Ukraine: à Marioupol, une administration pro-russe se met peu à peu en place

Alors que le Kremlin poursuit son « opération spéciale » – comme il l'appelle – en Ukraine, dans la ville portuaire de Marioupol, une période de transition s'est ouverte : la Russie met peu à peu en place son administration et ses hommes. La ville est désormais considérée comme appartenant à une des républiques autoproclamées du Donbass.

De notre envoyée spéciale à Marioupol,

Une file d’attente s’allonge sous le soleil du printemps entre deux immeubles qui ne tiennent plus vraiment debout et des tulipes rouges et jaunes poussées en dix jours au milieu des herbes folles. Les habitants, souvent âgés, tiennent dans la main un papier et un numéro. Devant eux, à une table, plusieurs personnes contrôlent leur nom sur une liste avant de leur donner des cartons d’aide humanitaire frappés du « Z » de « l’opération spéciale », comme dit le Kremlin. Pour l'eau, il y a désormais d’immenses citernes.

Davantage d’aide pour les vivants ; les morts, eux, attendront. « Certains appartements sont recouverts de débris. Hier, nous sommes allés en voir un avec un ami. On a demandé : "Il n'y a pas une grand-mère ici ?". On a fini par ouvrir la porte avec un pied de biche : son corps était sur le canapé. »

Selon les habitants, les derniers corps qui jonchaient les rues ont été ramassés. Mais d’autres sont encore invisibles. « Beaucoup de gens sont encore sous les décombres, ils n'ont pas été identifiés et nous ne sommes pas en mesure de les dénombrer, explique Denis Pushilin, dirigeant de la république autoproclamée de Donetsk. Beaucoup de ruines doivent aussi être déminées. Donc, même pour s'en approcher, il faudra des spécialistes sérieux pour enlever les mines. »

Marioupol « fait partie du Donbass russe »

Plus de la moitié des habitants auraient quitté la ville, entend-on dans les conversations, parfois au plus fort du conflit et sans savoir si leurs proches, dans un autre quartier, étaient morts ou vivants. Dans la cité portuaire, seule l’usine Azovstal est encore soumise à des bombardements intensifs qui résonnent quand on s’approche.

Ailleurs, la nouvelle administration pro-russe se met en place et elle doit gérer une population au moins divisée par deux. C’est en tout cas l’estimation des habitants d’un quartier du centre-ville.

Pour le dirigeant de la république auto-proclamée de Donetsk, Denis Pushilin, « Marioupol fait partie du Donbass russe et dispose maintenant d'une administration ».

La population s’interroge sur son avenir

Les habitants, eux, ont de nombreuses questions à adresser à leur nouveau maire ainsi qu’à tous les représentants qu’ils peuvent croiser : quand les corps dans les appartements vont-ils être emmenés ? Quand les transports en communs vont-ils être remis en place ? Où trouver enfin des légumes ? Mais aussi au sujet du paiement des retraites : « Les gens s'intéressent également à leurs retraites, comment elles vont être payées. Cela les préoccupe beaucoup, nous voulons cette information », lance une habitante.

La question revient, insistante, au point d’agacer un responsable local : « Vous posez la question aux mauvaises personnes. Vous devriez demander à votre ancien maire Boytchenko qui s’est enfui et vous a abandonné, vous comprenez ? Toutes ces questions sur vos retraites, il faut les adresser à lui et à Zelensky, c’est eux les responsables ! Nous, notre but ici était de vous sauver ! »

Alors que Marioupol reste sans électricité, sans banque, et avec très peu d’argent qui circule, la question de l’avenir et des revenus est déjà obsédante.

Pour ce reportage, Anissa El Jabri était accompagnée de l'armée russe.

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