Ukraine: à Kramatorsk dans le Donbass, ces Ukrainiens qui ont décidé de rester

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Les villes et villages du Donbass se sont vidés, à l'approche de l'offensive russe, qui serait imminente. À Kramatorsk, 70% de la population auraient quitté les lieux, pour rejoindre l'ouest. Mais certains ont choisi de rester chez eux, malgré les bombardements, les pénuries et les combats qui se rapprochent. Il s'agit en général de personnes âgées, pauvres ou dénuées d'un proche pour les accueillir en lieu sûr.

Avec nos envoyés spéciaux de retour du Donbass, Marie Normand et Julien Boileau

Maxim, 16 ans, marche le long de la route les bras chargés de bouteilles d'eau. Sa ville, Kramatorsk, dans l'est de l'Ukraine, est l'un des prochains objectifs, sinon le prochain objectif, des forces russes.

Il dit avoir décidé de rester.

Pourquoi partir ? On ne sait pas combien de temps ça va durer. Dans l'ouest de l'Ukraine, il n'y a pas d'emploi, pas d'argent pour vivre. L'autre option, c'est de rester à Kramatorsk et d'espérer que ça s'arrange

Lena aussi, stocke tout ce qu'elle peut. Elle avoue ne manger que du porridge, ces derniers temps.

Certains services, comme les huit lignes de bus, continuent de fonctionner normalement. « Rien n'a changé », assure Valentin, l'un des 24 chauffeurs de la ville. Il doit juste conduire ses passagers dans l'abri le plus proche quand les sirènes retentissent.

Partir ? Il ne l'a jamais envisagé non plus.

Ici, c'est mon cimetière, et là, c'est ma maison. Où devrais-je aller ?

Garder sa maison, rester fidèle à l'endroit où ses proches sont enterrés, attendre le retour de la paix, le retour d'une vie normale. Quel que soit le drapeau qui flottera dans quelques jours au-dessus des bâtiments publics de Kramatorsk.

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Au jour le jour, survie

Environ 70% de la population auraient fui, selon les autorités locales. Notamment depuis l'attaque sur la gare centrale, qui a fait une cinquantaine de morts il y a une semaine. Parmi les autres, certains disent n'avoir nulle part où aller, ou tout simplement ne pas vouloir se retrouver dans un camp de réfugiés, au sein d'un pays inconnu.

Marina, elle aussi, est restée. Pour ses animaux de compagnie. Mais elle s'inquiète des véhicules militaires qui passent sous ses fenêtres : « On a peur que nos maisons ne s'en sortent pas… et nous non plus », confie-t-elle.

Ceux qui sont là sont en grande majorité des personnes âgées ne pouvant plus, ou ne voulant plus, se déplacer. Elles manquent de tout. Outre la problématique de l'eau potable, les livraisons ne sont plus assurées, et il n'y a pas d'endroit pour acheter de la nourriture. Nous n'avons vu qu'une épicerie ouverte, pour une ville qui, pourtant, abriterait encore au moins 30 000 âmes.

Même chose pour les médicaments, puisque toutes les pharmacies ont fermé. Et si la poste reste ouverte, elle ne livre plus le courrier. Par-dessus tout, elle ne livre plus les pensions de retraite ; c'est trop dangereux, et de toute façon les postiers manquent d'essence. De nombreuses personnes âgées se retrouvent ainsi sans ressources.

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Il défendra sa ville

Ces gens restent chez eux, à attendre, presque comme une fatalité. Ils observent le ballet des véhicules militaires, qui sont désormais plus nombreux que les passants dans les rues. On voit quelquefois un bus d'évacuation, ci et là.

Chaque personne croisée, qu'il s'agisse de soldats ou de la population civile, dit se préparer à l'assaut des forces russes, censé se produire d'un moment à l'autre dans cette partie du Donbass. En 48 heures, cette semaine, le quartier industriel de la ville a encore été frappé par deux tirs de missiles de croisière.

Dmytro, 31 ans, est commandant de section. Il entend bien défendre sa ville, comme en 2014 lors des premières batailles du Donbass contre les séparatistes pro-russes.

Tension palpable

Le complexe industriel visé jeudi après-midi 15 avril fabriquait des instruments de navigation. L'explosion a été entendue dans une bonne partie de Kramatorsk. Les sirènes ont raisonné quasiment toute la journée, explique une habitante croisée en ville.

Plus de frappe entendue depuis lors, mais la tension reste palpable. C'est également le cas dans d'autres villes et villages de la région de Donetsk que nous avons pu visiter. À Bakhmut par exemple, les combats se trouvaient tout proche, à une vingtaine de kilomètres à l'est. Là aussi, la population fait des stocks pour les jours à venir.

Slaviansk également, est visée par des bombardements. Y résonnent jour et nuit les sirènes depuis un mois et demi. Une grosse moitié de la ville a été évacuée. Même constat : difficultés d'approvisionnement en nourriture, en médicaments, en essence, et les combats qui se rapprochent.

Olga, habitante de Slaviansk, au cœur de cet oblast de Donetsk, ne partira pas non plus.

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