Ukraine: à la télévision russe, 3e Guerre mondiale et arme nucléaire évoqués sans complexes

Lors de l'émission télévisée annuelle
Lors de l'émission télévisée annuelle

Lors de l'émission télévisée annuelle "Ligne directe avec Vladimir Poutine", enregistrée au studio du World Trade Center de Moscou, en Russie, le 30 juin 2021. (Photo: SERGEI SAVOSTYANOV via Getty Images)

RUSSIE - En début de semaine, la Russie a averti du danger “réel” que le conflit actuel en Ukraine dégénère en Troisième Guerre mondiale.

Dans un contexte de tensions sans précédent entre Moscou et l’Occident, le diplomate russe Sergueï Lavrov a ainsi mis en garde contre ce risque de nouvelle Guerre mondiale: “Le danger est grave, il est réel, on ne peut pas le sous-estimer”.

Depuis cette déclaration forte, la télévision russe a pris le relais, mettant plus que jamais en avant l’utilisation potentielle d’armes nucléaires. Comme l’a partagé le journaliste de Challenges Vincent Lamigeon sur Twitter, la chaîne de télévision publique russe Rossiya 1 a par exemple publié jeudi 28 avril, lors de son émission 60 minutes, une infographie avec les temps de vol d’un missile Sarmat tiré depuis l’enclave de Kaliningrad vers Paris, Londres ou Berlin.

Ce missile de nouvelle génération de très longue portée que Vladimir Poutine a récemment salué comme “sans équivalent”, mettrait environ 3 minutes et 20 secondes pour toucher les capitales française et anglaise, et 1 minute et 45 secondes pour atteindre la capitale allemande, selon la présentatrice.

Au cours de la même émission, un analyste n’y va pas par quatre chemins pour expliquer lui “très sérieusement” qu’“un missile Sarmat et c’est réglé, il n’y a plus d’îles britanniques”.

“La télévision russe continue de menacer de frappes nucléaires les nations occidentales, essayant désespérément de les dissuader de continuer à aider l’Ukraine. (...)”

La veille, c’est la journaliste Margarita Simonian, à la tête de la chaîne d’information Russia Today -média banni dans l’Union européenne depuis le 27 février-, qui avait fait un coup d’éclat en déclarant que “soit nous perdons en Ukraine, soit la Troisième Guerre mondiale commence”. “Je pense que la possibilité d’une Troisième Guerre mondiale est plus réaliste”, avait-elle conclu, comme le rapporte BFMTV.

“L’idée que tout se termine par une attaque nucléaire me semble être le scénario le plus probable, à mon grand désarroi, mais c’est inévitable”, avançait encore cette journaliste pro-Kremlin, considérée comme l’une des chantres de la propagande russe à la télévision.

“Aveu de faiblesse”

Comme l’explique TF1info, ces propos de journalistes et analystes russes à la télévision publique, prônant tous azimuts une escalade du conflit en Ukraine et la possibilité d’une nouvelle Guerre mondiale, sont fréquents depuis plusieurs jours. Dans des émissions et débats parfois longs de trois heures, l’idée de recourir à l’arme nucléaire y est évoquée sans crainte, et parfois même présentée comme souhaitable - alors que pendant ce temps-là, chaque déclaration de Vladimir Poutine est scrutée, alors que son armée connaît de sévères déconvenues en Ukraine.

“C’est (...) une manière d’intimider l’Occident. Comme la Russie n’atteint pas ses objectifs militaires en Ukraine, elle cherche à empêcher les livraisons d’armes qui changent fortement le rapport de force sur le front”, traduit Olivier Schmitt, directeur d’études et professeur à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), dans L’Express. “L’objectif est de mettre la pression sur les dirigeants occidentaux en faisant planer dans les opinions publiques la menace d’une escalade.”

Pour Pierre Servent, spécialiste des questions de défense et de stratégie militaire, les dernières menaces de Moscou illustrent les difficultés auxquelles sont confrontés les états-majors russes. “Je considère que c’est un aveu de faiblesse de la part de la structure du Kremlin”, expliquait-il sur France Inter mercredi. “Quand on regarde la séquence sur les 60 jours, chaque fois qu’il (Vladimir Poutine, NDLR) prend un coup dur, paf, vous avez une déclaration sur le nucléaire, sur la Troisième Guerre mondiale...”

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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