début de basculement dans la guerre. On sait que les Américains ne s'engagent que quand il y a peu de risques, quand ils sont absolument sûrs de leur affaire. La visite de ces deux ministres à Kiev et l'annonce de don d'armement lourd est un signe que le renseignement américain a le sentiment que la guerre est en train de tourner, que les Ukrainiens ont de bonnes chances d'arrêter l'agression russe, voire de repousser les Russes dans leur pays.

Ils estiment qu'en armant encore davantage, en renforçant les troupes ukrainiennes, il y a de bonnes chances que l'Ukraine arrête l'agression et peut-être la repousse. Le temps passant, on constate que l'armement qui est donné à l'Ukraine change : on est parti d'armes légères, de munitions, le petit calibre, pour aller vers des armes portables antichars ou antiaériennes. Aujourd'hui, on parle de blindés, de chars et de transports de troupes. On voit donc un changement de nature véritable dans l'armement qui est apporté à l'Ukraine.

Comment évaluez-vous le rôle joué par les Américains dans la résistance ukrainienne face à la Russie ?

Il faut d'abord remarquer qu'il y a une amélioration chez les Américains. Pendant le premier conflit mondial, ils ont mis trois ans avant de s'engager. Pendant le deuxième conflit mondial, ils ont mis également trois, voire quatre ans. Dans les affaires de Yougoslavie, ils ont mis quatre ans ; ils ont attendu entre 1991 et 1995, les accords de Dayton. Cette fois, on voit que leur engagement est beaucoup plus rapide. En revanche, leur engagement dans ces trois conflits a consisté à envoyer des dizaines, voire des centaines de milliers d'hommes en Europe. Là, on est dans une autre variante, avec un discours et des armes, mais pas d'engagement réel sur le terrain. En revanche, l'engagement en termes d'aide et en équipement est bien réel.

Ce qui est un peu dérangeant, je pense, pour l'Europe, c'est de voir qu'Antony Blinken va à Kiev et que donc, il fait prendre un risque très clair à l'Europe, puisqu'on a des représentants de la plus grande puissance nucléaire au monde, qui rentrent directement sur un théâtre de guerre où est engagée l'autre plus grande puissance nucléaire au monde. Et tout cela se passe au-dessus de la tête des Européens, comme si, au fond, nous n'existions pas. C'est pour ça qu'il est vraiment temps que le président de l'Europe, le président Macron, qui a été arrêté, en gros, pendant un mois de campagne électorale, reprenne la main et que l'Europe existe à nouveau véritablement. Il faut que M. Macron arrive à rétablir l'unité de l'Europe, qui s'est effritée avec la Hongrie, la Pologne et même l'Allemagne, de manière à ce que nous soyons capables de reprendre nous-mêmes notre destin en main.

La Russie a abattu lundi deux drones ukrainiens près de la frontière avec l'Ukraine, ont déclaré les autorités locales. Cette annonce intervient peu après que les autorités russes ont rapporté l'incendie d'un grand dépôt de carburant dans une ville russe, à 150 km de la frontière, et servant de base logistique à l'offensive militaire. La Russie a plusieurs fois accusé les forces de Kiev d'avoir mené des frappes sur son sol. Les Ukrainiens restent en général discrets. Comment expliquez-vous cette retenue ?

Il est tout à fait probable que cette retenue tienne au fait qu'on sait bien qu'il ne faut pas faire perdre la face à Vladimir Poutine. C'est une erreur stratégiquement que de faire perdre la face à l'autre, qui est obligé de surenchérir. Je pense donc qu'il faut qu'ils mènent ces manœuvres à bas bruit. En même temps, les Ukrainiens n'ont pas intérêt à se monter eux-mêmes comme des agresseurs de la Russie ; ils ont plus intérêt à montrer au monde entier que ce sont eux-mêmes qui se font agresser. On sait que Volodymyr Zelensky est un as de la communication : il met sa guerre en scène et ce silence sur ses propres frappes en Russie relève de cette mise en scène.

►À relire : Le jour où le chef de la diplomatie américaine est arrivé à Kiev

Il est normal tactiquement, techniquement et militairement que l'Ukraine aille frapper la Russie sur son sol. Ce qui est important, ça n'est pas de frapper la puissance, mais la source de la puissance. Quand l'Ukraine va frapper des dépôts logistiques, des points de regroupement, elle est juste dans l'application de la logique militaire la plus simple, qui consiste à attaquer ce qui donne la puissance militaire à l'autre, c'est-à-dire sa logistique. Si les Russes n'ont plus de pièces détachées, plus de munitions, plus de carburant, ils s'arrêteront. Donc, ils ont tout à fait intérêt à aller frapper ces dépôts.

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