Ukraine: à Lotskyne, «les Russes sont arrivés et ils ont brisé notre vie»

Dans le sud de l'Ukraine, à la frontière entre les régions de Mykolaïv et de Kherson, aux mains des Russes, les positions ne bougent pas beaucoup, depuis plusieurs semaines. Les troupes russes continuent de frapper la région de Mykolaïv, ultime verrou avant Odessa, le grand port ukrainien sur la mer Noire. En mars, l'armée ukrainienne les a repoussées vers l'Est, libérant plusieurs villages, dont celui de Lotskyne.

Avec nos envoyés spéciaux à Lotskyne, Anatasia Becchio et Boris Vichith

Entourée de ses chiens, Tatiana Bachko s'occupe désormais seule de son potager. Depuis qu'il avait pris sa retraite de professeur de mathématiques, c'est son mari qui s'en occupait. Elle, enseignante également, continuait de travailler à la bibliothèque de l'école.

Mais en mars dernier, des soldats russes sont venus dans leur maison et ont emmené Serhii, sans autre forme d'explication. Son épouse l'a cherché plusieurs jours, sans succès. Ce n'est que lorsque les forces russes ont quitté précipitamment le village, que le corps mutilé de cet homme a été retrouvé, sous un monticule de terre.

Des jeunes du quartier l'ont cherché et ont vu tout à coup une main qui dépassait. Quand on l'a retiré de la terre, il était dans une telle pause, c'est difficile à décrire. On lui avait tiré dessus plusieurs fois, il avait été tabassé, ses doigts étaient mutilés.

Serhii Bachko n'avait jamais caché ses positions pro-ukrainiennes, ce qui ne plaisait pas à certains voisins. L'un d'eux, que Tatiana avait vu prendre le thé avec les militaires russes, a longuement été interrogé par la police après le retrait des forces d'occupation, que la veuve de Serhii espère ne plus jamais revoir.

Les Russes sont arrivés et ils ont brisé notre vie. Ils ont tout détruit, ils ont tué des gens. Nous espérons tellement ne plus avoir à revivre cette occupation...

Serhii Bachko devait fêter son 60e anniversaire dans quelques jours. « On devait réunir toute la famille, confie Tatiana. Elle s'est finalement réunie, mais au cimetière », soupire-t-elle.

« Ils savaient tout sur tout le monde »

Désormais, situé à une vingtaine de kilomètres de la ligne de front, Lotskyne garde vif le traumatisme de l'occupation.

Assise derrière une table au rez-de-chaussée de la mairie, Svitlana Fedorko vient de passer la matinée à distribuer de l’aide humanitaire à ses administrés. Près de deux mois se sont écoulés depuis le départ des Russes, mais la maire du village aussi, continue d'en parler, la gorge serrée.

Les militaires étaient très nombreux. Ils sont entrés dans toutes les maisons, ils ont fouillé les caves, ils cherchaient des armes. Lorsqu'ils sont venus chez moi, ils savaient déjà qui j'étais, ils savaient tout sur tout le monde. En partant, ils ont volé un autocar, un camion avec une remorque, quatre minibus et six voitures de particuliers.

Matin et soir, les militaires russes passaient chez Svitlana Fedorko et lui donnaient des instructions, relate-t-elle : trouver un moulin à blé, distribuer leur soi-disant aide humanitaire – des pommes de terre et des oignons volés dans une ferme voisine, selon l'élue locale.

Mais le plus douloureux, c'est que Serhii, ainsi qu'un autre homme du village, ont été abattus par les Russes.

J'aimerais comprendre pour quelle raison on nous a fait ça. Dans notre village, de très nombreuses nationalités cohabitent : nous avons des Géorgiens et des Arméniens, des Azerbaïdjanais, des Moldaves, des Ukrainiens et des Russes. Tout cela est terriblement douloureux.

Lotskyne est de nouveau en deuil ; la localité vient d'enterrer un jeune soldat mort sur le front du Donbass. Ce dernier devait fêter son 24e anniversaire le mois prochain.

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