UE: la Hongrie et la Pologne bloquent le budget et le plan de relance

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Alors que les gouvernements de l’Union européenne ont largement commencé à notifier à la Commission européenne les projets qu’ils comptent financer pour le plan de relance européen, celui-ci est de nouveau menacé. La Pologne et la Hongrie ont refusé de le valider alors que ce plan de relance de 750 millions d’euros avait été l’objet d’un compromis aux forceps après un sommet marathon de quatre jours en juillet dernier.

Avec notre correspondant à Bruxelles,Pierre Benazet

Le blocage budgétaire de la Hongrie et de la Pologne n’est pas vraiment une surprise, mais il reste en travers de la gorge des négociateurs du Parlement européen et l’Allemagne qui préside pour six mois le conseil des 27 États membres : ils avaient triomphalement annoncé un compromis mardi dernier après de longues tractations.

Ce compromis (qui augmente le budget de l’UE sur sept ans de 17 milliards d’euros) est maintenant menacé. Car la Pologne et la Hongrie rejettent l’ensemble du paquet financier, à la fois le plan de relance et le budget commun. Le véto de la Pologne et de la Hongrie est toujours lié au rejet par les deux pays du lien avec l’État de droit. La conditionnalité avait pourtant été l’objet d’un accord début novembre entre l’Allemagne et le Parlement européen : privation de fonds européens en cas de non-respect de l’indépendance de la justice ou de freins aux libertés de la presse ou de l’enseignement par exemple.

►À écouter aussi : Faut-il conditionner les fonds européens au respect de l'État de droit?

Le président du Parlement européen David Sassoli s’est donc félicité un peu vite mardi dernier quand il affirmait qu’il ne serait pas possible de revenir en arrière. Selon les gouvernements polonais et hongrois, cette conditionnalité est directement dirigée contre eux et l’Europe centrale en général. Reste donc maintenant à voir si les deux pays sont prêts à provoquer une grave crise ouverte en s’arc-boutant sur leur veto.

♦ En Pologne, ce veto est perçu de différentes façons

Avec notre correspondant à Varsovie, Damien Simonart

Pour le Premier ministre Mateusz Morawiecki, « au plus la Pologne va se battre pour être forte, au plus elle aura d’opposants ». Le chef du gouvernement qui a écrit une lettre aux dirigeants de l’UE pour expliquer sa position affirme que Varsovie « s’opposera au fait de vouloir imposer aux Polonais les valeurs dans lesquelles ils doivent croire ». Le ministre de la Justice Zbigniew Ziobro, à l’origine de réformes très controversées, estime pour sa part que le critère de l’État de droit n’est qu’un prétexte pour « limiter radicalement la souveraineté » des pays membres.

Le vice-ministre des Affaires étrangères, Pawel Jablonski, assure néanmoins que la Pologne est « prête à poursuivre les négociations » pour trouver une solution afin de « garantir le respect des traités européens ». L’opposition libérale parle au contraire de « trahison ». « Ce veto c’est d’une part de la folie, d’autre part un agissement contre la raison d’Etat polonaise », déclare le chef de la plateforme civique Boris Budka.

Sur Twitter Donald Tusk ironise : « Morawiecki annonce mettre son veto au budget européen dont la Pologne est le plus grand bénéficiaire. Je cherche les bons mots », conclut l’ancien chef du Conseil européen.