"Uber Files": Emmanuel Macron accusé d'avoir aidé l'entreprise de VTC à se consolider en France

Emmanuel Macron à l'Elysée, à Paris, le 1er juillet 2022 - Emmanuel DUNAND © 2019 AFP
Emmanuel Macron à l'Elysée, à Paris, le 1er juillet 2022 - Emmanuel DUNAND © 2019 AFP

Un "deal" secret entre Emmanuel Macron et Uber. C'est ce que révèlent Le Monde et franceinfo dans une enquête, qui repose sur des milliers documents internes à Uber, dévoilée ce dimanche soir. Les documents, adressés par une source anonyme au quotidien The Guardian et transmis au Consortium international des journalistes d'investigation, expliquent comment Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie, a agi en faveur du géant du VTC.

S'appuyant sur différents témoignages et documents, dont de nombreux échanges de SMS, Le Monde conclut à l'existence d'un "deal" secret entre Uber et Emmanuel Macron à Bercy.

Le quotidien fait état de réunions dans le bureau du ministre, de nombreux échanges (rendez-vous, appels ou SMS) entre les équipes d'Uber France et Emmanuel Macron ou ses conseillers, citant notamment des comptes-rendus de réunions rédigés par le lobbyiste Mark MacGann.

Certaines pratiques, destinées à aider Uber à consolider ses positions en France, comme le fait de suggérer à l'entreprise de présenter des amendements "clés en main" à des députés, sont notamment pointées du doigt.

"Caz a accepté le deal"

L'enquête revient notamment sur la suspension en France d'UberPop, un service en fonction entre février 2014 et juillet 2015 qui permettait aux utilisateurs d'être mis en relation avec des véhicules dont les conducteurs étaient de simples particuliers, non titulaires d'une licence de taxi ou de VTC. Selon les révélations de nos confrères, Emmanuel Macron aurait demandé la suspension du service en échange d'une simplification des conditions nécessaires à l'obtention d'une licence de VTC.

Ils révèlent aussi des messages, échangés entre Emmanuel Macron et Travis Kalanick, PDG d'Uber jusqu'à 2017: "Pouvons-nous faire confiance à caz (Bernard Cazeneuve, Premier ministre à l'époque, NDLR)?", écrit Travis Kalanick. "Nous avons eu une réunion hier avec le Premier ministre, répond Emmanuel Macron. (Bernard) Cazeneuve s’assurera que les taxis restent calmes et je réunirai tout le monde la semaine prochaine pour préparer la réforme et corriger la loi. Caz a accepté le deal".

Démenti de l'Élysée et de Uber

Sollicitée par l'AFP, la société Uber France a confirmé la tenue de réunions avec Emmanuel Macron: des rencontres qui "relevaient de ses responsabilités en tant que ministre de l'Économie et du Numérique supervisant le secteur des VTC".

Pour Uber Fance, la suspension d'UberPop "n'a aucunement été suivie d'une réglementation plus favorable", comme suggéré dans l'idée d'un "deal".

De son côté, l'Élysée a indiqué à l'AFP qu'Emmanuel Macron, comme ministre de l'Économie, était "naturellement amené à échanger avec de nombreuses entreprises engagées dans la mutation profonde des services advenue au cours des années évoquées, qu'il convenait de faciliter en dénouant certains verrous administratifs ou réglementaires".

Indignation de la classe politique

Après la révélation de ces "Uber Files", la classe politique française, et notamment la gauche, s'est indignée. La patronne des députés LFI Mathilde Panot a dénoncé sur Twitter un "pillage du pays", Emmanuel Macron ayant été selon elle à la fois "conseiller et ministre de François Hollande et lobbyiste pour multinationale états-unienne visant à déréguler durablement le droit du travail".

Fabien Roussel, numéro un du PCF, a relayé des "révélations accablantes sur le rôle actif joué par Emmanuel Macron, alors ministre, pour faciliter le développement d'Uber en France", "contre toutes nos règles, tous nos acquis sociaux et contre les droits des travailleurs".

"Uber mériterait bien une petite commission d'enquête" parlementaire, juge de son côté le député communiste Pierre Dharréville.

À l'autre bord, Jordan Bardella, président du RN, a aussi estimé que "le parcours d'Emmanuel Macron a une cohérence, un fil rouge: servir des intérêts privés, souvent étrangers, avant les intérêts nationaux".

Interrogé par l'AFP, l'ancien député PS Thomas Thévenoud, qui a donné son nom à la loi d'octobre 2014 délimitant plus précisément les droits et devoirs respectifs des taxis et des voitures de transport avec chauffeur (VTC), estime qu'Emmanuel Macron "est resté un interlocuteur privilégié" d'Uber.

Il l'avait rencontré sur le sujet dès le printemps 2014 lorsqu'il était secrétaire général adjoint de l'Elysée. "Il a toujours cherché à dérouler le tapis rouge à Uber", estime-t-il.

L'ex-député et éphémère secrétaire d'État s'interroge aussi sur le rôle d'Elisabeth Borne, qui "connaît parfaitement ces sujets". La cheffe du gouvernement a été ministre des Transports au moment de la loi d'orientation des mobilités puis ministre du Travail quand a été favorisé le dialogue social dans le secteur des VTC - "sans accorder le statut de salarié aux chauffeurs Uber", pointe Thomas Thévenoud.

Article original publié sur BFMTV.com

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