"Ce type est un animal" : en Colombie, un homme suscite l’indignation après avoir administré des coups de Taser à un cheval

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Dans une vidéo tournée fin décembre dans une petite ville de Colombie, un cavalier administre des décharges électriques à un cheval en marge d’une cavalcade, un événement festif populaire dans le pays. La vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux : de nombreux internautes ont été indignés par le geste du cavalier, certains réclamant même l’interdiction des cavalcades, en raison des excès et des actes de maltraitance animale qui y sont fréquemment associés.

Dans cette vidéo, on voit un homme assis sur un cheval, avec un petit objet à la main, tandis que de la musique retentit. Puis, avec l’objet, il touche l’arrière-train du cheval, qui tressaille alors et avance, comme s’il avait reçu des décharges électriques. L’homme répète ensuite ce geste à deux reprises.

La vidéo a été tournée à Icononzo, une petite ville du département de Tolima, dans le centre-ouest de la Colombie, le 26 décembre, en marge d’une cavalcade ("cabagalta" en espagnol), un événement festif lors duquel des cavaliers ont défilé dans les rues de la ville. D’après la presse locale, l’homme filmé venait d’une autre ville et aurait loué le cheval pour participer à l’événement.

La personne qui a tourné la vidéo, une habitante de Icononzo, l’a diffusée le jour même sur Facebook, où elle a été partagée plus de 42 000 fois. Mais elle a ensuite indiqué avoir reçu des "menaces", et a supprimé sa publication. Camilo Cupitre, un autre habitant de la ville, a ensuite partagé sa vidéo sur Twitter, où elle comptabilise plus de 430 000 vues.

"Cas terrible de maltraitance animale, lors de la cavalcade d’aujourd’hui, à Icononzo, Tolima", écrit Camilo Cupitre.

Des milliers d’internautes ont réagi à la vidéo sur les réseaux sociaux. Nombre d’entre eux se sont dit indignés par le geste du cavalier, exigeant que "justice soit faite" pour l’animal. Certains ont également réclamé l’interdiction des cavalcades, estimant qu’elles donnaient régulièrement lieu à des actes de maltraitance animale.

Arrestation de l’homme filmé

Face au tollé suscité par la vidéo, la mairie de Icononzo a publié un communiqué le soir même, indiquant que le cavalier avait visiblement utilisé "un objet qui génère du courant" contre l’animal, que la police l’avait identifié et que la plainte serait traitée par le Procureur général de la Nation.

Le lendemain, les autorités ont indiqué que le cavalier avait été arrêté. Il aurait dit à la police avoir utilisé un Taser après avoir consommé de l’alcool.

Selon une loi de 2016, les actes de maltraitance animale sont punis d’une "amende de 5 à 50 salaires minimums mensuels", soit de 1 220 à 12 200 euros. De plus, si ces actes conduisent à la mort ou à des lésions graves, leur auteur encourt "une peine de prison de 12 à 36 mois", outre l’amende.

De son côté, le vice-président de l’Association des cavaliers de Tolima a déclaré : "La décharge n’est pas létale, mais c’est clairement un fait de maltraitance qui génère un trouble dans le système nerveux du cheval." Son association a également demandé à ne pas stigmatiser l’ensemble des cavaliers en raison des agissements de "quelques-uns".

"Lors des cavalcades, les participants forcent parfois les chevaux à faire des choses qui ne sont pas naturelles"

Camilo Cupitre, qui a partagé la vidéo sur Twitter, fait partie d’un groupe de défense des animaux à Icononzo. Il explique pourquoi certains Colombiens, comme lui, sont opposés aux cavalcades.

À Icononzo, il y a plusieurs cavalcades par an, organisées par des groupes de cavaliers avec l’accord de la municipalité. Lors de ces événements, les participants se retrouvent à un endroit, puis ils défilent dans les rues principales à cheval, avec de la musique. Ce sont des gens qui ont un lien avec la campagne : ils y vivent, ou alors ils possèdent une ferme, du bétail… Globalement, les cavalcades sont très populaires à Icononzo et dans le reste du pays.

Vidéo tournée lors de la cavalcade du 26 décembre à Icononzo, publiée sur la page Facebook du parti conservateur de la ville.

Le problème, c’est qu’il y a beaucoup d’abus lors des cavalcades. Déjà, les participants forcent parfois les chevaux à faire des choses qui ne sont pas naturelles, en les obligeant à faire des figures ou à marcher d’une certaine façon.

De plus, les participants aiment que leurs chevaux aient l’air énergiques, ils veulent montrer qu’ils sont adroits pour les monter, donc ils leur donnent parfois des coups. Des habitants de Icononzo m’ont dit qu’ils utilisaient parfois aussi des fouets, des aiguilles… Concernant l’usage d'objets administrant des décharges électriques, cela arrive, mais cela reste rare, d’après eux.

Enfin, lors des cavalcades, les chevaux marchent souvent pendant des heures, sous le soleil, sans boire ni manger. Et une fois qu’elles sont terminées, les cavaliers vont souvent boire, sans forcément s’occuper d’eux.

Idéalement, il faudrait interdire les cavalcades, en raison de ces abus, car il est très difficile de les contrôler, notamment en raison de la consommation d’alcool qui y est associée. Cela dit, nous savons qu’elles ne vont pas disparaître du jour au lendemain, donc nous aimerions, au minimum, que les organisateurs incitent les participants à bien traiter les chevaux, et que les autorités locales exercent un vrai contrôle lors de ces événements.

Interdiction des cavalcades dans plusieurs villes colombiennes

Ces dernières années, les cavalcades ont été interdites dans plusieurs grandes villes colombiennes, comme Medellín, Cali, Armenia, Bucaramanga, Pereira, Buga et Jamundí, souvent en raison d’accidents liés à l’excès d’alcool et de la maltraitance animale.

En octobre, la Chambre des représentants a approuvé un projet de loi pour “garantir et réguler” les cavalcades en Colombie, comme "activité économique, récréative et culturelle", tout en respectant le bien-être des chevaux. Bien qu’il ait été approuvé à une large majorité, il a généré de longs débats en raison de l’opposition de certains députés, défenseurs de la cause animale. L’un des principaux points de controverse : les cavalcades pourraient être financées grâce à de l’argent public. Le texte doit désormais être examiné au Sénat.

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