Echec des négociations entre Uber et les organisations de VTC

Sylvie HUSSON
Les discussions entre la plateforme de réservation de voitures Uber et les chauffeurs de VTC ont tourné court mercredi soir

Paris (AFP) - Les discussions entre la plateforme de réservation de voitures Uber et les chauffeurs de VTC ont tourné court mercredi soir, le géant du secteur opposant un "refus" aux revendications tarifaires des chauffeurs, sans "rien proposer" à la place, selon les représentants des chauffeurs.

Uber avait accepté le 20 février le principe d'une discussion sur les tarifs, préoccupation principale des VTC mobilisés depuis plusieurs mois pour dénoncer leurs conditions de travail et la "paupérisation" de la profession.

Mais après plus de 5H30 de réunion, dans un hôtel parisien, un constat d'échec a été tiré par les organisations de chauffeurs.

"C'est une désillusion, on est en colère", a déclaré à l'AFP Fabian Tosolini, au nom de l'intersyndicale (CFDT, Actif-VTC et UDCF). "Le fait qu'Uber vienne sans aucune proposition chiffrée montre que cette entreprise n'est pas mûre pour la négociation".

"Malheureusement Uber est venu les bagages vides" et "n'a pas voulu prendre la main tendue des syndicats", a estimé Hassan Benbarak (Capa-VTC).

Ce dernier a appelé l'Etat à maintenant "prendre la main" pour "imposer une règlementation tarifaire minimum, comme pour les taxis". "La suite logique" également pour Sayah Baaroun (SCP-VTC/Unsa).

Pour ces deux organisations, sorties de l'intersyndicale depuis la médiation menée en janvier à la demande du gouvernement, "il n'y aura pas de deuxième réunion".

La CFDT estime elle toutefois que "la porte n'est pas fermée mais si ça continue, on devra passer par un processus législatif".

A l'issue de la réunion, Uber a promis par mail des propositions concrètes dans les jours à venir, selon deux participants.

D'après les représentants de chauffeurs, Uber a argué qu'il ne pouvait pas bouger ses prix "par peur de perdre des clients". "Son interlocuteur principal, c'est le client. Il n'a aucune reconnaissance pour les chauffeurs", selon M. Tosolini, qui a appelé les clients d'Uber "à une prise de conscience collective".

- "Seuil de dignité" -

L'intersyndicale demandait à Uber le retour à une commission de 20% (au lieu de 25%), un minimum de course à 8 euros (contre 6 euros), un relèvement des prix au kilomètre et à la minute, ainsi que la rémunération du temps d'attente des clients, qui n'est actuellement pas facturé.

Capa-VTC et le SCP-VTC/Unsa revendiquaient de leur côté un minimum de course à 12 euros. Elles réclament également le droit pour les professionnels de fixer les prix, et non les plateformes intermédiaires.

Le SCP-VTC/Unsa, qui se pose plus largement en défenseur des "tâcherons du numérique", milite pour "un seuil de dignité" et interpelle les candidats à l'élection présidentielle sur ce qu'il considère comme une forme de salariat déguisé.

Toutes les organisations de chauffeurs de VTC avaient ces dernières semaines commencé à travailler avec Uber sur les conditions de déconnexion de la plateforme et le dispositif de soutien aux chauffeurs en difficulté proposé par l'entreprise à la fin de la médiation.

Associations et syndicats de VTC dénoncent depuis plusieurs mois la dégradation des revenus des chauffeurs, très faibles au regard du volume d'heures travaillées. Selon les calculs du médiateur Jacques Rapoport, un chauffeur indépendant doit travailler 60 heures par semaine et savoir maîtriser ses charges pour gagner 1.700 euros net mensuel, hors congés et couverture maladie ou accident.

Le médiateur avait appelé début février à une mise en oeuvre rapide de la loi Grandguillaume, votée fin décembre en réponse aux mouvements sociaux déclenchés ces derniers mois par taxis, VTC et Loti (transport collectif à la demande), qui se disputent une même clientèle. Cette loi précise notamment les obligations des plateformes de VTC, leur interdit d'imposer des clauses d'exclusivité aux chauffeurs et prévoit la mise en place d'un tronc commun d'examen pour les taxis et VTC.

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